Fusion Rossel-IPM : après l’avis favorable de l’Autorité Belge de la Concurrence, c’est l’inquiétude dans les rédactions


Fusion Rossel-IPM : après l’avis favorable de l’Autorité Belge de la Concurrence, c’est l’inquiétude dans les rédactions
Le gendarme belge de la concurrence reconnaît que l’opération permettrait au futur groupe de disposer des moyens susceptibles d’entraîner la diminution de la qualité et de la diversité de l’offre éditoriale en Belgique. Par ailleurs, il est d’avis qu’elle débouchera sur une concentration qui pourrait déboucher sur la disparition de plusieurs titres, une harmonisation des contenus et une diminution de l’indépendance rédactionnelle. Mais elle l’approuve en mettant en avant les engagements pris par Rossel, notamment le maintien de la quasi-totalité des titres de presse quotidienne francophone en leur garantissant les moyens de se développer de manière indépendante. Rossel ne pourra renoncer à un titre si le groupe démontre à l’ABC que son maintien n’est plus économiquement raisonnable mais celui-ci sera alors mis en vente… Rossel s’est aussi engagé à maintenir les conditions actuelles de travail des journalistes pendant 7 ans. Mais des pertes d’emplois et des disparitions d’éditions régionales sont craindre. Les syndicats ont fait part de leurs inquiétudes, mais pour des observateurs, leur sortie arrive un peu tard…
Feu vert pour l’opération de fusion-absorption du groupe de média IPM (éditeur de La Libre, L’Avenir ou La DH/Les Sports, etc.) par son concurrent direct, Rossel (Le Soir, Sudinfo, 50% de l’Echo, 50% de RTL-Tvi, etc.), officialisée par les patrons des deux groupes en juin 2025. L’Autorité Belge de la Concurrence (ABC) a rendu, vendredi 3 juillet 2026, un avis favorable dans ce sens, en suivant l’analyse dressée, il y a quelques jours, par l’auditeur général. A l’issue de l’opération, il n’y aura quasiment plus qu’un seul groupe de presse en Belgique francophone, Rossel, dont les actionnaires d’IPM détiendrait environ 10% du capital.
L’Autorité rappelle qu’elle a exercé un contrôle de la concentration entre Rossel et IPM au regard des règles de concurrence et non pas des règles introduites par le règlement européen sur la liberté des médias.
« L’Autorité rappelle qu’elle a exercé un contrôle de la concentration entre Rossel et IPM au regard des règles de concurrence et non pas des règles introduites par le règlement européen sur la liberté des médias (EMFA) qui protègent le pluralisme et l’indépendance des médias dans l’Union européenne et ne relèvent pas de sa compétence », indique l’ABC dans un communiqué.
Difficultés de la presse quotidienne
Le gendarme belge de concurrence concède qu’à l’issue de l’opération, « Rossel détiendra, seule ou conjointement, l’ensemble des titres de presse quotidienne imprimée francophone ». Il n’ignore pas les difficultés auxquelles est confronté le secteur de la presse, notamment la baisse continue du lectorat et des revenus de la presse imprimée, une transition vers le numérique difficile à rentabiliser, la pression concurrentielle croissante exercée par les grandes plateformes numériques sur les recettes publicitaires, ainsi que les incertitudes entourant le maintien de l’aide publique à la distribution de la presse.
Rossel détiendra, seule ou conjointement, l’ensemble des titres de presse quotidienne imprimée francophone.
Mais pour l’ABC, sans la concentration projetée, « la position de marché d’IPM aurait, selon toute vraisemblance, diminué progressivement ». Elle reconnaît donc que le but de l’opération de fusion-absorption d’IPM par Rossel vise à réaliser des synergies (notamment dans le partage de certains services de support) et à obtenir obtention des moyens permettant d’accélérer les investissements nécessaires à la transition numérique.

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Le logo du Soir, un des titres phares du groupe Rossel en Belgique. (BELGA PHOTO ERIC LALMAND)
Situation de quasi-monopole confirmée
Elle a donc procédé à l’analyse de l’opération sous différents aspects concurrentiels, notamment sur plusieurs marchés liés à la presse francophone quotidienne et hebdomadaire en Belgique et sur des activités connexes (vente d’espaces publicitaires, achat de services journalistiques.  Elle dit avoir auditionné les acteurs du secteurs (sans les nommer précisément) et les responsables du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). « A l’issue de son analyse, l’Autorité considère que l’acquisition d’IPM par Rossel entraîne des risques concurrentiels principalement sur le marché de la presse quotidienne francophone et sur celui de l’achat de services journalistiques », conclut l’Autorité Belge de la Concurrence.
La concentration pourrait en effet entraîner la disparition de plusieurs titres, une harmonisation des contenus et une diminution de l’indépendance rédactionnelle.
Elle soutient que le futur groupe fusionné « disposerait des moyens et de l’incitation de diminuer la qualité et la diversité de l’offre éditoriale en Belgique. La concentration pourrait en effet entraîner la disparition de plusieurs titres, une harmonisation des contenus et une diminution de l’indépendance rédactionnelle. En ce qui concerne le marché des services journalistiques, l’Autorité a également identifié des risques liés au pouvoir d’achat de l’entité fusionnée. Celle-ci occuperait en effet une position unique d’employeur dans le segment de la presse écrite du marché des services journalistiques, ce qui pourrait l’inciter à dégrader les conditions de travail des journalistes ».
Pour répondre aux inquiétudes du gendarme belge de la concurrence, Rossel a pris des engagements dont celui de garder la quasi-totalité des titres de presse quotidienne francophone « tout en leur garantissant les moyens de fonctionner et de se développer de manière indépendante ».
Pas de limite pour les échanges de contenus sportifs
A titre d’exemple, Rossel s’est engagé à ce que Le Soir, La Libre, L’Avenir ou La DH/Les Sports, conservent « leur identité propre, leur charte éditoriale ainsi que les ressources et garanties nécessaires afin d’assurer leur indépendance rédactionnelle. Les engagements prévoient également de limiter les partages de contenu entre les différents titres, à l’exception du contenu sportif ». Pour rappel, Le Soir et SudInfo se partagent déjà actuellement les contenus sportifs. De leurs côtés, La Libre et La DH s’échangent déjà maintenant plus que des articles sportifs…

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Francois le Hodey est l’actuel CEO du groupe IPM. (BELGA PHOTO BRUNO FAHY).
Rossel ne pourra en outre cesser d’exploiter un titre que si elle démontre à l’Autorité que son maintien n’est plus économiquement raisonnable.
Ces échanges d’articles, présentés sous la forme de mutualisations, sont justifiés par la nécessité d’assurer la viabilité du groupe, mais les acteurs assurent dans le même qu’ils veulent éviter l’uniformisation des contenus et préserver la diversité de l’offre d’information…
La cession d’un titre n’est pas exclue, car l’ABC affirme « Rossel ne pourra en outre cesser d’exploiter un titre que si elle démontre à l’Autorité que son maintien n’est plus économiquement raisonnable. Le titre concerné sera alors mis en vente dans des conditions prédéfinies afin de maximiser les chances de reprise par un acheteur soumis à l’approbation de l’Autorité, et les engagements continueront de s’appliquer au repreneur vis-à-vis du titre en question ».
Mais cet engagement laisse perplexes des observateurs, car si le futur groupe estime qu’un titre n’est plus « économiquement raisonnable », quel investisseur pourra soutenir l’inverse si ce n’est avec une restructuration…
Préserver les conditions de travail pendant 7 ans
En attendant, Rossel s’est aussi engagé à maintenir les conditions de travail des journalistes selon les conventions en vigueur et ce, pendant 7 ans. « Les engagements protègent également le travail journalistique, notamment son indépendance, et encadrent le recours à l’intelligence artificielle afin d’éviter une utilisation excessive ou imposée. Ils prévoient en outre l’adoption d’un code de conduite applicable aux journalistes indépendants, destiné à garantir des relations contractuelles transparentes, prévisibles et équitables », poursuit l’ABC.
Les engagements protègent également le travail journalistique, notamment son indépendance, et encadrent le recours à l’intelligence artificielle afin d’éviter une utilisation excessive ou imposée.
Il est prévu qu’un mandataire indépendant soit désigné pour contrôler le respect des engagements. « Il disposera des moyens nécessaires pour suivre l’exécution des obligations imposées et faire rapport à l’Autorité. Un organe de règlement des différends sera également établi en collaboration avec l’Association pour l’autorégulation de la déontologie journalistique (AADJ) afin de trancher les litiges concernant le respect des engagements », lit-on dans le communiqué de l’ABC.

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L’immeuble du Soir (groupe Rossel) à Bruxelles. (BELGA PHOTO ERIC LALMAND).
Détails des engagements dans les prochains jours
Visiblement, l’avis favorable conditionné de l’ABC reprend l’analyse de l’auditeur transmise, il y a quelques jours, au collège qui est un organe indépendant. Contacté par nos soins, le président Axel Desmedt se refuse à donner davantage de détails sur les engagements de Rossel. « Nous publierons dans une dizaine de jours un document de près de 300 pages qui reprendra les détails », nous a indiqué Axel Desmedt.
En attendant, les syndicats montent au créneau, notamment à l’Avenir qui risque d’être le plus touché par une restructuration.
Les travailleurs redoutent une dilution progressive de l’identité, de l’autonomie et des spécificités qui font la richesse de l’Avenir depuis des générations.
« L’intégration du journal dans un pôle régional réunissant également Sudinfo suscite de nombreuses interrogations. Au vu des informations disponibles aujourd’hui, les travailleurs craignent que cette fusion ressemble davantage à une absorption qu’à un rapprochement équilibré entre deux titres. Ils redoutent une dilution progressive de l’identité, de l’autonomie et des spécificités qui font la richesse de l’Avenir depuis des générations », expliquent les syndicats dans un communiqué (CNE, Synova).
L’inquiétude traverse aussi la rédaction du Soir. Déléguée du Setca au Soir, Lorraine Kihl, redoute les conséquences de cette opération, notamment pour les métiers supports sur lesquels vont se concentrer les synergies, tout en relativisant la situation, qui n’est « pas la même qu’au sein du groupe IPM », plus touché.
Réelles inquiétudes dans les différentes rédactions
Egalement inquiète, l’Association des Journalistes Professionnels (AJP), associée aux différentes sociétés de journalistes dans les rédactions, rappelle que « les rédactions et leurs organisations représentatives n’ont à aucun moment été impliquées par leurs directions dans l’élaboration de ces conditions, formulées sous forme ‘d’engagements’ ».
Les rédactions et leurs organisations représentatives n’ont à aucun moment été impliquées par leurs directions dans l’élaboration de ces conditions.
Elle n’est donc pas rassurée et redoute les conséquences de l’opération. « De vives inquiétudes subsistent en effet quant aux réels projets de Rossel pour la presse régionale (Sudinfo et l’Avenir), notamment quant au maintien des éditions régionales de l’Avenir et donc de l’emploi de très nombreux.ses journalistes en Région.  Les engagements ne disent rien non plus du projet éditorial pour La Dernière Heure. Le titre La Capitale disparaîtrait. Les engagements sont muets pour La Libre ou Le Soir, ainsi que pour tous les magazines du Groupe », poursuivent l’AJP et les différentes sociétés de journalistes.
D’après elles, les synergies devraient dépasser les contenus sportifs. « L’ABC a certes posé des conditions pour la limitation des synergies rédactionnelles (mutualisation des contenus journalistiques), en les limitant à 25% (hors sports). Mais cette limite ne vaut pas entre « titres », comme nous l’avions demandé, mais entre les 3 entités (pôles Soir, LLB-DH, Avenir-Sudinfo) », notent-elles.
Source: LPOST

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