Affaires des assistants parlementaires du FN : Marine Le Pen face à son destin judiciaire et politique
La Cour d’appel de Paris rendra ce mardi 7 juillet sa décision dans l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement national. Au-delà du verdict pénal, c’est la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027 qui se jouera dans cette salle d’audience de l’île de la Cité. Selon les observateurs, l’issue de ce procès engage totalement le début de la présidentielle 2027, jusqu’ici à l’état gazeux. Quatre scénarios s’offrent à l’ancienne présidente du RN et cheffe de groupe de groupe à l’Assemblée nationale.
L’affaire remonte aux années 2004-2016, période durant laquelle plusieurs eurodéputés du Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN) en 2018, auraient employé des assistants parlementaires rémunérés par le Parlement européen alors qu’ils travaillaient en réalité pour le parti, à Nanterre.
Le parquet de Paris y voit un système organisé et centralisé de détournement de fonds publics, estimé à plus de 4 millions d’euros, dont Marine Le Pen aurait été l’une des instigatrices, dans la continuité de son père, feu Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen sévèrement condamnée en première instance
Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Marine Le Pen à 4 ans d’emprisonnement, dont deux ans avec sursis, 100 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité assortie d’une exécution provisoire. C’est cette dernière disposition qui la prive, dans l’immédiat, du droit de se présenter à une élection. Dix autres cadres du parti ainsi que le RN en tant que personne morale ont également été condamnés.
Le procès en appel s’est tenu de janvier à février 2026 devant la Cour d’appel de Paris. Le 3 février, après plus de six heures de réquisition, le parquet général a demandé une peine de 4 ans de prison dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, mais, cette fois, sans exécution provisoire.
La défense de Marine Le Pen, par la voix de son avocat Rodolphe Bosselut, a plaidé la relaxe pure et simple, contestant que les faits reprochés puissent être qualifiés juridiquement de détournement de fonds publics.
Pas d’enrichissement personnel
L’affaire ne porte pas sur un enrichissement personnel de Marine Le Pen. Les fonds européens, destinés exclusivement à financer l’activité parlementaire des eurodéputés, auraient servi à payer des permanents et collaborateurs participant au fonctionnement du FN de l’époque.
L’accusation répond, elle, que la question n’est pas celle d’un enrichissement privé, mais de l’utilisation de fonds européens pour financer les activités d’un parti politique national.
La défense conteste cette analyse en soutenant que ces collaborateurs exerçaient bien des missions au service des eurodéputés. L’accusation répond, elle, que la question n’est pas celle d’un enrichissement privé, mais de l’utilisation de fonds européens pour financer les activités d’un parti politique national, en dehors du cadre prévu par les règles du Parlement européen.
Quatre scénarios possibles demain
La relaxe : c’est l’issue la plus favorable pour Marine Le Pen, qui lui permettrait de se présenter sans entrave à l’élection présidentielle. Les observateurs et spécialistes du droit consultés par la presse jugent cette option toutefois hautement improbable, la matérialité des faits ayant, selon eux, été établie durant les débats.
Une inéligibilité, certes, mais ramenée à deux ans ou moins : dans ce cas, la peine prendrait fin le 31 mars 2027, soit quelques jours avant le premier tour du scrutin fixé au 18 avril. Marine Le Pen pourrait alors être candidate, à condition également de ne pas être astreinte à un aménagement de peine sous bracelet électronique qui contraindrait sa liberté de faire campagne.
Une inéligibilité de cinq ans confirmée, conforme aux réquisitions. Cette hypothèse mettrait un terme définitif à ses espoirs de candidature en 2027. Marine Le Pen pourrait alors se pourvoir en cassation, un recours suspensif qui rouvrirait en théorie la voie à une candidature, mais dans des délais qu’elle a elle-même jugés « incompatibles avec une campagne présidentielle sérieuse ».
Une peine de prison ferme aménagée sous bracelet électronique : si la Cour suit le parquet sur ce point, Marine Le Pen a déjà indiqué qu’elle renoncerait à faire campagne dans cette configuration, quelle que soit par ailleurs la durée de l’inéligibilité prononcée.
Dans le cadre de ces quatre scénarios, un pourvoi en cassation reste juridiquement ouvert en cas de décision défavorable, mais chacun s’accorde à dire qu’il interviendrait trop tard pour permettre une campagne dans des conditions normales.
La présidente du groupe parlementaire Rassemblement National Marine Le Pen (à gauche) tout sourire aux côtés du président du parti d’extrême droite français Rassemblement National (RN) Jordan Bardella (à droite) lors d’un événement du parti RN « La fête champêtre » à Liévin, dans le nord de la France, le 4 juillet 2026. (Simon WOHLFAHRT / AFP).
Une sérénité affichée, à l’épreuve du bracelet électronique
Interrogée sur LCI le 1ᵉʳ juillet, à six jours du verdict, Marine Le Pen s’est voulue impassible. « Je n’ai pas peur. La peur est un sentiment qui ne m’est pas familier », a-t-elle répondu. Elle a ajouté : « Quoi qu’il arrive, je ne serai pas morte. Quoi qu’il arrive, je continuerai à mener le combat pour mes idées ». Une sérénité toutefois nuancée par un aveu : « Ça ne dépend plus de moi ».
Quoi qu’il arrive, je ne serai pas morte. Quoi qu’il arrive, je continuerai à mener le combat pour mes idées.
Sur l’hypothèse d’une candidature autorisée mais assortie d’un bracelet électronique, elle a fermé la porte sans ambiguïté : « Ce ne sera pas possible » de faire campagne dans ces conditions, a-t-elle tranché, refusant de dépendre d’un magistrat pour l’autoriser à aller faire un meeting à Romorantin ou aller sur un marché à Hénin-Beaumont.
Le duo Le Pen-Bardella, entre unité de façade et succession qui s’installe
Le week-end précédant le verdict, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont tenu un meeting commun à Liévin (Pas-de-Calais), présenté par la presse comme une démonstration d’unité avant l’épreuve. Mais cette solidarité affichée coexiste avec une dynamique de fond.
Selon le baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat, Jordan Bardella devance désormais légèrement Marine Le Pen en côte d’adhésion (40% contre 39%), un écart qui s’est largement creusé depuis 2022, où elle le devançait de quinze points.
Le même sondage indique que 74% des Français ne considèrent pas qu’une inéligibilité de Marine Le Pen constituerait un handicap pour le RN : 32% y voient même l’opportunité d’« ouvrir une nouvelle page » avec Jordan Bardella.
Marine Le Pen a néanmoins indiqué qu’elle tirerait « immédiatement les conséquences politiques » d’une décision défavorable laissant alors la place à son dauphin.
Ce dernier, selon plusieurs analystes cités par la presse, a d’ores et déjà entamé sa propre campagne présidentielle ces dernières semaines, sans attendre le jugement du 7 juillet. Marine Le Pen a néanmoins indiqué qu’elle tirerait « immédiatement les conséquences politiques » d’une décision défavorable laissant alors la place à son dauphin.
Personne, à ce stade, ne peut prédire avec certitude laquelle des quatre hypothèses l’emportera. La décision doit être rendue en fin d’après-midi, ce mardi 7 juillet, à l’issue de l’audience qui débute à 13h30 au palais de justice de Paris.
Yannick Ferruzca (à Paris)
Source: LPOST

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