Les ossements retrouvés sont bien ceux de Delphine Aussaguel-Jubillar
L’identification des ossements découverts jeudi à Mailhoc, dans le Tarn, a été confirmée ce dimanche 19 juillet dans l’après-midi. Il s’agit bien des restes de Delphine Jubillar, la mère de famille disparue en décembre 2020.
Les experts de l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN) auront mis moins de 48 heures pour identifier les ossements.
Parmi ceux-ci figuraient notamment deux fémurs, constituant la partie basse du corps, ainsi que d’autres fragments osseux provenant également du bas du corps, dans un état de conservation dégradé. Le travail des spécialistes de l’IRCGN a permis de faire correspondre ces ossements avec l’ADN de Delphine Jubillar. Cette identification apporte désormais une certitude à la famille, qui peut enfin savoir que Delphine est décédée et entamer son deuil.
À ce stade, les fouilles sont terminées. Elles ne reprendraient que si Cédric Jubillar venait à fournir de nouvelles informations. Les causes de la mort demeurent, pour l’heure, inconnues.
Cédric Jubillar avait indiqué aux enquêteurs le lieu précis où il avait dissimulé le corps de son épouse. Cette découverte intervient après une première lettre manuscrite dans laquelle il reconnaît sa culpabilité dans la mort de sa femme, après avoir nié pendant plus de cinq ans. Selon la justice, Cédric Jubillar a reconnu être à l’origine de la mort de Delphine et avoir déplacé son corps dans un champ situé à une dizaine de kilomètres de leur domicile. Selon ses avocats, « il a aussi exprimé des regrets » à travers sa démarche de coopération avec la justice, motivée notamment par le souhait de « donner une sépulture à la mère de ses deux enfants ».
L’IRCGN, un travail d’identification assidu et complexe
Lorsque les ossements sont arrivés à l’IRCGN, ils sont pris en charge dans un environnement totalement stérile afin d’éviter toute contamination. Les fémurs, des os particulièrement longs et résistants, conservent parfois encore de la moelle osseuse, un élément particulièrement précieux pour les experts en identification.
Après un tri minutieux des échantillons, notamment au niveau des têtes de fémurs, les scientifiques peuvent en extraire des cellules contenant des noyaux, et donc de l’ADN exploitable pour les analyses génétiques. Dans cette affaire, le travail s’est révélé particulièrement complexe.
Cinq ans dans la nature
Les ossements étaient restés cinq ans dans la nature et présentaient un état de dégradation important. Malgré ces conditions difficiles, les experts sont parvenus à obtenir un profil génétique exploitable en moins de 48 heures, une véritable prouesse scientifique.
En revanche, un bémol subsiste : les os retrouvés, essentiellement issus de la partie basse du corps, ne permettent généralement pas de déterminer les causes de la mort. Les examens pourraient éventuellement révéler des fractures ou des traces de violences si les os avaient été brisés, laissant supposer que Delphine Jubillar a reçu des coups.
En revanche, ils ne permettront pas d’établir si elle a été étouffée, étranglée ou victime d’un autre mode opératoire ne laissant aucune trace sur le squelette. Les enquêteurs resteront donc largement dépendants de la version livrée par Cédric Jubillar, qui pourrait encore choisir de mentir ou de minimiser la gravité de ses actes.
Un procès en appel qui pourrait être bouleversé par les révélations
Le procès en appel devant la cour d’assises d’appel de Toulouse est prévu à partir du 21 septembre 2026 pour une durée de quatre semaines. Toutefois, il pourrait être reporté à la suite des aveux tardifs de Cédric Jubillar.
Celui-ci avait été condamné en première instance à trente ans de réclusion criminelle, le 17 octobre 2025. À l’époque, ce verdict avait été prononcé alors que le corps de Delphine Jubillar n’avait jamais été retrouvé. La condamnation reposait essentiellement sur un faisceau d’indices, des éléments circonstanciels et les nombreuses incohérences relevées dans les déclarations de son mari. Les aveux de Cédric Jubillar et la découverte des ossements modifient profondément la situation judiciaire. Alors que la première condamnation avait été prononcée sans preuve matérielle directe, la cour d’appel disposera désormais d’une reconnaissance explicite de culpabilité, mais aussi de restes humains formellement identifiés.
Quel impact sur la peine ?
En droit, les aveux peuvent être pris en compte dans le cadre d’une procédure d’appel, notamment au moment de l’appréciation de la peine, qui peut être revue à la hausse comme à la baisse.
Reste à savoir si la défense cherchera à obtenir une réduction de peine en mettant en avant les aveux et la collaboration de son client avec les enquêteurs, ou si, au contraire, l’accusation s’appuiera sur cette nouvelle preuve matérielle pour réclamer une sanction plus sévère.
De son côté, l’avocat de l’oncle et de la tante de Delphine Jubillar refuse que Cédric Jubillar « devienne le maître des horloges » en choisissant, par ses révélations tardives, le calendrier de son procès.
Il souhaite que l’audience prévue au mois de septembre soit maintenue malgré ces nouveaux développements.
(Yannick Ferruzca à Paris)
Source: LPOST
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