Mort de lyhanna : le ministre français de la Justice exige toute la vérité sur les défaillances judiciaires
Après la réunion exceptionnelle convoquée lundi matin, 9 juin, à son cabinet, place Vendôme avec l’ensemble des Procureurs généraux, le garde des Sceaux a annoncé une série de mesures destinées à faire la lumière sur les dysfonctionnements ayant précédé la mort de la jeune Lyhanna. Face à une émotion nationale grandissante, le ministre de la Justice a promis « la transparence la plus totale » et assuré que « toutes les responsabilités » seraient recherchées. Il a notamment demandé aux procureurs d’examiner près de 70.000 dossiers de violences impliquant des mineurs d’ici au 14 juillet. Un vrai défi d’après des magistrats qu’il faudra relever au regard de la colère provoquée par le meurtre de la petite Lyhanna.
La réunion de travail organisée dès 8h30 à la Chancellerie avait un objectif clair ce lundi matin : comprendre comment plusieurs signalements visant le principal suspect, Jérôme Barella, n’ont pas conduit à une réponse judiciaire rapide et adaptée.
Entouré des Procureurs généraux (PG), Gérald Darmanin a reconnu l’« existence de défaillances dans la chaîne judiciaire » et a affirmé que « l’Institution devait désormais répondre aux interrogations des Français ».
Pour le ministre français de la Justice, chaque signalement doit être analysé, chaque décision examinée et chaque responsabilité identifiée désormais. Il a également estimé que les familles ont droit à la vérité et que la justice devait être capable de regarder ses propres erreurs lorsqu’elles existent.
Enquêtes administratives et revues de dossiers
Au cœur des annonces figure la revue de dossiers portant sur des affaires comparables impliquant des mineurs victimes. L’objectif est de vérifier si d’autres situations présentent les mêmes failles que celles aujourd’hui mises en évidence par le meurtre de Lyhanna (11 ans).
Si des fautes ont été commises, elles devront être établies.
Le garde des Sceaux a indiqué avoir demandé aux Procureurs généraux « un examen rapide et approfondi des procédures concernées ». Il a également confirmé que plusieurs enquêtes administratives étaient en cours ou sur le point d’être ouvertes. « Si des fautes ont été commises, elles devront être établies », a-t-il affirmé.
Il s’agit désormais d’établir s’il y a eu des manquements individuels ou collectifs dans la chaîne administrative qui n’ont pas permis de protéger la jeune fille de son agresseur présumé.
Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin (à gauche), et le ministre de l’Intérieur, Laurent Núñez, assistent à une audition concernant l’affaire Lyhanna devant la commission des lois du Sénat à Paris, le 9 juin 2026. (SIMON WOHLFAHRT / AFP).
Le chantier des 70 000 plaintes en attente
Au-delà du seul dossier Lyhanna, la réunion de la Chancellerie a mis en lumière un chiffre devenu symbolique de la crise actuelle : près de 70.000 plaintes concernant des mineurs sont aujourd’hui en attente de traitement ou nécessitent une réévaluation prioritaire, d’après le ministre Darmanin.
Dans le sillage de l’émotion provoquée par le drame du Gers, le ministre de la Justice a demandé aux procureurs généraux de procéder à une revue complète de ces dossiers d’ici le 14 juillet. Selon le ministère de la Justice, ces affaires représentent une fraction du volume total des plaintes enregistrées chaque année en France, mais leur nature est sensible demande un traitement prioritaire. Elles concernent des enfants potentiellement victimes de violences sexuelles, de maltraitances ou d’infractions graves.
Exercice difficile
L’objectif affiché est de vérifier qu’aucun dossier à risque n’est resté sans réponse adaptée et qu’aucune situation comparable à celle révélée par l’affaire Lyhanna ne puisse se reproduire. Cette opération constitue un défi considérable pour les juridictions.
Les procureurs devront examiner l’état d’avancement des enquêtes, identifier les dossiers les plus urgents et, le cas échéant, relancer certaines procédures restées en attente. Plusieurs magistrats soulignent déjà la difficulté d’un tel exercice alors que les tribunaux font face depuis plusieurs années à une charge de travail croissante.
L’avocat français Pierre Debuisson et Audrey (un pseudonyme), la mère d’une enfant qui accuse Jérôme B. de dizaines de viols, tiennent une conférence de presse le 9 juin 2026 à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, pour annoncer leur intention de porter plainte contre l’État et le ministre de la Justice. Jérôme B., principal suspect dans l’enlèvement et le meurtre de Lyhanna à Fleurance, avait fait l’objet de plusieurs plaintes et signalements pour viols de mineures. Certaines avaient été classées sans suite, mais l’une d’elles, déposée en août 2025, n’avait pas fait l’objet d’une enquête suffisamment rapide. Il n’avait été ni interrogé ni placé en garde à vue. (Lionel Bonaventure / AFP).
Les procureurs devront examiner l’état d’avancement des enquêtes, identifier les dossiers les plus urgents et, le cas échéant, relancer certaines procédures restées en attente.
Pour le gouvernement, cette revue générale doit également permettre d’établir une cartographie précise des retards et des points de blocage au sein de la chaîne judiciaire. Les résultats attendus à la mi-juillet serviront de base à d’éventuelles réformes organisationnelles et à un renforcement des moyens consacrés à la protection de l’enfance.
Renforcer la protection des mineurs
Dans l’entourage du ministre Darmanin, on estime que l’affaire Lyhanna a agi comme un révélateur de failles connues mais insuffisamment corrigées jusqu’à présent. L’enjeu dépasse désormais le seul traitement administratif de ces dossiers : il s’agit aussi de restaurer la confiance du public dans la capacité de la justice à protéger les mineurs les plus vulnérables lorsque des signalements sont effectués.
Au-delà du seul dossier de Lyhanna, Gérald Darmanin a insisté sur la nécessité de renforcer le traitement judiciaire des violences commises contre les enfants.
Au-delà du seul dossier de Lyhanna, Gérald Darmanin a insisté sur la nécessité de renforcer le traitement judiciaire des violences commises contre les enfants. Selon lui, la rapidité de la réponse pénale constitue désormais une exigence majeure. Le garde des Sceaux entend améliorer la protection des mineurs et renforcer la coordination entre les acteurs de la chaîne judiciaire afin de rendre la justice plus rapide et plus lisible.
Des manifestants brandissent des pancartes et scandent des slogans lors d’un rassemblement organisé devant le tribunal de Marseille, dans le sud de la France, le 8 juin 2026, à l’appel d’organisations, pour réclamer une loi contre les violences faites aux mineurs, suite au décès de Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée morte le 4 juin après avoir été portée disparue le 29 mai. (Thibaud MORITZ / AFP).
Une pression politique et médiatique croissante
Cette prise de parole intervient dans un climat particulièrement tendu. Depuis plusieurs jours, les interrogations se multiplient sur le traitement judiciaire des signalements antérieurs visant le suspect.
Associations de protection de l’enfance, élus locaux et représentants de victimes réclament des explications précises sur les décisions prises au fil des années. Conscient de cette attente, Gérald Darmanin a cherché à afficher une ligne de fermeté et à réaffirmer la confiance dans l’institution judiciaire.
Depuis 2013, le garde des Sceaux ne peut plus donner d’instruction individuelle à un procureur et que les magistrats sont indépendants.
Il a rappelé que, depuis 2013, le garde des Sceaux ne peut plus donner d’instruction individuelle à un procureur et que les magistrats sont indépendants. Il a précisé que la justice française est engagée dans des programmes de modernisation (plainte en ligne, dématérialisation progressive des procédures, développement d’outils numériques), mais ceux-ci restent inégaux selon les juridictions et les types d’affaires.
À l’issue de la réunion, le garde des Sceaux a voulu envoyer un double message : reconnaître les interrogations légitimes suscitées par le drame tout en promettant une réponse institutionnelle rapide.
Les conclusions des enquêtes administratives seront désormais particulièrement attendues. Elles devront déterminer si les défaillances constatées relèvent d’erreurs individuelles, de problèmes d’organisation ou de dysfonctionnements plus profonds de la chaîne judiciaire.
Yannick Ferruzca (à Paris)
Source: LPOST

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