Concentration Rossel-IPM : le silence assourdissant qui inquiète


Concentration Rossel-IPM : le silence assourdissant qui inquiète
Le mois dernier, l’Autorité belge de la Concurrence a autorisé l’absorption des activités de presse d’IPM par le groupe Rossel. Cette opération réunit sous une même direction les quotidiens La Libre, La DH et L’Avenir, d’une part, et Le Soir ainsi que tous les titres de Sudinfo, d’autre part. Rossel détient également, conjointement avec d’autres partenaires, 50% de L’Écho et 50% de RTL Belgium. L’opération suscite des inquiétudes.
L’opération crée une concentration inédite dans la presse quotidienne francophone belge. Le Media Board européen estimait que l’entité résultante détiendrait environ 94% de la presse quotidienne francophone et près de 82% de l’information en ligne sur le marché francophone belge. Il a averti qu’une intégration éditoriale, commerciale et technologique accrue peut réduire le pluralisme effectif, même lorsque plusieurs titres continuent d’exister en apparence.
Le CSA « impuissanté »
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), pourtant appelé à jouer un rôle dans l’évaluation des concentrations médiatiques au regard du pluralisme, n’a pas pu se prononcer dans le cadre spécifique prévu par le règlement européen sur la liberté des médias. L’ABC a elle-même constaté que la Belgique n’avait pas encore pleinement mis en place les règles et procédures nécessaires à cette évaluation.
Il est difficile de ne pas s’interroger : aura-t-on encore, demain, l’occasion d’examiner une concentration médiatique d’une ampleur comparable dans la Communauté française ?
En notre qualité d’éditeur d’informations en ligne, nous publions aujourd’hui une carte blanche consacrée aux enjeux démocratiques de cette opération.
Nous l’avons également proposée aux six rédacteurs en chef des quotidiens francophones directement concernés par la concentration.
Argument économique contre la restriction des tribunes
À ce stade, trois rédacteurs en chef nous ont répondu. Deux nous ont indiqué que leur quotidien ne publiait pas de cartes blanches. Le troisième a refusé notre texte en défendant le principe de la concentration : dans un secteur confronté à la pression des grandes plateformes numériques, à la baisse du papier et aux coûts de distribution, il estime que la mutualisation des moyens informatiques, publicitaires et administratifs est la seule manière de préserver les titres existants.
Cet argument économique a manifestement été entendu par le régulateur. Il ne peut toutefois suffire à écarter le débat sur les conséquences démocratiques de l’opération.
Une concentration de cette ampleur pose inévitablement la question de l’indépendance des rédactions, de la diversité effective des contenus, de la situation des journalistes et des conditions d’accès des lecteurs à des informations véritablement distinctes, ce qui permet le débat.
Mutisme des rédactions
Les trois autres rédacteurs en chef n’ont pas répondu à notre proposition. Nous ne leur prêtons aucune intention. Mais, dans un contexte où l’ensemble de la presse quotidienne francophone se trouve désormais rassemblé autour d’un même groupe, ce silence interroge mais se révèle être une réponse.
Avant même la mise en œuvre concrète de la fusion prévue en octobre prochain, aucun des six quotidiens concernés n’a accepté de publier une opinion critique sur cette concentration. Ce constat ne prouve pas, à lui seul, une uniformité rédactionnelle ni l’unicité décisionnelle. Mais le ressenti …
Il justifie, en revanche, que l’on reste vigilant : le pluralisme ne se mesure pas seulement au nombre de titres visibles en kiosque, mais aussi à la capacité réelle de faire vivre le débat, y compris lorsque celui-ci porte sur la stratégie de son propriétaire.
Ph. Law.
Source: LPOST

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