Opinion. Le terrain, ce professeur que nos universités ne peuvent remplacer


Opinion. Le terrain, ce professeur que nos universités ne peuvent remplacer
Lorsque je repense à mes années d’études, une image me revient souvent. Celle de centaines d’étudiants brillants, ambitieux, engagés dans des cursus exigeants, mais qui, à l’approche de la fin de leurs études, peinaient à répondre à une question pourtant essentielle : que vais-je réellement faire demain ? S’inspirer du Volontariat International en Entreprise (VIE) serait une option.
La question n’a rien perdu de son actualité, au contraire. Chaque année, des milliers de jeunes obtiennent leur diplôme avec un solide bagage théorique. Cette base reste indispensable evidemment car elle développe la compréhension, l’esprit d’analyse, la capacité à structurer sa pensée et à appréhender la complexité du monde. L’université joue à cet égard un rôle fondamental. Pourtant, entre comprendre un métier et l’exercer, un espace existe. Cet espace s’appelle l’expérience.
En revanche, ils avaient rarement vécu la pression d’un client, la nécessité de respecter un délai serré, l’obligation de convaincre un collègue, de défendre une idée ou de prendre une décision lorsque toutes les informations ne sont pas disponibles.
Une bonne base théorique, mais le terrain compte aussi
Au fil de ma carrière dans le recrutement, j’ai rencontré de nombreux diplômés de niveau master qui maîtrisaient parfaitement les concepts de leur discipline sans avoir encore eu l’occasion de les confronter à la réalité quotidienne d’une entreprise. Ils connaissaient les modèles, les méthodes et les processus.
En revanche, ils avaient rarement vécu la pression d’un client, la nécessité de respecter un délai serré, l’obligation de convaincre un collègue, de défendre une idée ou de prendre une décision lorsque toutes les informations ne sont pas disponibles.
Cette réalité n’est ni une faiblesse de notre enseignement, ni celle de nos étudiants. Elle révèle simplement une évidence : certaines compétences s’acquièrent dans les livres, d’autres sur le terrain.
L’exemple du Volontariat International en Entreprise (VIE)
C’est précisément pour cette raison que le modèle français du Volontariat International en Entreprise (VIE) mérite toute notre attention.
Au-delà de son succès, le VIE repose sur une idée simple mais puissante : les compétences les plus précieuses se développent au contact du réel. Travailler à l’étranger, intégrer une équipe, représenter une organisation, gérer des responsabilités, résoudre des problèmes concrets, évoluer dans un environnement multiculturel ou encore apprendre à collaborer avec des profils différents constituent autant d’expériences qu’aucun syllabus ne peut retranscrire pleinement.
C’est précisément pour cette raison que le modèle français du Volontariat International en Entreprise (VIE) mérite toute notre attention.
Le véritable intérêt d’une telle immersion réside d’ailleurs autant dans ce que l’on découvre sur soi-même que dans ce que l’on apprend sur un métier. À vingt ou vingt-cinq ans, il est parfaitement normal d’hésiter. Pourtant, combien de jeunes arrivent aujourd’hui en dernière année de master avec une vision encore très abstraite de leur avenir professionnel ?
L’ère des big four
Je fais partie d’une génération où beaucoup se sont naturellement tournés vers les grands cabinets de conseil ou d’audit. Les Big Four recrutaient directement sur les bancs de l’université. Ils représentaient une voie prestigieuse, rassurante et visible. Nombreux sont ceux qui ont emprunté cette route sans véritablement connaître le quotidien du métier, son rythme, ses contraintes ou les trajectoires de carrière qu’il offrait. Certains y ont trouvé leur vocation. D’autres ont compris quelques mois plus tard qu’ils aspiraient à un tout autre environnement.
Les stages actuels constituent une première réponse, mais leur durée reste souvent insuffisante.
Que de temps, d’énergie et parfois de désillusions pourraient être évités grâce à une immersion longue dans le monde professionnel avant l’entrée définitive sur le marché de l’emploi.
Les stages actuels constituent une première réponse, mais leur durée reste souvent insuffisante. Quelques semaines permettent d’observer. Elles offrent rarement la possibilité de porter un projet de bout en bout, d’assumer des responsabilités ou de mesurer les conséquences de ses décisions. Il faut souvent plusieurs mois pour comprendre véritablement une organisation, son fonctionnement, ses enjeux et sa culture.
C’est pourquoi la Belgique gagnerait à imaginer un programme inspiré du VIE, adapté à sa réalité économique et intégré directement dans les cursus universitaires.

BELGA
Une résidence des étudaints à Louvain-la-Neuve. (BELGA PHOTO JUSTIN NAMUR).
Une année d’immersion professionnelle
Pourquoi ne pas créer une année d’immersion professionnelle reconnue académiquement, entre le master 1 et le master 2 ? Une année complète passée au sein d’une PME, d’une start-up, d’une institution européenne ou d’une entreprise belge, encadrée conjointement par l’université et l’employeur.
Pourquoi ne pas créer une année d’immersion professionnelle reconnue académiquement, entre le master 1 et le master 2 ?
L’étudiant conserverait son statut académique tout en bénéficiant d’une véritable expérience professionnelle. Il serait accompagné par un tuteur universitaire et un mentor en entreprise. Son expérience nourrirait ensuite son mémoire et son retour en master. Il ne s’agirait plus d’une parenthèse dans le parcours académique, mais d’une composante à part entière de la formation.
Les bénéfices seraient considérables.
Les gains de l’expérience du terrain
Pour les étudiants d’abord, qui développeraient une expérience concrète, un réseau professionnel, une meilleure compréhension de leurs aspirations et des compétences devenues essentielles dans un monde en perpétuelle évolution : l’autonomie, la gestion de projet, la communication, la collaboration, l’esprit critique et l’adaptabilité.
Pour les entreprises ensuite, en particulier nos PME et nos start-up. Trop souvent, les jeunes diplômés connaissent davantage les grandes marques qui viennent recruter sur les campus que les entreprises innovantes qui composent le tissu économique belge. Une immersion longue permettrait de faire découvrir ces organisations, d’y injecter des idées nouvelles et de créer des passerelles durables entre le monde académique et l’économie réelle.
Trop souvent, les jeunes diplômés connaissent davantage les grandes marques qui viennent recruter sur les campus que les entreprises innovantes qui composent le tissu économique belge.
Enfin, pour notre pays. Dans un contexte où l’intelligence artificielle transforme les métiers à une vitesse inédite, la compétitivité reposera moins sur l’accumulation de connaissances que sur la capacité à les mobiliser dans l’action. Les organisations auront besoin de professionnels capables d’apprendre rapidement, d’évoluer dans l’incertitude et de s’adapter en permanence.
En offrant à nos étudiants l’opportunité d’associer excellence académique et immersion prolongée sur le terrain, nous formerions une génération plus confiante, plus autonome, plus innovante et mieux préparée aux réalités du monde professionnel.
Et si le véritable diplôme d’avenir était finalement celui qui associe la force de la théorie à la richesse de l’expérience ?
Vincenzo Carrabs
Directeur chez Michael Page
Source: LPOST

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