Détournement de fonds européens : Marine Le Pen annonce sa candidature à la présidentielle de 2027 malgré sa condamnation en justice


Détournement de fonds européens : Marine Le Pen annonce sa candidature à la présidentielle de 2027 malgré sa condamnation en justice
Après l’arrêt de la Cour d’appel la condamnant à 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis, et au port du bracelet électronique dans le dossier des assistants parlementaires, la cheffe de groupe RN à l’Assemblée nationale confirme sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Elle annonce un pourvoi en cassation suspendant ainsi les effets de sa condamnation en appel. Et pourtant, dans l’arrêt de 341 pages, la Cour relève, concernant les détournements de fonds publics européens, que « les faits sont graves en ce qu’ils se sont déroulés pendant de nombreuses années, ont porté atteinte à la confiance que les citoyens accordent aux élus et aux institutions, et ont engagé des fonds publics ». Le montant détourné est évalué à plus de 2,8 millions d’euros étalés sur plus de 11 ans. En confirmant sa candidature, Marine Le Pen renvoie de facto aux oubliettes les ambitions de son poulain, Jordan Bardella, président du Rassemblement national.
Après avoir soutenu qu’elle ne se porterait pas candidate à l’élection présidentielle si elle est condamnée à porter un bracelet électronique, Marine Le Pen, cheffe de groupe RN à l’Assemblée nationale a trouvé un subterfuge pour revenir dans le jeu.
Lors de sa première sortie médiatique sur le plateau de 20h de TF1, mardi 7 juillet, quelques heures après le prononcé de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris dans le dossier de détournement de fonds européens concernant les assistants parlementaires, elle a confirmé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2027 (le premier tour est fixé au 18 avril et le deuxième, au 2 mai). « Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle”, a déclaré la triple candidate du RN à l’Élysée, quelques heures après l’arrêt de la Cour d’appel. “Comme j’ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation (…) et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l’arrêt, je ferai donc campagne sans bracelet électronique », a-t-elle précisé.
Atteinte à la confiance des citoyens dans leurs élus
D’après les principaux extraits de l’arrêt publiés par le journal Le Monde, la Cour d’appel de Paris se montre très sévère vis-à-vis de la cheffe de file du Rassemblement national. « (…) S’agissant des détournements de fonds publics, la cour relève que les faits sont graves en ce qu’ils se sont déroulés pendant de nombreuses années, ont porté atteinte à la confiance que les citoyens accordent aux élus et aux institutions, et ont engagé des fonds publics », ont indiqué les trois magistrates de la Cour d’appel.
S’agissant des détournements de fonds publics, la cour relève que les faits sont graves en ce qu’ils se sont déroulés pendant de nombreuses années.
Ils ont estimé que les faits sont graves parce qu’ils ont porté sur plus de 11 ans et sur trois mandatures successives. La Cour rappelle que les détournements se sont poursuivis, alors que le parlement européen a toujours rappelé que l’activité des assistants parlementaires devait nécessairement s’exercer dans le cadre du mandat parlementaire du député européen et pas au bénéfice d’un parti comme l’a détourné le Front national (devenu Rassemblement national).
Par ailleurs, la gravité des faits tient aussi à la hauteur des montants détournés : plus de 2,8 millions d’euros qui étaient, à l’origine destinés au soutien « des députés européens dans leur action politique et leur permettre de s’entourer de collaborateurs compétents, afin de débattre utilement de sujets en lien avec les enjeux nationaux et européens ».
Candidat du parti Renaissance et ancien Premier ministre, Gabriel Attal estime que la candidature de Marine Le Pen soulève des quetsions d’exemplarité. (Thomas SAMSON / AFP).
Rôle prépondérant de Marine Le Pen
La Cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen à 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis, et au port du bracelet électronique. Les trois magistrates de la Cour ont estimé que Marine Le Pen, ex-présidente du RN, avait, à ce titre, « joué un rôle prépondérant dans l’organisation des détournements de fonds publics » et « agi en connaissance de cause », a précisé Tania Jewczuk, porte-parole de la Cour d’appel.
D’après la présidente de la Cour, Michèle Agi, les faits n’ont pris fin que lorsqu’une plainte a été déposée par le président de l’époque du parlement européen, Martin Schulz.
D’après la présidente de la Cour, Michèle Agi, les faits n’ont pris fin que lorsqu’une plainte a été déposée par le président de l’époque du parlement européen, Martin Schulz. Le Front national et ses dirigeants de l’époque ont été reconnus, tant en première instance qu’en appel, coupables d’avoir organisé un système d’emplois fictifs au parlement européen entre 2004 et 2016 dans le but de préserver les finances du parti.
Concrètement, les assistants parlementaires étaient bien rémunérés avec les fonds européens, mais ils ne travaillaient pas (ou peu) pour les députés européens auxquels ils étaient rattachés. Ils étaient plutôt affectés aux activités du parti. En première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait estimé le préjudice à environ 2,9 millions d’euros. De son côté, le parlement européen, partie civile, l’avait évalué à près de 4,6 millions d’euros.
Questions d’exemplarité
Les réactions politiques ont fusé dès l’annonce de la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027. L’ancien Premier ministre, Gabriel Attal, candidat du parti Renaissance, estime que cette candidature soulève des questions d’exemplarité. « On a une responsable politique condamnée à deux reprises (première instance et en appel, ndlr) à de la prison ferme pour détournement de fonds publics, qui fait le choix d’être candidate à l’élection présidentielle », a-t-il déclaré sur TF1.
Ce montage de photos d’archives, réalisé le 7 juillet 2026, montre le maire du Havre, président du parti Horizons et ancien Premier ministre, Édouard Philippe, posant lors d’une séance photo à Paris le 26 février 2025, et la présidente du groupe parlementaire d’extrême droite Rassemblement National (RN), Marine Le Pen, posant lors d’une séance photo à Paris le 20 octobre 2021. (JOEL SAGET / AFP).
On a une responsable politique condamnée à deux reprises à de la prison ferme pour détournement de fonds publics, qui fait le choix d’être candidate à l’élection présidentielle.
Il enfonce le clou en précisant qu’il y a « une dimension morale dans cette situation à se présenter, alors même qu’on a été condamné et qu’on a un casier judiciaire avec de la prison ferme ».
Un autre ancien Premier ministre, Edouard Philippe, également candidat, a réagi. Invité de la chaîne publique, France 2, il a considéré que la décision de Marine Le Pen de briguer l’Élysée « lui appartient » et qu’elle devra « l’expliquer aux Françaises et aux Français qui trancheront ».
La rédaction
Source: LPOST

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