En difficulté après les élections locales, Keir Starmer veut remettre le Royaume-Uni « au cœur de l’Europe »
Fragilisé par une débâcle électorale historique et confronté à une contestation croissante au sein du parti travailliste, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a prononcé, lundi 11 mai, un discours de « reset » politique avec un fort accent européen. C’est la première fois qu’un dirigeant britannique envoie un signal européen aussi fort depuis le Brexit. Plus encore, Starmer a refusé d’exclure un futur rapprochement avec le marché unique européen ou l’union douanière, ouvrant une brèche politique qui aurait été impensable à Londres il y a encore quelques années. Il exclut out depart anticipé du 10 Downing Street, malgré les sollicitations pressantes de deputes travaillistes.
Pour Bruxelles, le moment est important. Moins d’un an après la victoire écrasante du Labour aux élections générales du 4 juillet 2024, Keir Starmer traverse déjà la période la plus délicate de son mandat. Les élections locales organisées la semaine dernière ont provoqué un véritable choc politique au Royaume-Uni : les Travaillistes ont perdu des centaines de sièges municipaux tandis que Reform UK, le parti populiste dirigé par Nigel Farage, continue de progresser rapidement dans plusieurs régions populaires anglaises.
Reconstruire une relation avec l’Europe
Nigel Farage est une figure centrale de la politique britannique contemporaine. Ancien leader du UK Independence Party (UKIP), puis du Brexit Party, il a joué un rôle décisif dans la campagne du référendum du 23 juin 2016 qui a conduit à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.
Son nouveau parti, Reform UK, mélange aujourd’hui critique de l’immigration, nationalisme économique et opposition radicale à toute forme de rapprochement avec Bruxelles.
C’est précisément dans ce contexte de fragilité politique que Starmer a choisi lundi de faire de l’Europe le cœur de son discours. « Le précédent gouvernement a été défini par la rupture de notre relation avec l’Europe. Ce gouvernement travailliste sera défini par la reconstruction de notre relation avec l’Europe, en remettant la Grande-Bretagne au cœur de l’Europe », a déclaré le Premier ministre britannique.
Ce gouvernement travailliste sera défini par la reconstruction de notre relation avec l’Europe, en remettant la Grande-Bretagne au cœur de l’Europe.
Pour un dirigeant britannique, cette formulation marque une rupture majeure. Depuis la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier 2020, les gouvernements britanniques successifs ont généralement évité toute rhétorique pouvant donner l’impression d’un rapprochement politique avec Bruxelles.
Même lorsque Londres cherchait à améliorer les relations avec l’Union européenne sur la guerre en Ukraine, la sécurité ou le commerce, le langage officiel restait extrêmement prudent. Lundi, Starmer a clairement décidé d’assumer un repositionnement européen du Royaume-Uni.
En difficulté après les élections locales, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, joue la carte de l’Europe auprès de la population. (Hannah McKay / POOL / AFP).
« Le Brexit a arraché des opportunités »
Le passage le plus symbolique du discours concerne la jeunesse britannique. Keir Starmer a annoncé vouloir faire d’un futur programme de mobilité entre le Royaume-Uni et l’Union européenne « le cœur » du nouveau partenariat avec Bruxelles.
« Pour nos jeunes, le Brexit a arraché la possibilité de travailler, d’étudier et de vivre facilement en Europe. Je veux un programme ambitieux permettant à nos jeunes de travailler, d’étudier et de vivre en Europe, symbole d’une relation plus forte avec nos alliés les plus proches », a déclaré le Premier ministre britannique.
Pour nos jeunes, le Brexit a arraché la possibilité de travailler, d’étudier et de vivre facilement en Europe.
Ces phrases sont politiquement importantes dans le contexte britannique. Après le Brexit, le gouvernement conservateur de Boris Johnson avait retiré le Royaume-Uni du programme Erasmus+, symbole pour beaucoup de jeunes Britanniques de la liberté de circulation européenne. Depuis plusieurs mois, les institutions européennes poussent Londres à accepter un nouveau système de mobilité encadrée pour les jeunes Européens et Britanniques.
Un grand bond en avant
Jusqu’ici, le gouvernement travailliste avançait avec prudence sur cette question afin d’éviter toute accusation de rétablir la libre circulation. Mais lundi, Starmer a choisi d’assumer frontalement le débat européen.
Le Premier ministre britannique a également surpris en refusant d’exclure explicitement un futur rapprochement avec le marché unique européen ou l’union douanière lorsqu’il a été interrogé par le Financial Times après son discours.
Cette question reste extrêmement sensible au Royaume-Uni. Lors des élections générales de juillet 2024, le manifeste du Labour promettait clairement qu’il n’y aurait ni retour dans le marché unique, ni retour dans l’union douanière, ni rétablissement de la libre circulation européenne.
Je veux nous rapprocher sur le commerce, l’économie, la défense et la sécurité. Et cela créera ensuite une plateforme sur laquelle nous pourrons construire dans les années à venir.
Lundi, Starmer a soigneusement évité de répéter ces lignes rouges. À la place, il a expliqué vouloir obtenir « un grand bond en avant » dans les relations entre Londres et Bruxelles lors du prochain sommet Royaume-Uni-Union européenne prévu plus tard cette année. « Je veux nous rapprocher sur le commerce, l’économie, la défense et la sécurité. Et cela créera ensuite une plateforme sur laquelle nous pourrons construire dans les années à venir », a déclaré Starmer.
À Londres comme à Bruxelles, ce nouveau positionnement du Premier ministre britannique a immédiatement été interprétée comme un signal politique important.
Nigel Farage et son parti UK Reform gagnent du terrain au Royaume-Uni. (PETER POWELL / AFP).
Farage, Trump et le retour de l’Europe
Le repositionnement européen du gouvernement britannique s’explique aussi par le contexte géopolitique actuel. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la guerre avec l’Iran et les inquiétudes croissantes autour de la sécurité européenne poussent aujourd’hui Londres vers davantage de coopération avec le continent.
Le Royaume-Uni cherche notamment à renforcer ses liens avec les Européens sur la défense, les technologies stratégiques, l’énergie et les capacités industrielles militaires.
Le Royaume-Uni cherche notamment à renforcer ses liens avec les Européens sur la défense, les technologies stratégiques, l’énergie et les capacités industrielles militaires.
Le 19 mai 2025, Keir Starmer avait déjà accueilli à Londres Ursula von der Leyen et Antonio Costa, respectivement présidente de la Commission européenne et président du Conseil européen, lors du premier véritable sommet politique entre le Royaume-Uni et l’Union européenne depuis le Brexit. Les discussions avaient porté sur la coopération militaire, la sécurité énergétique et la mobilité des jeunes.
Promesses non tenues de Farage
Le discours de lundi marque une étape supplémentaire. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, Starmer semble vouloir faire du rapprochement avec l’Europe non plus seulement une nécessité diplomatique ou économique, mais un véritable projet politique.
Le Premier ministre britannique a également attaqué frontalement Nigel Farage et les promesses du Brexit.
Le Premier ministre britannique a également attaqué frontalement Nigel Farage et les promesses du Brexit. Selon Starmer, Farage avait promis qu’après le Brexit le Royaume-Uni deviendrait « plus riche et plus fort », avec davantage d’argent pour le NHS et moins d’immigration. « Tout cela s’est révélé faux », a martelé déclaré Starmer.
Cette attaque est importante. Depuis des années, les responsables politiques britanniques évitaient soigneusement de critiquer frontalement le Brexit lui-même, sujet encore extrêmement sensible dans une partie du pays.
Keir Starmer exclut toute démission de sa part
Le discours avait aussi une dimension beaucoup plus personnelle. Interrogé sur la possibilité d’un défi à son leadership après les mauvais résultats électoraux du Labour, Starmer a insisté sur le fait qu’il ne « partirait pas ».
Le Premier ministre britannique a rejeté l’idée d’un Royaume-Uni devenu « ingouvernable », décrivant au contraire un pays « raisonnable, tolérant et divers. C’est cette Grande-Bretagne-là que je défendrai », a-t-il déclaré dans une référence implicite à la montée du populisme nationaliste incarné par Reform UK.
Dans les heures qui ont suivi le discours, David Smith, député travailliste de North Northumberland, a pourtant publiquement demandé à Starmer de préparer son départ.
Dans les heures qui ont suivi le discours, David Smith, député travailliste de North Northumberland, a pourtant publiquement demandé à Starmer de préparer son départ, estimant que le gouvernement devait désormais « agir plus vite et être plus radical ».
Le paradoxe est donc frappant : au moment même où le Royaume-Uni semble redécouvrir l’importance stratégique de l’Europe, le Premier ministre britannique apparaît politiquement plus vulnérable que jamais. Et c’est peut-être là que se joue désormais l’avenir du « reset » européen promis par Keir Starmer.
Alexander Seale (à Londres)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à gauche), et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, se serrent la main lors d’une rencontre bilatérale au 8e sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan, le 4 mai 2026. Stefan Rousseau / POOL / AFP
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Source: LPOST

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