Lounceny, on n’oublie pas, on ne pardonne pas ce qu’ils t’ont fait vivre !
Lounceny Camara, ce jeune homme d’originaire guinéenne, est décédé le 28 juin dernier, par noyade dans la Meuse. Ce jeudi 16 juillet à 17h30 Esplanade Saint-Léonard à Liège, un rassemblement en hommage à cette victime des politiques migratoires mortifères, est organisé par la Voix des Sans-Papiers de Liège et son Comité de soutien, avec le CRACPE, l’ASBL Point d’Appui et la Communauté Guinéenne de Liège. Dans la foulée, ce collectif a décidé de publier une lettre ouverte, déjà signée par plusieurs dizaines d’associations « parce que ce collectif nous ne voulons pas ce décès passe inaperçu, nous voulons dénoncer les politiques migratoires inhumaines et mortifères menées par l’Europe forteresse et par l’Etat belge ! »
Lounceny a mis fin à ses jours, peu de temps après avoir passé 8 mois de détention au centre fermé pour étrangers de Vottem, près de Liège. Lounceny est arrivé ici très jeune, mais il n’avait pas obtenu l’asile, parce que l’Etat belge applique une politique très restrictive en matière d’asile et rejette la majorité des demandes, peu importe toutes les insécurités fuies ! Il s’est accroché, est resté ici, et il est devenu le père de deux petits enfants ici. Malgré cela il n’a pas pu obtenir de titre de séjour.
Il est un symbole de toute l’injustice, de tous les dénis de droit vécus par les demandeurs d’asile et les personnes migrantes. La détention en centre fermé crée des souffrances insupportables, détruit psychologiquement les personnes, même celles qui arrivent à en sortir. « Louceny, Nous voulons te rendre hommage et soutenir tes proches. Et dire que cette politique- là, qui tue, sur le trajet migratoire, lors de l’expulsion, ou ici, on ne l’acceptera jamais ! »
Pour cela, la Voix des Sans-Papiers de Liège et son Comité de soutien, le CRACPE, Point d’Appui, la Communauté Guinéenne de Liège, et toutes les associations, organisations, qui ont signé la lettre ouverte, vous invitent à une cérémonie d’hommage, un rassemblement de soutien, qui se tiendra le jeudi 16 juillet à 17h30 à l’Esplanade Saint-Léonard .
Lettre à Louceny Camara
Décédé par noyade le dimanche 28 juin 2026, Lounceny Camara rejoint la trop longue liste des personnes tuées par le régime des frontières. Lounceny a décidé de mettre fin à sa vie, mais ce geste ne doit pas être lu comme un choix désespéré dont il serait le seul responsable. Il a été poussé à la mort par des politiques de gestion de la mobilité humaine qui, au nom de la sécurité nationale, isolent, précarisent, enferment, tuent.
Installé depuis des années en Belgique, Lounceny n’avait pas le droit d’y être selon la loi. Il est arrivé mineur, mais l’administration n’a pas voulu le reconnaitre en tant que tel. Il a déposé une demande d’asile, mais ses souffrances n’ont pas été considérées dignes de la protection de réfugié.
Il était père de deux enfants nés en Belgique, mais les difficultés administratives ne lui avaient pas encore permis de les reconnaitre. Depuis son arrivée en Belgique, l’existence de Lounceny a été niée et réprimée par des actes administratifs qui l’ont toujours privé des droits auxquels il aurait pourtant dû avoir accès.
Les frontières tuent, et pas seulement au moment de leur franchissement géographique.
À la suite d’un simple contrôle d’identité dans la rue et parce qu’il n’avait pas de titre de séjour, en septembre 2025, Lounceny a été enfermé au centre fermé de Vottem, pour la deuxième fois. Les centres fermés sont des prisons qui ne disent pas leur nom, où les personnes qui n’ont administrativement pas le droit de résider en Belgique sont enfermées, parfois jusqu’à 18 mois, afin d’être expulsées du territoire.
Monsieur Camara y a été emprisonné pendant 8 mois, plongé dans l’attente et l’incertitude quant à son existence en Belgique, dans la peur d’être à tout jamais séparé de ses enfants, de ses amis, des attaches qu’il avait établies au cours de ces dernières années.
À deux reprises il a été informé du fait qu’un avion avait été réservé pour lui, pour qu’il soit déporté de force en Guinée. Ces vols se sont révélés être des menaces sans concrétisation, car l’administration n’avait pas les documents nécessaires à son expulsion.
Malgré cette impossibilité de retour forcé, l’Office des étrangers a décidé de le maintenir en détention le plus longtemps possible. Lounceny a été libéré au mois de mai, après 8 mois de détention.
Remis en liberté mais sans que le droit de rester en Belgique ne lui soit reconnu, il a été replongé dans un quotidien de précarité et vulnérabilité administratives, dans une impasse sans aucune perspective d’amélioration.
Refuser le droit au séjour (…) c’est aussi refuser de reconnaître une personne comme digne de droits.
Monsieur Lounceny s’est jeté dans la Meuse quelques semaines après seulement. Si la mort est devenue pour lui la seule voie de sortie de l’impasse dans laquelle il se trouvait, c’est à cause des politiques meurtrières de gestion des frontières. Les frontières tuent, et pas seulement au moment de leur franchissement géographique.
Les politiques migratoires toujours plus inhumaines, prolongent en effet leur violence jusque dans le quotidien des personnes qui en sont victimes, par la négation des droits les plus fondamentaux. Refuser le droit au séjour ne revient pas seulement à refuser un statut administratif ; c’est aussi refuser de reconnaître une personne comme digne de droits.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, le Pacte européen sur la migration et l’asile est en cours de mise en œuvre. Il marque, à nos yeux, un recul historique pour les droits fondamentaux des personnes en migration, notamment par l’accélération des procédures et la réduction des délais, qui mettent les personnes concernées, les avocats et les associations sous une pression croissante.
En parallèle, l’Union européenne vient d’adopter en juin 2026 un nouveau règlement relatif au retour, qui s’inscrit dans le prolongement de cette réforme. Celui-ci prévoit notamment un allongement de la durée maximale de la détention administrative jusqu’à 24 mois ainsi que la possibilité d’organiser des retours vers des pays tiers autres que le pays d’origine.
Parler de la mort de Mr Lounceny, c’est lutter contre l’invisibilisation des personnes sans papiers et de celles et ceux qui subissent les violences des politiques migratoires actuelles. C’est dénoncer des choix politiques dont les conséquences humaines sont trop souvent passées sous silence. C’est aussi se rassembler et poursuivre ensemble la lutte pour le respect des droits humains de toutes et tous.
Signataires :
Agora asbl, APED, Appel Pour une Ecole Démocratique, Association Joseph Jacquemotte, ATTAC Liège, CADTM, CAL Province de Liège, Cap Migrants, Centre culturel les Grignoux, asbl Centres de planning familial Soralia Liège, CIEP Liège,Collectif Liégeois de Soutien aux Sans-Papiers de Liège, COMAC, Comité de soutien à la Voix des Sans-Papiers de Liège, Communauté guinéenne de Liège et de Bruxelles, Conseil Guinéen de Belgique, CPCR, CRACPE, Collectif de Résistance Aux Centres Pour Etrangers, CRIC, Centre Régional d’Intégration Charleroi, CRIPEL, Ecoles Soralia, ECOLO Liège, ESENCA, FGTB Liège-Huy-Waremme, Form’Anim asbl Seraing, Formation Léon Lesoil, Front Antifasciste Liège, Gauche Anticapitaliste, Getting the Voice Out, IGL, Intergroupe Liégeois des maisons médicales asbl, JRS Belgium, La Cible asbl, Latitude jeunes, Le Monde des Possibles, asbl, Maison médicale de Jemeppe, MOC Liège-Verviers, Parti Communiste Liège, Point d’Appui asbl, Promotion et culture asbl, PTB, RedFox Liège, Retravailler Liège, Sécu solidaire de la Voix des Sans-Papiers de Liège, Service Social des Etrangers, SORALIA Liège, Territoires de la Mémoire, Vert Ardent, Voix des Sans-Papiers de Liège.
A noter qu’une cagnotte a été mise en place par l’Association des Ressortissants de Faranah et Amis, avec le soutien du Forum des Guinéens de Liège, afin de contribuer au rapatriement de son corps vers la Guinée.
Vos contributions peuvent être versées sur le compte bancaire de l’association de ressortissants de Faranah et amis: IBAN : BE56 9735 4547 5288. Bénéficiaire : Aminata Sow – Communication : Solidarité – Louceny Camara
Source: LPOST
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