Sénégal : le limogeage du Premier ministre et son élection à la tête de l’Assemblée nationale plongent le pays dans une nouvelle crise politique


Sénégal : le limogeage du Premier ministre et son élection à la tête de l’Assemblée nationale plongent le pays dans une nouvelle crise politique
Depuis le limogeage surprise d’Ousmane Sonko par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, la scène politique sénégalaise est en pleine recomposition. Quelques jours à peine après cette décision, l’ancien chef du gouvernement a été porté à la présidence de l’Assemblée nationale, ouvrant une nouvelle séquence marquée par des tensions au sommet de l’Etat. Car l’ancien Premier ministre se comporte désormais comme le premier opposant, alors qu’il est membre du même parti que le président…
Il y a encore quelques mois, une rupture entre ces deux figures historiques du parti PASTEF semblait pourtant impensable. Longtemps alliés, symboles du vent de changement qui a soufflé sur le Sénégal après leur victoire électorale en 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient bâti leur popularité sur un discours souverainiste, anti-système, porté par une jeunesse avide de renouveau. Mais, peu à peu, des divergences stratégiques et personnelles se sont installées entre eux.
Les raisons d’un limogeage surprise
Le 22 mai 2026, la présidence annonçait officiellement le départ du Premier ministre et la démission du gouvernement. Cette décision faisait suite à plusieurs désaccords publics, notamment lorsque Ousmane Sonko affirmait que le pays manquait d’autorité.
Selon plusieurs observateurs, la rivalité s’est cristallisée autour de la question du leadership futur et de l’influence grandissante de Sonko au sein du parti au pouvoir.
Pourtant, loin de s’effacer, Ousmane Sonko a rapidement rebondi. Le 26 mai 2026, il a été élu président de l’Assemblée nationale avec une large majorité de 132 voix sur 165, grâce au soutien massif des députés Pastef (130 députés).
Cette crise survient alors que le Sénégal traverse une période économique délicate, marquée par une dette publique élevée et des inquiétudes croissantes de la part des partenaires financiers internationaux.
Protestation de l’opposition
Son élection est perçue comme un véritable défi lancé au président. L’opposition a vivement protesté, dénonçant un « passage en force ». Plusieurs députés de l’opposition ont d’ailleurs quitté l’hémicycle avant le vote, estimant que ce retour de l’ancien Premier ministre à l’Assemblée nationale est illégal au regard de la Constitution et de la loi.
Cette crise survient alors que le Sénégal traverse une période économique délicate, marquée par une dette publique élevée et des inquiétudes croissantes de la part des partenaires financiers internationaux.
De nombreux analystes redoutent désormais un blocage institutionnel qui pourrait freiner les réformes promises par le régime.
Des promesses non tenues
Au cœur de ces luttes intestines, entre rivalités pour une éventuelle candidature en 2029, le peuple sénégalais semble être le grand perdant. Deux ans après leur arrivée au pouvoir, plusieurs promesses de campagne sont jugées inachevées, retardées ou tout simplement abandonnées. Ce reniement a déçu une partie de l’opinion, les mouvements citoyens et l’opposition.
Plusieurs points mécontentent la population :
– les loyers restent élevés ;
– l’abrogation de la loi d’amnistie n’a pas eu lieu ;
– les réformes de la justice tardent comme la sortie du président du Conseil supérieur de la magistrature, la limitation des détentions préventives, la réduction des pouvoirs du procureur, l’abrogation de lois jugées liberticides ;
– la rupture avec l’ancien système n’est plus qu’un slogan : certaines nominations politiques persistent, les appels à candidatures pour des postes stratégiques ne sont pas lancés, la fusion d’agences et de directions n’a pas eu lieu, et le train de vie de l’État reste élevé ; recrutement de 2000 enseignants sans publication de liste ;
– aucune sortie du CFA n’a été engagée ;
– aucune politique d’emploi des jeunes viable : le chômage reste toujours aussi élevé.
Des membres du Pastef dans le nouveau gouvernement
Pour beaucoup de Sénégalais, cette situation met en lumière les fragilités internes du pouvoir issu de l’alternance de 2024 : le parti prime sur la patrie. Alors que Bassirou Diomaye Faye tente d’asseoir toujours son autorité, Ousmane Sonko conserve une forte influence politique et populaire, notamment auprès des jeunes et des militants du Pastef.
Pour beaucoup de Sénégalais, cette situation met en lumière les fragilités internes du pouvoir issu de l’alternance de 2024.
D’ailleurs dans un communiqué rendu public lundi soir, il annonça qu’aucun membre de Pastef ne sera dans le nouveau gouvernement. Néanmoins, cette décision a eu une réaction mitigée. Car la liste de 30 ministres annoncée par le nouveau Premier ministre Al Amine Lo dans la foulée affiche au moins cinq ministres issus du parti Pastef et des rangs d’autres alliés. Seront- ils exclus du parti ?
Serigne Saliou Leye (au Sénégal)
Source: LPOST

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