Laïcité, droits des femmes : un enjeu culturel et civilisationnel majeur


Laïcité, droits des femmes : un enjeu culturel et civilisationnel majeur
La cause des femmes : voilà un thème, historique à bien des égards, qui, par-delà même ce bel intitulé d’un livre resté célèbre de la grande Gisèle Halimi, devrait intéresser, au plus haut point au sein de notre monde moderne et contemporain, la conscience individuelle aussi bien que collective. Et, de fait, c’est exactement là le propos d’un important ouvrage collectif – « Laïcité et droits des femmes – L’autonomie en question » – paraissant ces jours-ci, sous la triple mais surtout docte direction de Laure Caille (présidente « Libres Mariannes »), Annie Sugier (présidente co-fondatrice, avec Simone de Beauvoir, de la « Ligue du Droit International des Femmes ») et Michèle Vianès (présidente de « Regards de Femmes »), aux Editions L’Harmattan (Paris).
Ainsi s’exprime par ailleurs, à ce sujet primordial tant sur le plan culturel que civilisationnel, Gérard Delfau, le responsable éditorial, dans la bien nommée collection « Débats Laïques », de ce qu’il nomme encore là, à raison au vu de son nécessaire et brillant contenu quant à ce vaillant, lucide et juste combat pour le féminisme, un « véritable manifeste » :
Nombreuses sont les collections qui traitent des religions. En revanche, il n’existait pas jusqu’ici de collection consacrée à la Laïcité, alors qu’elle est devenue un enjeu majeur, en France et dans le monde.
« Nombreuses sont les collections qui traitent des religions. En revanche, il n’existait pas jusqu’ici de collection consacrée à la Laïcité, alors qu’elle est devenue un enjeu majeur, en France et dans le monde. L’objectif de la collection « Débats Laïques », c’est d’ouvrir une discussion de fond sur sa dimension historique et philosophique ; mais aussi de faire le point sur un certain nombre de sujets controversés, liés à sa mise en œuvre (…) Les auteurs s’inscrivent dans la grande tradition humaniste, celle des Lumières, de la Révolution française, et des lois de laïcisation de la IIIe République. Or ce mouvement d’émancipation se prolonge aujourd’hui dans le combat en faveur de l’égalité des droits pour les femmes et les minorités sexuelles (…) Irremplaçable Laïcité, qui reste un acquis fragile, menacé par un regain des intégrismes, y compris sur notre sol. »
Critique raisonnée du pouvoir religieux et de la domination patriarcale
Le résumé que proposent, afin de préciser leur objectif tout autant que leur méthode, les trois excellentes directrices – Laure Caille, Annie Sugier et Michèle Vianès, donc – de cet ouvrage collectif (subdivisé en cinq amples chapitres et réunissant une bonne vingtaine de contributions, auxquelles s’ajoutent une introduction, ainsi qu’une conclusion) n’est pas moins disert.
Dans un contexte de crispation identitaire et de montée des communautarismes religieux et politiques, les droits universels des femmes subissent un mouvement de recul préoccupant.
De fait, y est-il spécifié de manière plus substantielle encore, tant sur le plan théorique que pratique : « Dans un contexte de crispation identitaire et de montée des communautarismes religieux et politiques, les droits universels des femmes subissent un mouvement de recul préoccupant ; Entre héritages religieux, pressions sociales et régressions législatives, leur autonomie reste fragile et constamment interrogée. Cet ouvrage collectif réunit regards croisés, analyses théoriques et études de cas, menés par des chercheuses, des philosophes, des journalistes, des historiens des religions, des essayistes, des personnalités politiques et des militantes, pour analyser la manière dont les traditions religieuses ont contribué à structurer le patriarcat et comment la laïcité peut protéger et renforcer l’autonomie des femmes, sans toutefois, à elle seule, la garantir. »

Une réflexion essentielle pour comprendre, défendre et construire l’autonomie des femmes
Bref : « Une réflexion essentielle pour comprendre, défendre et construire l’autonomie effective des femmes », y est-il affirmé, à très juste titre, en guise de conclusion !
C’est là, en effet, un enjeu culturel et civilisationnel majeur pour les indispensables progrès de l’humanité en son ensemble.
L’humanité en son ensemble, contre la guerre des sexes
Oui, l’humanité en son ensemble : c’est bien là aussi l’un des grands mérites, sur le plan moral et anthropologique également, et non seulement conceptuel et sociologique donc, de ce livre collectif. Car, loin d’y exclure péremptoirement des contributions d’hommes – ce que tend malheureusement trop souvent à faire aujourd’hui une conception erronée, réductrice et malveillante, du féminisme, il y accueille aussi généreusement des textes livrés par la gent masculine.
Aux côtés des contributions de quelques-unes des plus insignes militantes, à l’heure actuelle, de ce féminisme correctement entendu sur à l’échelon idéologique, on notera également celles, à seuls titres d’exemples, de Kamel Daoud, Frédéric Lenoir, Frédéric Thiriez ou Odon Vallet.
Ainsi, aux côtés des contributions de quelques-unes des plus insignes militantes, à l’heure actuelle, de ce féminisme correctement entendu sur à l’échelon idéologique – de Djemila Benhabib, Catherine Kintzler, Françoise Laborde ou Françoise Morvan à Maryam Namazie, Lucetta Scaraffia, Linda Weil-Curiel ou Anne Zelensky (impossible ici, et l’on me pardonnera, de citer tous les noms) – on notera également celles, à seuls titres d’exemples, de Kamel Daoud, Frédéric Lenoir, Frédéric Thiriez ou Odon Vallet.
Liberté de conscience, conscience, humanisme et démocratie
Car, oui, c’est bien effectivement là, contre une très contreproductive, sinon stupide, guerre des sexes, une juste compréhension, intelligemment pensée et parfaitement exprimée, du féminisme contemporain que ce livre collectif, essentiel pour la nécessaire cause des femmes, propose, par la grande qualité de ses nombreuses réflexions, certes diverses mais toujours cohérentes, plurielles et universelles à la fois, à l’imprescriptible liberté de conscience, sans laquelle il n’est point d’humanisme qui vaille, ni de démocratie qui tienne à long terme !
Daniel Salvatore Schiffer
Philosophe, professeur, écrivain, auteur d’une cinquantaine de livres et directeur de plusieurs ouvrages collectifs, dont « Repenser le rôle de l’intellectuel » (Editions de l’Aube), « L’humain au centre du monde – Pour un humanisme des temps présents et à venir. Contre les nouveaux obscurantismes » (Editions du Cerf) et « Critique de la déraison antisémite – Un enjeu de civilisation, un combat pour la paix » (Editions Intervalles).
Source: LPOST

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