Réforme APE-ACS : quand la bureaucratie associative cannibalise les budgets d’insertion professionnelle
Disons les choses franchement : le secteur non-marchand souffre aujourd’hui d’une grave crise de consanguinité sociale, doublée d’une dérive managériale majeure. Alors qu’il prétend œuvrer au bénéfice des plus précarisés, sa sociologie réelle s’apparente de plus en plus à un laboratoire d’ethnologie hors-sol pour une petite bourgeoisie surdiplômée en quête de statut social. Ce phénomène d’embourgeoisement massif frappe de plein fouet les secteurs les plus idéologisés : les ONG et l’Education permanente. Le regard misérabiliste, infantilisant et profondément conformiste que l’on y porte sur le monde populaire est le produit direct d’un entre-soi d’universitaires déconnectés des réalités du terrain. Nos structures débordent, en effet, de titulaires de doctorats qui n’ont rien à y faire, sinon y chercher un refuge permanent, gracieusement financé par le contribuable.
Appelons un chat un chat : la présence massive de ces surdiplômés sur des postes d’insertion constitue un véritable vol d’emploi au détriment des classes populaires. Les enveloppes APE (Aide à la Promotion, ndlr) en Wallonie et ACS (Agent Contractuel subventionné, ndlr) à Bruxelles ont été créées avec un objectif clair : insérer les demandeurs d’emploi de longue durée et les profils les moins compétitifs sur le marché classique. Elles n’ont jamais eu pour vocation de subsidier le confort de carrière d’une élite culturelle autoproclamée qui pourrait parfaitement trouver un travail dans le secteur productif.
Système opaque dans le sans-abrisme
Cette situation est d’autant plus scandaleuse que le système relève d’une double captation de rente. Les postes structurels de direction et de cadres au sein de ces structures sont, en effet, déjà largement financés par les subventions de base octroyées par les ministères de tutelle. Le comble s’observe dans le secteur du sans-abrisme.
Sous couvert de sauver la misère humaine s’est développé un système opaque qui permet à certaines directions d’ASBL de s’octroyer des salaires princiers. Face à ces dérives, la complaisance doit cesser. Aussi est-il nécessaire qu’une commission d’enquête parlementaire, tant au Parlement wallon à Namur qu’au Parlement bruxellois, fasse le point sur l’ampleur des dégâts. Il est temps de faire toute la lumière sur l’utilisation réelle de l’argent public de la solidarité.
Plaidoyer pour des réformes radicales
Il faut, en outre, engager une réforme radicale de ces mécanismes en offrant plus d’emplois pour une mise de fond revue à la baisse grâce à une logique d’efficience, de ciblage et de transparence. Dans ce cadre, les postes d’insertion doivent être exclusivement recentrés sur les plus faibles qualifications (Bachelor au maximum) et localisés au cœur même des réalités populaires. L’emploi public d’insertion doit cesser de nourrir des appareils bureaucratiques pour enfin servir de tremplin à ceux qui subissent le chômage de masse.
La réponse aux corporatismes de l’associatif doit être guidée par le pragmatisme et le bon sens :
Le contrôle parlementaire strict : lancer des commissions d’enquête à Namur et Bruxelles pour auditer les rémunérations des dirigeants d’ASBL et siffler la fin de la récréation.
Un choc de simplification administrative : l’Etat doit cesser d’exiger des usines à gaz technocratiques complexes qui servent aujourd’hui d’alibi aux directions associatives pour recruter des universitaires à prix d’or.
Des quotas de basse qualification. Un cadre légal rénové doit instaurer des critères étanches pour les contrats APE/ACS, excluant définitivement les diplômes supérieurs de ces enveloppes d’insertion. En tout état de cause, un diplôme de niveau doctoral ne devrait jamais ouvrir le droit à un subside ACS ou APE. Dans ce cadre, des dénonciations unilatérales par les autorités de contrats ACS bruxellois ou APE wallons sont parfaitement légitimes. La chose est d’autant plus évidente que certaines ASBL tournent exclusivement aujourd’hui avec des postes d’APE réservés à des docteurs.
Une orientation de ces aides à la résorption du chômage vers des secteurs à fort impact sociétal. Autrement dit, plutôt de l’insertion socioprofessionnelle, de la santé ou de l’aide à la jeunesse ou les écoles de devoir que les ONG ou l’éducation permanente, lesquelles revêtent trop souvent les traits d’un entre-soi marxiste-décroissant totalement coupé des réalités du monde populaire.
Pepito Sbazzeguti, sociologue
Source: LPOST
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