Toujours plus de milliards à trouver : l’Arizona doit d’urgence changer de stratégie
Lorsque la coalition Arizona fut formée fin janvier 2025, Bart De Wever proclamait urbi et orbi qu’une diète de 23 milliards d’euros s’imposait pour rééquilibrer nos finances publiques. Dans sa communication, le gouvernement ne lésinait guère sur les effets de manche visant à justifier le bien-fondé de sa réforme du marché du travail consistant, notamment, en une limitation des allocations de chômage à un maximum de deux ans. Cette mesure était censée faire bondir le taux d’emploi en Belgique à 80% et, à ce titre, garantir des rentrées pour le Trésor de l’ordre de 8 milliards, soit plus du tiers de l’assainissement projeté. Ce chiffre a été critiqué, dès le début de l’année, par la Cour des comptes en des termes, au demeurant, lapidaires : « les effets retour attendus liés à des emplois supplémentaires semblent donc difficilement atteignables à ce stade »[1].
Cette surévaluation des recettes permet de saisir que la trajectoire dessinée à la fin de l’année 2025 n’avait rien de définitif. Depuis, les plans d’austérité se succèdent. Un assainissement par vagues est donc à l’œuvre chez nous depuis un peu plus d’un an. La chronologie des annonces quant aux nouveaux efforts à fournir a d’ailleurs de quoi laisser songeur.
La facture s’allonge
En mars de cette année, le comité de monitoring des finances publiques belges ajoutait 4,9 milliards à la liste des économies à réaliser[2]. À peine ce message était-il diffusé que la presse révélait, à la veille du 1er mai, le projet du ministère des Finances de relever la barre de 2 milliards d’euros de plus[3].
Il est temps que l’Arizona modifie ses clés de lecture, car il est possible d’analyser cette chasse aux milliards à l’aune d’une théorie alternative.
Il est temps que l’Arizona modifie ses clés de lecture, car il est possible d’analyser cette chasse aux milliards à l’aune d’une théorie alternative. Pour nous en convaincre, scrutons la base de données de la Banque nationale de Belgique. Elle met en évidence que l’économie belge repose sur deux piliers importants : la consommation privée et la redistribution.
Charge d’intérêts plus élevée
On observe également un douloureux renchérissement du coût des déficits publics. Suite à la remontée des taux constatée depuis cinq ans dans la zone euro, la charge d’intérêts de la dette publique est, en effet, passée de 8,6 à 14,28 milliards d’euros entre 2021 et 2025.
En ce qui concerne la consommation privée, elle a mobilisé en moyenne, depuis 2021, 51,5% du PIB sans tassement majeur. Pour leur part, les prestations sociales sont restées globalement stables en passant de 25,05 à 25,31% du PIB entre 2021 et 2025. On notera donc un certain niveau d’incompressibilité pour ces deux variables.
Fragiliser cette dernière revient à éteindre un des moteurs de la croissance et, partant, à miner les recettes fiscales, avec à la clef, un alourdissement du poids relatif de la dette publique.
À partir de 2026, les premières mesures de l’Arizona, qu’il s’agisse de la limitation des allocations de chômage dans le temps ou des menaces potentielles sur l’indexation des salaires, seront de plus en plus de nature à freiner la consommation.
Or, fragiliser cette dernière revient à éteindre un des moteurs de la croissance et, partant, à miner les recettes fiscales, avec à la clef, un alourdissement du poids relatif de la dette publique, quitte à devoir traquer d’autres milliards par la suite encore et encore, tel Sisyphe condamné à rouler, sans répit, son rocher.
Choix à contre-courant
Pour comprendre ce paradoxe, on convoquera une dimension fondamentale des revenus : la propension marginale à consommer. Celle-ci correspond à la part supplémentaire de revenu qu’un ménage consacre à la consommation plutôt qu’à l’épargne.
Plus les ressources d’un foyer sont faibles, plus sa propension marginale à consommer est élevée.
Plus les ressources d’un foyer sont faibles, plus sa propension marginale à consommer est élevée. Dès lors, préserver la redistribution s’avère économiquement bénéfique. À l’inverse, espérer doper le pouvoir d’achat de la classe dite « moyenne » en sacrifiant les allocataires sociaux équivaut à amputer la consommation populaire, sans pouvoir certifier a priori que l’intégralité du transfert opéré débouchera, au final, sur une demande identique.
Bien entendu, en ces temps de retour de l’inflation et de raffermissement des taux d’intérêt, maintenir ces mécanismes redistributifs est un choix à contre-courant. À l’heure où l’on nous rabâche que la dette publique pèse 108% du PIB, rappelons qu’en 2025, les patrimoines financiers et immobiliers représentaient, en Belgique, au bas mot 340% de ce même PIB (dont 1.700 milliards d’euros pour les seuls actifs financiers détenus par des particuliers[4]).
Les épaules les plus larges, on y revient toujours…
Signataires
Selena Carbonero Fernández, Secrétaire Générale FGTB fédérale
Laurent Pirnay, Président de la CGSP fédérale
Julien Desiderio, Coordinateur Réseau Justice Fiscale
Julien Scharpé, Jeunes FGTB
Philippe Samek, militant CSC
Xavier Dupret, économiste Association Joseph Jacquemotte
[1] Cour des comptes, Commentaires et observations sur les projets de budget de l’État pour l’année budgétaire 2026, Rapport adopté en assemblée générale de la Cour des comptes du 18 février 2026, p.10.
[2] L’Écho, édition du 23 mars 2026.
[3] Trends-Tendances, édition mise en ligne du 30 avril 2026.
[4] Banque nationale de Belgique, base de données, Url : https://dataexplorer.nbb.be/?lc=fr. Date de consultation : 5 mai 2026.
(La secrétaire générale de la FGTB, Selena Carbonero Fernandez, prend la parole lors d’une réunion du syndicat FGTB CGSP Cheminots – ABVV ACOD Spoor, en soutien aux grévistes, le premier jour d’une grève nationale de cinq jours de la SNCB, à la gare de Bruxelles-Central, en plein cœur de Bruxelles, le lundi 26 janvier 2026. Photo : EMILE WINDAL/BELGA)
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Source: LPOST
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