Fusion Rossel-IPM : feu vert attendu en juillet, mais intégration reportée à octobre


Fusion Rossel-IPM : feu vert attendu en juillet, mais intégration reportée à octobre
Les coups de théâtre s’enchaînent dans le projet de fusion entre les deux grands groupes de presse francophones, Rossel et IPM.  Les informations récentes sur le report, « au mieux à l’automne », de la prise de contrôle des activités de presse d’IPM par le groupe Rossel et le retour du chômage économique pour le personnel de l’Avenir dès le mois de septembre ont provoqué une réaction en chaîne. Avec, à la clé, une nouvelle communication de la direction de l’Avenir ce mardi 9 juin. On y apprend que l’auditeur de l’Autorité Belge de la Concurrence (ABC) aurait déjà communiqué à Rossel son projet de décision, qui doit cependant être confirmé – ou pas – par le Collège de l’Autorité, pour le 3 juillet au plus tard. Mais de manière opérationnelle, la fusion-absorption ne serait pas envisageable avant le mois d’octobre.
Nouvel épisode dans le dossier de la fusion-absorption entre Rossel (Le Soir, Sudinfo, L’Echo, RTL-Tvi) et IPM (La Libre, la DH, Moustique, l’Avenir, etc.). Pour rappel, lors d’une communication officielle au personnel le 4 juin dernier relatée par nos confrères de Forbes.be, la direction des Editions de l’Avenir (EdAP) annonçait que la prise de contrôle opérationnelle du groupe IPM par Rossel, qui devait intervenir le 4 juillet prochain, était désormais reportée au début du mois d’octobre au plus tôt.
Transfert décalé à octobre
Dans ce premier courrier adressé aux travailleurs de l’Avenir, la direction annonçait d’emblée la nouvelle. « Il était prévu qu’à dater du 4 juillet 2026, la fusion avec le groupe Rossel ait lieu et qu’à partir de cette date, la responsabilité de la gestion de la société soit transférée au groupe Rossel. Malheureusement, ce transfert serait retardé au début du mois d’octobre, sur base des informations en notre possession actuellement », précise la direction dans ce message envoyé le 4 juin dernier.
L’AJP souhaite indiquer qu’elle ne retarde en aucune manière le processus de fusion.
Selon la direction, ce décalage était principalement lié à une demande formulée par l’Association des Journalistes Professionnels (AJP). L’AJP avait immédiatement réagi à ce courrier en démentant être responsable du report. « L’AJP souhaite indiquer qu’elle ne retarde en aucune manière le processus de fusion. Les délais d’approbation de l’opération sont ceux prévus par la législation et appliqués par l’Autorité belge de la Concurrence (ABC). L’auditorat de l’ABC est en dialogue depuis un an avec Rossel et IPM sur les conditions auxquelles cette fusion pourrait être autorisée. Parmi ces conditions figure le mécanisme de contrôle à mettre en place. L’AJP n’est pas partie à ce dialogue et n’a donc pas pu, d’une manière ou d’une autre, retarder les opérations », soulignait l’AJP.

L’Auditeur a communiqué sa « proposition de décision » à Rossel
Nouveau coup de théâtre ce mardi 9 juin. Profitant d’une assemblée du personnel, la direction de l’Avenir a renvoyé une nouvelle communication pour apporter des précisions et rectifier assez sensiblement le contenu de son premier message.  « Notre communication du 4 juin dernier mérite d’être reformulée et actualisée afin d’être plus précise et plus correctement exprimé », souligne la direction de l’Avenir.
Notre communication du 4 juin dernier mérite d’être reformulée et actualisée afin d’être plus précise et plus correctement exprimé.
« Au lendemain de notre communication, poursuit le message, « l’Auditorat de l’Autorité belge de la Concurrence, a clôturé son instruction et communiqué sa proposition de décision à Rossel et au Collège de la Concurrence. Il appartient maintenant audit Collège qui est l’organe décisionnel de l’ABC, de prendre une décision d’ici le 3 juillet 2026 au plus tard et non le 4 juillet comme indiqué dans notre message ».
Le mea culpa du groupe
Le groupe fait aussi son mea culpa par rapport aux passages concernant les responsabilités de ce retard.
« Notre communication du 4 juin indiquait que le retard dans le transfert du contrôle à Rossel résultait d’une demande de l’AJP de mettre en place un « comité externe », nous reformulons ci-après les choses. L’Auditorat de l’ABC, dans le cadre de son instruction, a eu des contacts avec un grand nombre d’acteurs du secteur, dont l’AJP. Mais c’est à l’initiative de l’Auditorat, qu’un mécanisme de protection du pluralisme a été imaginé, mécanisme qui fait partie des engagements offerts par Rossel à l’ABC en vue d’obtenir l’autorisation de la transaction. Ce mécanisme fait partie des solutions mises en place pour répondre aux préoccupations soulevées par l’ABC après consultation des différents intervenants, dont l’AJP. Ce n’est donc pas à proprement parlé une exigence de l’AJP, mais bien des engagements pris par Rossel dans le cadre de ses échanges avec l’ABC » poursuit la communication de la direction de l’Avenir au personnel.
L’Auditorat de l’ABC, dans le cadre de son instruction, a eu des contacts avec un grand nombre d’acteurs du secteur, dont l’AJP.
Concrètement, si la décision du Collège intervient d’ici le 3 juillet 2026, la cession des actions IPM contre des actions Rossel ne pourra avoir lieu qu’aux alentours du mois d’octobre 2026. Car avant de passer à cette phase définitive, il sera nécessaire de franchir quelques étapes supplémentaires.
Tout d’abord, rappelle la direction, « la désignation d’un mandataire de contrôle, chargé de surveiller le respect des engagements offerts par Rossel pour obtenir le feu vert de l’ABC. Ensuite, l’approbation par l’ABC des nouvelles chartes éditoriales de chacun des titres de presse quotidienne, après avis du mandataire de contrôle ».

BELGA
François Le Hodey est le CEO du groupe IPM. (BELGA PHOTO BRUNO FAHY).
Un nouveau report possible
« Si le dossier semble à ce stade bien engagé, poursuit la direction de l’Avenir, « il se peut néanmoins que le Collège de la Concurrence soulève des questions supplémentaires à l’issue de son délibéré.  Si cela devait être le cas, cela pourrait malheureusement entraîner un report supplémentaire du calendrier ».
Il se peut néanmoins que le Collège de la Concurrence soulève des questions supplémentaires à l’issue de son délibéré.  Si cela devait être le cas, cela pourrait malheureusement entraîner un report supplémentaire du calendrier.
La direction annonce par ailleurs l’organisation d’une rencontre avec l’ensemble du personnel dans la deuxième quinzaine du mois de juin « afin de faire le point sur la situation et répondre à vos questions et inquiétudes ».
Retour du chômage économique
Il est évidemment question de la décision du groupe de recourir une nouvelle fois au chômage économique, deux jours par mois, dès la rentrée de septembre. « Face à ce retard dans le processus de fusion et à la nécessité de maintenir la trésorerie des Editions de l’Avenir à un niveau suffisant, nous n’avons pas d’autre choix que de réinstaurer le chômage économique à partir de la fin des vacances d’été pour une période de trois mois aux mêmes conditions que précédemment », avait annoncé la direction la semaine passée dans sa communication au personnel.
Face à ce retard dans le processus de fusion et à la nécessité de maintenir la trésorerie des Editions de l’Avenir à un niveau suffisant, nous n’avons pas d’autre choix que de réinstaurer le chômage économique.
Le sujet était au cœur de l’assemblée du personnel de l’Avenir qui s’est tenue ce mardi 9 juin. A l’issue de l’assemblée, le personnel du quotidien l’Avenir a voté massivement contre la nouvelle période de chômage économique annoncée par la direction. Des actions de protestation sont également envisagées si la direction maintient sa décision.
Lors du vote, 75% des travailleurs ont mandaté leurs représentants pour refuser la nouvelle période de chômage économique, tandis que 84% se sont prononcés en faveur d’actions de protestation au cas où la direction persisterait dans son intention.
Les représentants syndicaux (CGSLB, CNE), mais aussi les représentants de la Société des rédacteurs et les délégués AJP ont, d’ores et déjà, demandé à la direction de suspendre la mesure et de proposer des pistes alternatives.

BELGA
Le personnel de l’Avenir a voté contre le chômage économique que la direction veut leur imposer dès septembre. (BELGA PHOTO MAXIME ASSENBERGHS)
Concentration historique et monopole
Pour rappel, le projet de fusion-absorption Rossel-IPM représente l’un des plus importants projets de concentration médiatique en Belgique francophone.
Si la fusion reçoit le feu vert définitif de l’Autorité Belge de la Concurrence, elle réunira sous un même contrôle des marques aussi importantes que Le Soir, Sudinfo, Ciné-Télé-Revue, La Libre, La DH, l’Avenir et Moustique, Paris-Match, mais aussi RTL Belgium et Mediafin (De Tijd et L’Echo sont détenus à 50% par Rossel).
Cette concentration, qui établit un monopole de fait au niveau de la presse quotidienne francophone, suscite depuis plusieurs mois un débat sur le pluralisme de l’information et l’indépendance des rédactions.
Demetrio Scagliola
Source: LPOST

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