La demission du Premier ministre britannique, Keir Starmer, provoque le report du Sommet avec l’Europe
C’est un véritable séisme politique qui a secoué le Royaume-Uni ce lundi matin, 22 juin, avec l’annonce officielle de la démission du Premier ministre britannique, Keir Starmer. Moins de deux ans après son arrivée au 10 Downing Street, le chef du gouvernement a capitulé face à la fronde de ses propres députés, provoquée par la poussée spectaculaire de Reform UK et le retour fracassant, dans son camp, d’Andy Burnham lors de l’élection partielle de Makerfield. Il est d’ailleurs aux portes du 10 Downing Street. Alors que Westminster s’apprête donc à couronner un nouveau leader travailliste, l’axe Bruxelles-Londres se retrouve totalement suspendu au sort de la diplomatie européenne et à la tenue du sommet bilatéral crucial prévu le 22 juillet prochain. CE dernier vient d’ailleurs d’être reporté par le president du conseil européen, Antonio Costa.
C’est un Keir Starmer visiblement très ému et la voix brisée par l’émotion qui s’est présenté ce lundi matin derrière le traditionnel pupitre noir du 10 Downing Street. Moins de deux ans après sa victoire de 2024, le Premier ministre britannique a officialisé sa démission après avoir formellement informé le roi Charles III.
Fragilisé depuis des mois par une économie stagnante, des reniements politiques en série et une impopularité record, Starmer a finalement cédé à la panique de ses troupes.
Le point de rupture de Makerfield
Le point de rupture a été atteint jeudi dernier lors de la législative partielle de Makerfield. L’ancien maire de Greater Manchester, Andy Burnham, y a signé un retour fracassant au Parlement en récoltant 54,8% des suffrages.
La poussée agressive de la droite populiste de Reform UK a achevé de convaincre les députés travaillistes que la ligne Starmer menait le parti à la débâcle.
Certes le Labour l’a emporté à Makerfield, mais le scrutin a agi comme un puissant révélateur : la poussée agressive de la droite populiste de Reform UK, arrivée deuxième avec 34,5% des voix dans ce bastion ouvrier, a achevé de convaincre les députés travaillistes que la ligne Starmer menait le parti à la débâcle.
Pour les frondeurs, Burnham est apparu comme le seul recours capable de reparler aux classes populaires du Nord et de stopper l’hémorragie électorale.
Fragilisé à tous les niveaux, le Premier ministre britannique Keir Starmer, a annoncé lundi sa demission. (Adrian Dennis / AFP).
La charge de Reform UK et des Conservateurs : l’exigence d’élections anticipées
Du côté de l’opposition, l’ambiance est à l’offensive immédiate. Le leader populiste, Nigel Farage, n’a pas tardé à s’attribuer le mérite de cette chute, affirmant que la percée de Reform UK à Makerfield avait fait exploser l’exécutif en plein vol.
Demandant la tenue immédiate d’élections législatives anticipées (General Election), Farage a dénoncé « une combine de l’establishment » visant à imposer un nouveau Premier ministre sans mandat populaire direct.
La cheffe de l’opposition, Kemi Badenoch, a pilonné un Parti travailliste « structurellement brisé ».
Même son de cloche du côté des Conservateurs. La cheffe de l’opposition, Kemi Badenoch, a pilonné un Parti travailliste « structurellement brisé » et trop profondément divisé entre ses apparatchiks londoniens et sa faction nordiste pour gouverner efficacement en pleine crise du coût de la vie.
Le ministre de la Justice et vice-Premier ministre britannique, David Lammy (au centre), attend avec des membres du personnel de Downing Street avant que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ne fasse une déclaration sur son avenir devant le 10 Downing Street, le matin du 22 juin 2026 à Londres. (Adrian Dennis / AFP).
L’arrivée d’Andy Burnham à Euston et l’accueil triomphal aux Communes
Attendu par une meute de journalistes, Andy Burnham est arrivé en fin de matinée à la gare d’Euston à Londres. Le grand favori de la succession a tenu à saluer le bilan de Keir Starmer tout en confirmant sa candidature pour lui succéder au 10 Downing Street.
Très ému de quitter ses fonctions de maire du Grand Manchester, qu’il estime avoir laissé « dans un meilleur état », il s’est immédiatement dirigé vers Westminster.
Ma priorité absolue aujourd’hui est d’être assermenté en tant que député de Makerfield.
Interrogé par les reporters à sa descente du train sur un tweet de 2022 où il réclamait des élections anticipées le jour même de la démission de la conservatrice Liz Truss, Burnham a immédiatement botté en touche pour désamorcer les accusations de double standard. « Je pense que vous franchissez plusieurs haies d’un coup, là. Ma priorité absolue aujourd’hui est d’être assermenté en tant que député de Makerfield », a-t-il répondu.
Quelques heures plus tard, à 14h40 précises, la tension est montée d’un cran au Palais de Westminster. Andy Burnham a fait son entrée dans une Chambre des Communes bondée, accueilli par les acclamations nourries et les tonnerres d’applaudissements des députés travaillistes, conscients de voir défiler leur probable futur Premier ministre.
Burnham a officiellement prêté serment face à la présidence du Parlement, emboîtant le pas à la nouvelle députée du SNP Lara Bird et au nouveau député conservateur Douglas Lumsden.
En coulisses, ses alliés rappellent que le Labour dispose d’une majorité écrasante au Parlement et excluent pour l’instant tout retour aux urnes avant le terme légal de 2029.
BELGA
Ancien négociateur en chef du Brexit pour l’Europe, Michel Barnier estime que la sortie du Royaume-Uni de l’UE est un échec pour les deux parties. (BELGA PHOTO THIERRY ROGE).
Un calendrier de transition ultra-serré
Pour éviter une paralysie institutionnelle prolongée au cœur de l’été, Keir Starmer a tracé la feuille de route de sa succession en accord avec le Comité exécutif national (NEC) du Labour. Les nominations officielles s’ouvriront le 9 juillet prochain pour se clôturer le 16 juillet.
Si Andy Burnham parvient à faire l’union sacrée et se présente sans opposition, il bénéficiera d’un couronnement express et s’installera à Downing Street dès le 18 juillet.
Si Andy Burnham parvient à faire l’union sacrée et se présente sans opposition — un scénario hautement probable depuis que son rival potentiel de l’aile droite, Wes Streeting, a annoncé renoncer à candidate pour le soutenir —, il bénéficiera d’un couronnement express et s’installera à Downing Street dès le 18 juillet. Dans le cas contraire, un vote interne s’étirera durant l’été pour une nomination au 1er septembre.
Le regard de Michel Barnier depuis Londres
La coïncidence des calendriers a rendu cette matinée encore plus surprenante puisque l’ancien Premier ministre français et ex-négociateur en chef du Brexit, Michel Barnier, se trouvait précisément à Londres ce lundi pour une intervention à Chatham House.
Interrogé sur la crise, Barnier a rappelé que si le Brexit restait selon lui un processus « perdant-perdant », chaque difficulté structurelle que traverse le Royaume-Uni aujourd’hui se trouve « aggravée » par cette instabilité politique.
Le Sommet du 22 juillet avec l’Europe reporté
L’onde de coc de la démission surprise de Keir Starmer a touché l’Europe. Le projet visant un « reset » global des relations transmanches devait se concrétiser le 22 juillet prochain lors d’un sommet bilatéral crucial en Belgique.
Le président du Conseil européen, António Costa, s’exprime lors de la conférence de presse finale du sommet européen au siège de l’UE à Bruxelles, le 19 juin 2026. (NICOLAS TUCAT / AFP).
Mais suite à l’annonce de la démission de Keir Starmer, le président du Conseil européen, António Costa, a officiellement confirmé que le sommet est reporté. Il a déclaré que, bien qu’il soit nécessaire de reporter l’événement pour réévaluer la situation, l’UE garde l’espoir que le successeur de Starmer assurera la « continuité » et maintiendra la « bonne voie » pour redéfinir les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.
Nous suivrons de près l’impact de cette transition sur les discussions en cours concernant le commerce, la sécurité et l’agenda post-Brexit.
« C’est un changement significatif dans le calendrier diplomatique, et nous suivrons de près l’impact de cette transition sur les discussions en cours concernant le commerce, la sécurité et l’agenda post-Brexit alors qu’un nouveau dirigeant est en cours de désignation », a précisé le president du Conseil européen.
L’UE refuse ainsi de négocier des accords stratégiques de sécurité et de commerce avec un exécutif en transition, tout dépendra du calendrier de Westminster. Si Burnham est officiellement Premier ministre le 18 juillet, le sommet sera maintenu sous le signe de la légitimité. Dans le cas contraire, le dialogue européen sera gelé jusqu’à l’automne.
Alexander Seale (à Londres)
Source: LPOST

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