Malgré les embûches, le café congolais est bien présent au salon World of Coffee à Brussels Expo


Malgré les embûches, le café congolais est bien présent au salon World of Coffee à Brussels Expo
Allo le Congo ? Oui, il est toujours là, avec ses souffrances ignorées du monde et ses habitants en perpétuelle mode survie. Surtout à l’est du pays, depuis un an et demi sous la coupe des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda voisin. Malgré la fermeture des banques et l’étouffement de l’activité économique, l’asbl belge, Comequi, poursuit ses projets en faveur des caféiculteurs du Kivu, dont la production est commercialisée par certaines marques en Belgique. L’association est présente au salon World of Coffee qui se tient à Brussels Expo jusqu’à samedi.
Comequi accompagne aujourd’hui une quinzaine de coopératives de caféiculteurs au Kivu, soit 25.000 producteurs. Mais pour garder en Europe le label « café congolais », celui-ci ne peut plus être exporté directement de Goma, contrôlé par le M23. Il doit au préalable sortir des « zones libérées », euphémisme utilisé par la rébellion pour parler des territoires sous sa férule, et transiter par Beni, plus au nord et sous contrôle gouvernemental, afin d’obtenir le précieux cachet d’origine.
Ce n’est pas la seule embûche. L’aéroport de Goma est en léthargie. Les banques restent obstinément fermées, tout comme les organismes de microfinance, Kinshasa ne comptant donner son feu vert à leur réouverture qu’au départ du dernier rebelle.
Pour garder en Europe le label « café congolais », celui-ci ne peut plus être exporté directement de Goma, contrôlé par le M23.
En outre, pour passer d’une zone à l’autre et éviter les suspicions de l’ANR (agence congolaise de renseignement), les commerçants doivent ruser et éviter d’exhiber des documents comportant un cachet rwandais.
Un périple sous Ebola
Même pour venir en Belgique avec un visa belge en règle, c’est compliqué de sortir du Kivu. Dans un récit truculent servi à un petit cercle de donateurs, le vice-président de Comequi RDC, Gilbert Makelele, très investi dans le crédit agricole, ainsi que la coordinatrice Dorcas Bolese ont raconté leur périple.
Ils comptaient rejoindre Kigali, au Rwanda, et de là s’envoler vers Bruxelles. « Mais la frontière à Goma était fermée, soi-disant à cause du virus Ebola. Mais à Goma, il n’y a eu qu’un seul cas, qui est déjà guéri ! », racontent-ils.
Arrivés du côté rwandais de la frontière, ils ne peuvent pas aller plus loin. Gilbert aborde un gradé qui, sous son insistance, finit par lui filer une adresse e-mail et un numéro de GSM du ministère rwandais des Affaires étrangères. « Revenez demain matin à huit heures », lui intime le gradé.
Le lendemain à huit heures pile, aucune nouvelle. Entre-temps la partie rwandaise veut tester le duo pour voir s’ils ne sont pas porteurs du virus Ebola. « Ils ont vérifié partout », rigole Gilbert.
Malgré les difficultés liées à la guerre, les caféiculteurs poursuivent vaille que vaille leur activité. Crédit photo : Comequi.
 Un taxi congolais sous escorte
Mais les minutes s’égrènent, Il est déjà 13h45, toujours pas d’autorisation. L’avion décolle à 20 heures et il faut au moins trois heures pour rejoindre l’aéroport. La tension monte. C’est alors que le gradé rwandais a ressurgi avec « beaucoup, beaucoup d’officiers, pour ensuite se concerter ». Solution trouvée : le taxi des Congolais serait escorté par la police rwandaise jusqu’à l’aéroport « afin d’éviter que nous rencontrions des gens au passage à cause de l’Ebola », explique Gilbert.
Quand je rentrerai chez moi, c’est pas tout le monde qui va me voir de la même façon.
« Tous les dix kilomètres, nous changions d’escorte, nous étions comme des VIP », se remémore la jeune Dorcas pour qui c’était le premier voyage en Europe. Elle confesse avoir beaucoup prié pour sortir de ce pétrin. « Quand je rentrerai chez moi, c’est pas tout le monde qui va me voir de la même façon », a-t-elle déclaré avec un large sourire et sous les applaudissements de la salle. Trop contents d’arriver à Bruxelles, les deux Congolais n’ont même pas évoqué les trois heures d’attente endurées à Zaventem…
« Ils vont se retirer »
Allongement de la chaîne logistique, fermetures aléatoires de frontières, déplacements de populations, difficultés d’accès au financement : les producteurs de café sont parfois tentés de vendre au rabais au bord du lac au bénéfice d’acheteurs souvent liés au Rwanda.
Nous pensons que les rebelles vont se retirer car ils sont soumis à une très forte pression, à commencer des Etats-Unis.
Si la structure se délite, c’est toute une activité en aval liée au café – un hôpital, quinze écoles, des champs communautaires – qui risque de subir le contrecoup. Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? « Nous pensons que les rebelles vont se retirer car ils sont soumis à une très forte pression, à commencer des Etats-Unis », estime un membre de l’association. Un tel retrait aura peut-être l’effet d’un bon café sur toute une filière en souffrance.
François Janne d’Othée
Source: LPOST

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