Quand l’homme le plus riche de France utilise l’humour et la nuance pour répondre à une enquête du Monde


Quand l’homme le plus riche de France utilise l’humour et la nuance pour répondre à une enquête du Monde
Après une enquête en 6 épisodes et à charge du journal du Monde sur son empire, son management et sa famille, Bernard Arnault a publié une réponse de trois pages en rappelant notamment les contributions de son groupe au Trésor français, son intervention financière dans la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris après l’incendie d’avril 2019 et les emplois créés en France. Répondant à la critique affirmant qu’il ferait pression sur ses médias, le milliardaire s’étonne en rappelant que l’enquête est publiée dans un « quotidien dont l’un des actionnaires individuels, dans la vie civile, se trouve être mon ‘gendre’ (Xavier Niel, ndlr) ». La réponde de l’homme le plus riche de France devient virale sur les réseaux sociaux. Erreur d’inattention ou pas, une erreur s’est glissée dans sa réponse…
Réponse du berger à la bergère. Le milliardaire français, Bernard Arnault, a publié dimanche un texte de trois pages en réponse à une longue enquête menée par le journal Le Monde sur son empire, son management et sa famille.
Chef de la dernière famille royale de France
A lire la réponse de l’homme le plus riche de France, on comprend que l’enquête journalistique, publiée en 6 épisodes, ait été mal perçue au sein de la famille Arnault qui dit avoir pourtant joué le jeu de la transparence. Intitulant sa réponse « Merci » et signé « Bernard Arnault », le dirigeant français réagi à plusieurs aspects de l’enquête du Monde. Avec humour et tout en nuance. « Il paraît que je suis le chef de ‘la dernière famille royale de France’. Je l’ai appris en lisant Le Monde, entre deux tasses de thé. Mes enfants, prévenus par WhatsApp, m’ont demandé si cela signifiait qu’ils devaient désormais me faire la révérence. Je leur ai répondu qu’un simple ‘bonjour Monsieur’ suffirait, comme d’habitude. Ils ont éclaté de rire. C’était, je crois, le plus beau moment de la semaine », entame Bernard Arnault dans sa réponse.
Il faudra qu’on m’explique un jour, calmement et sans ironie, la géométrie exacte de l’indépendance éditoriale française. Je la trouve fascinante. Je paierai volontiers la formation.
Il juge incompréhensible la critique qui lui adressée de faire pression sur ses médias (Il est propriétaire des médias, Les Echos, Le Parisien, Radio Classique, Paris Match). « J’ai lu ce volet avec une attention particulière. Il paraît dans un quotidien dont l’un des actionnaires individuels, dans la vie civile, se trouve être mon ‘gendre’ (Xavier Niel est le compagnon de sa fille Delphine Arnault, ndlr). Il faudra qu’on m’explique un jour, calmement et sans ironie, la géométrie exacte de l’indépendance éditoriale française. Je la trouve fascinante. Je paierai volontiers la formation », interpelle Bernard Arnault.
Le groupe de presse qui appartient à Bernard Arnault. (JOEL SAGET / AFP).
Proches des grands dirigeants du monde
Le milliardaire français semble reconnaître la proximité qu’il aurait avec les présidents français, mais ironise sur le fait son influence dépasse les frontières de l’Hexagone. « Je plaide coupable : Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. (…). J’ajoute par souci d’exhaustivité, qu’au-delà de cinq présidents américains (une erreur d’inattention, car probablement qu’il voulait écrire français, ndlr), j’ai également murmuré à trois premiers ministres britanniques, deux chanceliers allemands, et un empereur du Japon. Pas une ligne sur ces murmures-là. Faut-il comprendre que seuls les murmures français sont scandaleux ? », interroge le propriétaire et PDG du groupe LVMH.
Qu’un groupe exportant l’essentiel de ses produits fabriqués en France place le commerce quelque part dans sa stratégie relèverait donc du scoop. J’attends les suivants.
Il se moque des journalistes qui considèrent que pour l’homme le plus riche de France et qui dirige un groupe commercial, la priorité soit accordée au business d’abord. « (…). Qu’un groupe exportant l’essentiel de ses produits fabriqués en France place le commerce quelque part dans sa stratégie relèverait donc du scoop. J’attends les suivants : L’Oréal vend des produits de beauté, Danone s’intéresse à l’alimentation, Renault fabrique des voitures, etc. On tiendra jusqu’à Noël », ironise Bernard Arnault.
Il épingle au passage l’épisode 5 de l’enquête du Monde. « Puis mon préféré : ‘amoureux des arts et de la défiscalisation’. J’ai contribué à hauteur de 200 millions d’euros à la reconstruction de Notre-Dame (la cathédrale Notre-Dame de Paris détruite par un incendie dans la nuit du 15 au 16 avril 2019, ndlr). Je finance pour 50 millions un institut de recherche en mathématiques à Polytechnique. J’ai offert à Paris et à la France la Fondation Louis Vuitton et ses 1,5 million de visiteurs annuels. J’ai effectivement financé la Fondation Louis Vuitton dans le cadre voté en 2003 par le Parlement français, sur proposition du ministre de la Culture. Autrement dit : la loi de la République invite les entreprises ou les particuliers à donner pour l’intérêt général ; j’ai donné, et cela paraît suspect. Si le dispositif blesse à ce point, il reste à convaincre le législateur de l’abroger. En attendant, j’assume. Personne ne m’y a obligé », poursuit encore le magnat français.

BELGA
Une des marques de renom du groupe LVMH. (BELGA PHOTO SISKA GREMMELPREZ).
Complot chez les Arnault…
Il s’interroge sur le traitement réservé à sa famille. « On n’écrit pas six mois sur un homme sans finir par s’inviter, en pensée, à sa table. J’y ai retrouvé mes cinq enfants, épouse, mes neveux. J’aurais aimé y trouver une nuance : celle qui permet à cinq personnalités fortes de travailler dans la même maison sans que cela tourne à l’opéra italien. Chez les Arnault, apparemment, on ne discute pas, on complote ; on ne délibère pas, on rivalise. C’est romanesque. Dans le monde réel, mes enfants dirigent des Maisons, forment des équipes, prennent des décisions et, sacrilège, s’appellent le dimanche. Ce qui, dans une famille ordinaire, s’appelle un dimanche s’appelle chez nous une intrigue. C’est une affaire de vocabulaire. Nous préférons les dimanches », relève Bernard Arnault.
Plus loin dans sa réponse, il rappelle que son groupe emploie 220.000 collaborateurs dans le monde dont 40.000 travaillent en France.
La transparence n’est pas récompensée
Il se demande si sa famille et les dirigeants du groupe LVMH avaient bien fait de se prêter au jeu de la transparence en acceptant de se confier aux auteures de l’enquête (Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider, ndlr). « Six mois durant, plusieurs dirigeants ont pris, à votre demande, le soin de vous rencontrer, de vous présenter leur travail et ce qu’exige de faire marcher un groupe mondial. Ma famille a fait de même : mes cinq enfants, mon épouse, avec dévouement et attention, moi-même. Tous présents, tous disponibles, tous unis. Je vous soupçonne, très clairement, d’avoir puni la transparence. Que cela serve d’enseignement pour vos prochains sujets », dit-il.
En 1984, quand j’ai repris Boussac, votre journal aurait-il parié un franc, même symbolique, sur le fait que la France abriterait, quarante plus tard, le leader mondial du luxe, portant le drapeau de l’excellence française dans près de 100 pays, et ayant contribué à hauteur de plus de 40 milliards d’euros au Trésor public ?
Pour conclure, Bernard Arnault rappelle sa première acquisition, réalisée à 35 ans, et qui a servi à la construction de son empire du luxe : le groupe textile en faillite, Boussac Saint-Frères, racheté pour une somme symbolique.
« En 1984, quand j’ai repris Boussac, votre journal aurait-il parié un franc, même symbolique, sur le fait que la France abriterait, quarante plus tard, le leader mondial du luxe, portant le drapeau de l’excellence française dans près de 100 pays, et ayant contribué à hauteur de plus de 40 milliards d’euros au Trésor public ? Prenez votre temps pour y répondre. Je vous offre l’apéritif à la Fondation. Les vins seront français. Vous y croiserez peut-être quelques personnages de votre feuilleton. (…). Ils sont plus fréquentables que vous ne le pensiez. Quant à moi, rassurez-vous :je continuerai à pratiquer les mots croisés du Monde qui, eux, sont excellents », conclut Bernard Arnault.
Source: LPOST

Check Also

Agnès Flémal, grande défenseure des ingénieurs et des start-ups technologiques, s’en est allée

Agnès Flémal, grande défenseure des ingénieurs et des start-ups technologiques, s’en est allée Celle …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.