Nomination du chef de cabinet du ministre Laaouej au Maroc : Ecolo dénonce une procédure opaque
La nomination de Moustapha Budchich au poste de « représentant de la Région de Bruxelles-Capitale auprès du Royaume du Maroc » provoque une vive controverse au sein de la classe politique belge. Décidée par le gouvernement régional dirigé par Boris Dilliès (MR), cette désignation intervient dans un contexte ou l’agence hub.brussels mène une profonde restriction budgétaire.
Selon les informations publiées par nos confrères de L’Echo, Moustapha Budchich remplacera, à partir du 1er septembre, le délégué actuel en poste à Rabat. Le bureau marocain, considéré comme stratégique, verra ses missions élargies et son responsable accéder à un poste de niveau A5, assorti d’une rémunération annuelle brute comprise entre 115 000 et 150 000 euros. Il est le chef de cabinet du ministre bruxellois de l’Action sociale, également président du PS bruxellois.
Le gouvernement bruxellois son choix précisant que Moustapha Budchich a des origines familiales marocaines ; qu’il a une connaissance personnelle du royaume chérifien, de ses réseaux institutionnels et économiques tout en maîtrisant les enjeux bruxellois.
Entre mesures d’austérité budgétaire et réformes institutionnelles
Plusieurs bureaux de représentation économique de Bruxelles à l’étranger sont appelés à fermer ou à réduire leurs activités, tandis que quelques implantations, dont celle de Rabat, seront renforcées.
Le cabinet du ministre-président, Boris Dilliès (MR), justifie cette évolution par une redéfinition des missions du bureau installé au Maroc. En plus de ses activités de soutien aux entreprises et de promotion économique, la représentation bruxelloise à Rabat devra désormais assurer un rôle institutionnel renforcé auprès des autorités marocaines.
L’exécutif régional précise que cette évolution pourrait également concerner d’autres représentations de Bruxelles à l’étranger, notamment celles de New York, d’Istanbul ou de Mumbai, dans le cadre d’une réorganisation plus large du réseau international de hub.brussels.
Pour le gouvernement bruxellois, il ne s’agit donc pas d’un recrutement classique, mais d’une désignation gouvernementale liée à la transformation des fonctions exercées par le représentant régional.
Ecolo dénonce une procédure opaque
Cette explication ne convainc pas le groupe Ecolo. Sa cheffe de file au parlement bruxellois, Zakia Khattabi, estime que le véritable problème ne réside pas dans les compétences de Moustapha Budchich, mais dans les conditions de sa désignation.
Selon elle, la nomination serait intervenue le 23 juillet sans appel public à candidatures, ni procédure ouverte, ce qui soulève des interrogations sur le respect des règles de transparence et d’égalité d’accès aux fonctions publiques.
« La question n’est pas celle des qualités de la personne désignée, mais de la procédure, de la transparence et du respect des règles qui s’imposent à l’ensemble de l’administration », affirme l’élue écologiste.
Pour Zakia Khattabi, cette décision est d’autant plus difficile à comprendre que les fonctionnaires de hub.brussels subissent depuis plusieurs mois les conséquences des économies budgétaires, avec des restructurations et des réductions d’effectifs.
Succession de nominations qui interroge
La polémique est également alimentée par le parcours récent de Moustapha Budchich. Celui-ci a été nommé, il y a peu, vice-président de la Stib, la société bruxelloise de transports publics, en remplacement de Lotfi Mostefa, contraint de quitter ses fonctions à la suite du scandale du Foyer anderlechtois.
Pour l’opposition écologiste, cette nouvelle désignation contribue à renforcer le sentiment d’une proximité entre certaines nominations et les sphères du pouvoir politique.
Zakia Khattabi évoque une « logique de privilèges » qu’elle juge incompatible avec les exigences d’exemplarité attendues des institutions publiques.
Des cri
Cheffe de groupe d’Ecolo au parlement bruxellois, Zakia Khattabi dénonce la nomination sans procédure ouverte du chef de cabinet du ministre bruxellois, Ahmed Laaouej, au Maroc. (Henrik MONTGOMERY / TT News Agency / AFP)
tiques sur la gouvernance
La députée écologiste établit également un parallèle avec une autre affaire ayant récemment alimenté les débats à Bruxelles : l’attribution d’un marché public de près de 800 000 euros à une consultante rémunérée environ 1 200 euros par jour sous la responsabilité du ministre De Smedt.
Selon elle, ces différents dossiers donnent l’impression que les règles administratives ne sont pas appliquées de manière uniforme lorsque des personnalités proches du pouvoir sont concernées.
La transparence, l’égalité d’accès aux fonctions publiques et la bonne gestion des deniers publics ne peuvent être des principes à géométrie variable.
« La transparence, l’égalité d’accès aux fonctions publiques et la bonne gestion des deniers publics ne peuvent être des principes à géométrie variable », soutient-elle.
Ecolo réclame des explications
Face à cette situation, Ecolo demande au gouvernement régional de publier l’ensemble des documents ayant servi de base à la nomination du chef de cabinet du ministre bruxellois, Ahmed Laaouej (PS). Le parti souhaite notamment consulter la note soumise au gouvernement, le profil de fonction, les avis éventuellement recueillis, ainsi que les modifications apportées au plan de personnel, au statut administratif et aux cadres linguistiques.
L’objectif est de permettre au Parlement de vérifier si la désignation respecte les règles administratives en vigueur et si la transformation du poste justifie effectivement l’absence de procédure ouverte.
Un débat appelé à se poursuivre
À ce stade, aucune irrégularité n’a été officiellement constatée et le gouvernement maintient que cette nomination relève de ses prérogatives dans le cadre de la réorganisation de hub.brussels.
L’opposition estime toutefois que le contexte budgétaire rend cette décision particulièrement sensible. Alors que plusieurs représentations économiques ferment leurs portes et que les administrations sont appelées à réduire leurs dépenses, la création d’un poste mieux rémunéré pour un proche d’un ministre socialiste nourrit les interrogations sur les critères ayant guidé ce choix.
Au-delà du cas de Moustapha Budchich, cette affaire relance le débat sur les nominations aux postes stratégiques de l’administration bruxelloise, la transparence des procédures et les exigences de bonne gouvernance. Les explications que fournira le gouvernement dans les prochaines semaines seront déterminantes pour répondre aux critiques formulées par Ecolo et clarifier les conditions de cette désignation.
Gérard Beogo (St)
Source: LPOST

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