Malawi : les sœurs Chawinga, icônes ont marqué l’histoire du Football continental
Au lendemain de la finale de la coupe féminine d’Afrique disputée dimanche 16 août à Rabat (Maroc), L- Post revient sur deux figures féminines qui ont marqué cette CAN féminine au Maroc. Pour sa première participation à la Coupe d’Afrique des nations féminines, la sélection des Scorchers (équipe nationale féminine de football du Malawi) s’est hissée en finale, portée notamment par deux sœurs devenues des figures majeures du football africain : Tabitha (30 ans) et Temwa (27 ans) Chawinga. Malgré leur défaite face au Cameroun, dimanche, les deux attaquantes ont tenté d’offrir à leur pays un premier sacre continental.
Au Malawi, leur histoire dépasse désormais largement les terrains de football. Tabitha, 30 ans, et sa sœur cadette Temwa, 27 ans, sont devenues de véritables icônes nationales. Leur parcours, construit entre difficultés, sacrifices et réussites au plus haut niveau, nourrit aujourd’hui la fierté de tout un pays.
« Ce que réalise le Malawi, c’est un miracle de Dieu », déclarait Tabitha après la victoire contre l’Algérie (3-1), en demi-finale. Capitaine des Scorchers, l’attaquante mesure la portée historique de cette qualification.
Deux sœurs, une même passion
L’histoire des Chawinga commence au Malawi, où les deux sœurs ont grandi avec la même passion pour le football. Tabitha, l’aînée, a ouvert la voie et initié sa cadette à ce sport. Toutes deux ont pourtant dû faire face aux préjugés liés à la pratique du football féminin.
Tabitha a raconté avoir subi des coups de la part de sa mère pour qu’elle cesse de jouer au foot et avoir été humiliée parce que certains refusaient de croire qu’une fille puisse pratiquer le football.
Les gens pensaient qu’une vraie femme ne pouvait pas jouer au football.
« Les gens pensaient qu’une vraie femme ne pouvait pas jouer au football », expliqua-t-elle en 2024.
Malgré ces obstacles, elle a poursuivi son rêve. Sa carrière l’a conduite en Europe, notamment en Italie (Inter de Milan) et en France, où elle s’est imposée comme l’une des meilleures attaquantes africaines. Après son passage au Paris Saint-Germain, elle a rejoint l’Olympique lyonnais. Dès sa première saison en France, elle avait été élue meilleure joueuse du championnat, terminant également meilleure buteuse avec 18 réalisations et meilleure passeuse avec 10 passes décisives. Elle a également joué en Suède et en Chine.
Temwa, dans les pas de son aînée
Temwa a suivi une trajectoire similaire. Après des expériences en Suède et en Chine, elle a rejoint le Kansas City Current, aux Etats-Unis, en 2024. Son adaptation a été spectaculaire puisqu’elle a été désignée meilleure joueuse du championnat dès sa première saison.
Sur le terrain, les deux sœurs sont complémentaires. Tabitha évolue davantage sur les côtés, tandis que Temwa occupe un rôle plus axial et se distingue par son efficacité devant le but.
Durant cette CAN, leur association fait des ravages. Temwa compte cinq buts et Tabitha quatre, soit neuf des douze réalisations du Malawi dans la compétition.
Je connais ma sœur. Je prie avec elle : au Malawi, en Suède, en Chine. La même équipe.
Leur complicité dépasse cependant les statistiques. « Je connais ma sœur. Je prie avec elle : au Malawi, en Suède, en Chine. La même équipe », explique Tabitha. Elle décrit une relation fondée sur une confiance presque instinctive : « Je remercie Dieu de m’avoir donné une sœur comme ça, une sœur forte, ma superstar ».
Jocelyn Prêcheur, à l’époque où il entraînait l’équipe féminine du PSG. (FRANCK FIFE / AFP).
Temwa reconnaît elle aussi le rôle déterminant joué par son aînée dans sa carrière. C’est notamment Tabitha qui lui avait ouvert la porte du football européen en signalant son talent à un club suédois.
Des modèles pour toute une génération
Pour Jocelyn Prêcheur, ancien entraîneur de Tabitha au PSG, les deux joueuses possèdent des personnalités différentes. Tabitha est décrite comme une joueuse capable d’apporter calme et expérience, notamment grâce à ses nombreuses années au plus haut niveau.
Temwa, elle, est davantage spontanée, fougueuse et compétitrice. Deux caractères différents, mais une même ambition.
Avant les sœurs Chawinga, le foot féminin, au Malawi, c’était le néant.
Au Malawi, leur influence est désormais considérable. « Avant les sœurs Chawinga, le foot féminin, au Malawi, c’était le néant », estime Jocelyn Prêcheur, qui espère que leur parcours contribuera à mieux structurer la discipline dans le pays.
Leur agent, Charlie Lee, souligne également leur impact national. Selon lui, elles sont devenues « les plus grandes icônes du football féminin à l’échelle nationale » et encouragent des milliers de jeunes Malawites à se tourner vers le football.
Une finale pour entrer dans l’histoire
Le Malawi est déjà assuré de disputer la prochaine Coupe du monde féminine, prévue au Brésil en 2027. Mais les Scorchers veulent désormais aller jusqu’au bout de leur incroyable aventure.
Face au Cameroun, les sœurs Chawinga ont manifesté leur volonté d’arracher la coupe pour leur pays mais elles restent courageuses en dépit de leur défaite.
Pour un Malawi qui n’avait encore jamais participé à une CAN féminine, atteindre la finale constitue déjà un exploit majeur. Tabitha et Temwa ne portent donc pas seulement le maillot des Scorchers. Elles portent les espoirs d’une nation et les rêves de milliers de jeunes filles qui voient désormais dans leur parcours la preuve qu’il est possible de franchir les frontières et de s’imposer au plus haut niveau.
Gérard Beogo (st)
Source: LPOST

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