Qatargate : Détention prolongée pour Tarabella Et Kaili
La chambre des mises en accusation de Bruxelles a décidé ce vendredi 3 mars de prolonger la détention préventive de l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella (un mois) et de l’ancienne vice-présidente grecque du Parlement européen, Eva Kaili (deux mois). Tous deux avaient fait appel d’une détention similaire prise par la Chambre du Conseil, le 16 février. Mais au-delà de cette péripétie judiciaire sans réelle surprise, c’est le 7 mars que se jouera une étape décisive de l’instruction, lorsque la Cour d’Appel de Bruxelles statuera sur la demande de récusation du juge d’instruction Michel Claise.
La « chambre des mises » a donc tranché et décidé que l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella resterait un mois de plus en détention préventive et l’ancienne vice-présidente grecque du Parlement européen deux mois de plus. Mais Marc Tarabella, qui est également bourgmestre d’Anthisnes a obtenu d’être transféré à la prison de Marche-en-Famenne, plus proche de son domicile, ce qui facilitera les visites familiales.
Dans un communiqué envoyé à la presse, Me Maxime Töller, avocat de Marc Tarabella, affirme : « Nous continuerons à nous battre pour faire sortir un innocent de prison car, rappelons-le, Marc Tarabella est innocent, il n’a rien à se reprocher et n’a jamais reçu d’argent ou de cadeaux en échange de ses opinions. La durée moyenne d’une détention dite préventive en Belgique est d’un peu plus de 3 mois mais 3 mois en prison pour un innocent sont certainement bien plus longs que pour un coupable. Et le fait que cette situation repose sur des accusations intéressées est difficile à accepter, c’est évident ».
En évoquant des « déclarations intéressées » qui ont amené son client à être inculpé et emprisonné, Maître Töller fait allusion au fait que le mandat d’arrêt délivré par le juge Michel Claise repose en grande partie sur les accusations portées contre Marc Tarabella par le repenti Pier Antonio Panzeri, maître d’œuvre de la centrale de corruption qui focalisait son activité sur le Parlement européen. Selon-lui, Panzeri, qui bénéficiera d’une peine réduite (cinq ans dont seulement une année « ferme », le tout assorti de confiscations) au terme de l’accord signé avec le parquet, a tout intérêt à « charger » les uns et les autres pour mériter ce traitement de faveur.
S’il ment, Panzeri joue gros…
Il importe toutefois d’apporter, ici quelques précisions, sans préjuger bien entendu de la culpabilité ou de l’innocence de Marc Tarabella, qui ne pourront être établies que par la justice. Primo, les accusations de Panzeri contre l’eurodéputé socialiste belge sont largement antérieures à l’adoption de son statut de repenti. C’est le jour même de son arrestation, quelques heures à peine après avoir été interpellé à son domicile bruxellois, que Panzeri a commencé à charger Marc Tarabella en affirmant lui avoir remis au moins 120.000 euros en échange d’une inflexion de sa position sur le Qatar. Cet aveu a été confirmé au début de février, lorsque le corrupteur a affirmé, au sujet de Tarabella : « J’avais des relations suivies avec lui depuis des années, je savais avec qui je parlais. Il pouvait me dire oui ou non, il m’a dit oui… »
De plus, il affirmait lors de ce nouvel interrogatoire qu’en tout, il était prévu que le député belge toucherait encore 250.000 euros.
Deuxièmement, l’application de l’accord de repenti repose sur des aveux complets, précis, vérifiables et évidemment sincères de Panzeri. S’il ment au sujet de l’argent remis à Tarabella (ce qui est évidement possible), il court le risque de voir cet accord annulé, de se retrouver à la case départ et d’écoper en finale d’une peine nettement plus lourde. Enfin, et c’est le troisième point, il existe aussi d’autres éléments à charge (des écoutes téléphoniques) qui semblent indiquer que Monsieur Taravella a bien collaboré avec Panzeri et son lieutenant Francesco Giorgi, entre autres lors de l’audition du ministre du Travail du Qatar devant la Commission « Droits de l’homme » du Parlement européen, en novembre dernier.
Cette photo d’archive fournie par le ministère du Travail du Qatar montre le ministre du Travail de l’émirat du Golfe Ali bin Samikh al-Marri lors d’une réunion avec la vice-présidente du Parlement européen Eva Kaili à Doha le 31 octobre 2022. AFP
(AFP)
Le cas de Mme Kaili est différent. Certes, elle nie également toute corruption, mais elle était la compagne de Giorgi, le « répartiteur » présumé de l’argent de la corruption, et on a retrouvé chez elle une somme de 150.000 à 200.000 euros tandis que plus de 500.000 euros étaient également saisis entre les mains de son père. Autre point qui ne plaide pas en sa faveur : dans des conversations téléphoniques tenues depuis sa prison, Eva Kaili aurait sollicité des amis afin qu’ils fassent disparaître un téléphone et une clé USB…
Le rendez-vous important du 7 mars
Le 16 février dernier, Maître Töller avait introduit une demande de récusation du magistrat instructeur, arguant du fait qu’il n’était pas objectif et aurait présenté, dans le mandat d’arrêt de son client, les faits dénoncés par Panzeri comme étant établis en utilisant l’indicatif présent plutôt que le conditionnel.
Michel Claise ayant refusé de se démettre, la Cour d’Appel de Bruxelles se prononcera le 7 mars prochain sur le sort du juge.
Vendredi en fin de journée, un habitué du Palais de justice de Bruxelles nous déclarait : « On ne peut évidemment pas savoir ce que dira la Cour d’Appel, mais le maintien en détention de Marc Tarabella semble indiquer que la Chambre des Mises en accusation, après celle du Conseil, a estimé que le dossier présenté par le juge Claise était solide… »
La suite le 7 mars…
Hugues Krasner.
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Source: LPOST

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