Sketch polémique de la RTBF : RTL, Sudinfo et IPM s’apprêtent à déposer plainte au Conseil de Déontologie Journalistique
Plusieurs médias estiment que l’audiovisuel public a dépassé les bornes en exhibant, dans un patchwork, leurs journalistes aux côtés de responsables politiques (MR), de dirigeants ou d’autres figures dont la prise de position suscite la polémique ou font l’objet de procédures judiciaires. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez souvent critique de la RTBF et son chien étaient aussi intégrés dans le tableau. Le sketch, présenté par le chroniqueur et humoriste, Pierre Scheurette, a suscité la réprobation des trois groupes de presse qui ont annoncé leur intention d’introduire une plainte devant le Conseil de déontologie journalistique (CDJ). Le fondateur du pure player, Etienne Dujardin, qui figure également dans la présentation entend se joindre à la plainte commune des trois groupes de médias. Le député libéral, Denis Ducarme, se demande si, à l’instar de ce qui a été fait en France, le parlement de la Communauté française ne doit pas initier « une commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public ».
La RTBF a-t-elle posé un geste qui lui occasionnera un sévère retour de flamme ? En tout cas, depuis plus de 48 heures, un sketch présenté, mercredi 26 août, par le chroniqueur et humoriste, Pierre Scheurette, lors de la conférence de rentrée de l’audiovisuel public suscite un tollé dans le monde politico-médiatique francophone. Il faut dire que ce qui était censé être un trait d’humour semble avoir raté son objectif et pourrait se retourner contre les dirigeants la RTBF.
Des journalistes étiquetés faussement MR
En effet, durant la conférence de presse, l’humoriste Pierre Scheurette a présenté un patchwork de personnalités sous le titre « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux ». La nomination de ce dernier comme directeur de l’Info et des Sports de la RTBF avait provoqué le courroux du MR dont le président, Georges-Louis Bouchez, avait poussé les 5 administrateurs désignés par le parti à démissionner. Ils sont, depuis lors, revenus et continuent de siéger au Conseil d’administration de la RTBF.
James Arthur
Thomas Gadisseux, le nouveau directeur de l’Info et des Sports de la RTBF, était présent à la conférence de presse. (BELGA PHOTO JAMES ARTHUR GEKIERE).
Parmi les « 50 personnalités », on retrouve notamment des journalistes de RTL Belgium (Martin Buxant, Michael Miraglia) et son ancien directeur de l’Info (Laurent Haulotte), le rédacteur en chef de la Libre (Dorian de Meeûs), le directeur d’antenne et des programmes de LN24 (Thibaut Roland)…
Parmi les « 50 personnalités », on retrouve notamment des journalistes de RTL Belgium (Martin Buxant, Michael Miraglia) et son ancien directeur de l’Info (Laurent Haulotte), le rédacteur en chef de la Libre (Dorian de Meeûs), le directeur d’antenne et des programmes de LN24 (Thibaut Roland) et de ses animateurs (Stéphane Pauwels), le rédacteur en chef adjoint de Sudinfo (Gaspard Grosjean) et son ancien rédacteur chef (Demetrio Scagliola, collaborateur du média en ligne 21News), ainsi que la rédactrice en chef adjointe de la Dernière Heure (Nawal Bensalem). Il n’y a aucun journaliste maison de la RTBF…
Mélange pêle-mêle de personnalités
Dans le tableau de personnalités figurent également le président du MR (Georges-Louis Bouchez et son chien…) et d’autres représentants du parti (la députée européenne, Sophie Wilmès ; les ministres David Clarinval et Valérie Glatigny), le directeur de son centre d’étude Jean Gol (Corentin de Salle), l’ancien ministre fédéral et député européen (Didier Reynders, aujourd’hui inculpé pour blanchiment), etc.
Sont également présents pêle-mêle dans le tableau le président de la Fifa (Gianni Infantino), le prince Laurent, le président russe (Vladimir Poutine), le constitutionnaliste belge, Marc Uyttendaele…
Des visages français sont intégrés dans le tableau : le journaliste français, Pascal Praud ; le conseiller municipal, Louis Sarkozy (fils de l’ancien président Nicolas Sarkozy) ; l’ancien animateur, Patrick Sébastien ; l’homme d’affaires classé à l’extrême droite, Vincent Bolloré (propriétaire de Canal+, CNews, Europe 1, etc.) et le député, Charles Alloncle.
Sont également présents pêle-mêle dans le tableau le président de la Fifa (Gianni Infantino), le prince Laurent, le président russe (Vladimir Poutine), le constitutionnaliste belge, Marc Uyttendaele (il fait aujourd’hui l’objet de plaintes pour atteinte à l’intégrité sexuelle), Xavier Dupont de Ligonnès (soupçonné d’avoir tué les 5 membres de sa famille, mais n’a jamais été retrouvé), le fondateur et patron du groupe informatique, Odoo (Fabien Pinckaers, il a récemment déclenché une polémique par sa position contre la taxe sur les grands patrimoines), etc.
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Vue de l’assistance lors de la conférence de presse de rentrée polémique de la RTBF, organisée mercredi dernier, dans les nouveaux locaux de l’uadiovisuel public. (BELGA PHOTO JAMES ARTHUR GEKIERE).
Amalgame dérangeant
Le mélange des différentes personnalités interpelle car il amalgame des profils qui n’ont rien à voir entre eux, et fait un rapprochement qui peut déranger. Par ailleurs, le fait d’avoir intégrer des journalistes dans un tableau sous le titre évoqué donne l’impression de leur assigner une étiquette politique.
C’est justement cet amalgame qui a provoqué le courroux des rédactions des trois groupes de presse qui ont décidé de porter plainte contre al RTBF auprès du Conseil de Déontologie Journalistique (CDJ). Il s’agit de RTL, Sudinfo et IPM (La Libre, la DH, etc.). Figurant également dans le tableau de Pierre Scheurette, Etienne Dujardin (MR), fondateur du média 21News a décidé de se joindre à la plainte commune des trois médias.
« Mur des cons » à la sauce RTBF
Des observateurs estiment que le tableau présenté lors du sketch rappelle le « Mur des cons » qui a fait polémique en France en 2013. Il s’agit d’un panneau réalisé par le Syndicat de la magistrature et qui était affiché dans leur local. Sur le tableau étaient affichées des photos de diverses personnes présentées comme des « cons », dont des hommes politiques, des intellectuels, des journalistes, majoritairement de droite.
Des observateurs estiment que le tableau présenté lors du sketch rappelle le « Mur des cons » qui avait fait polémique en France en 2013.
On y trouvait aussi des photos de parents de victimes, dont deux pères de deux jeunes filles tuées (l’une d’entre elle avait été violée) par des récidivistes, qui s’étaient prononcés pour le fichage génétique des délinquants sexuels. L’affaire avait entraîné la condamnation définitive de l’ancienne présidente du syndicat, Françoise Martes, pour injures publiques en 2021.
La RTBF temporise
Contactée par nos soins, la porte-parole de la RTBF temporise et estime que le sketch a été sorti de son contexte. « C’était un trait d’humour qui a duré 5 minutes sur une conférence de presse qui a fait près de 90 minutes. Ça se voulait sympa, mais vu le contexte de la situation de la presse aujourd’hui, on se dit après tout que ce genre d’humour n’est plus possible. Chacun doit en tirer les conséquences », nous a répondu Isabelle Bastaits.
Ça se voulait sympa, mais vu le contexte de la situation de la presse aujourd’hui, on se dit, après coup, que ce genre d’humour n’est plus possible.
BELGA
Le député fédéral, Denis Ducarme (MR), est remonté contre la RTBF après le sketch polémique. (BELGA PHOTO ERIC LALMAND).
La porte-parole de la RTBF assure qu’« il n’y avait aucune volonté de nuire dans la blague de Pierre Scheurette. Mais je comprends que des journalistes ont pu se sentir oppressés, c’est dur de se sentir assimilés à un courant politique ». Face à la polémique, elle estime qu’il ne faut pas prendre prétexte de ce sketch « pour salir les relations entre les journalistes de la RTBF et leurs confrères des autres médias ».
Le nouveau directeur de l’Info et des Sports, Thomas Gadisseux, devrait rencontrer les rédacteurs en chef des autres médias pour discuter de ces relations.
Du côté politique, le député fédéral, Denis Ducarme (MR) est monté au créneau. « RTBF doit-elle changer de nom ? « TPMP » (référence à l’ancienne émission ‘Touche Pas à Mon Poste’, animée par Cyril Hanouna en France, ndlr) serait-il plus adapté ? Un peu de neutralité et de réserve y sont-elles devenues impossibles ? Le parlement de la communauté française doit-elle, comme en France, instituer une commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public ? », s’est-il fendu sur X (ex-Twitter).
Source: LPOST

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