De Londres à Bruxelles, les Verts européens veulent profiter de la fragmentation politique


De Londres à Bruxelles, les Verts européens veulent profiter de la fragmentation politique
Percée historique des Verts à Londres, recul du Labour dans ses bastions urbains, progression de Reform UK: les élections locales britanniques ont confirmé l’accélération de la fragmentation politique au Royaume-Uni. Réunis à Bruxelles, les dirigeants écologistes européens veulent désormais transformer cette dynamique en projet politique continental. Ils plaident pour un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne.
À Bruxelles, l’ambiance était résolument optimiste, vendredi 8 mai, parmi les dirigeants du Parti vert européen. Réunis à quelques heures des résultats des élections locales britanniques, plus de 30 responsables écologistes venus de toute l’Europe observaient avec attention la progression des Verts au Royaume-Uni.
Victoires historiques à Londres
Les résultats ont largement conforté leurs espoirs. À Londres, le Green Party a remporté des victoires historiques en gagnant les mairies de Hackney et Lewisham, deux bastions travaillistes emblématiques. À Camden, Richard Olszewski, chef du conseil municipal Labour, a perdu son siège face aux Verts dans le quartier de Holborn and Covent Garden, situé dans la circonscription même du Premier ministre, Keir Starmer.
Hors de la capitale, les écologistes ont également pris le contrôle du conseil municipal de Norwich pour la première fois de leur histoire.
Le Labour s’affaiblit dans les centres urbains progressistes tandis que Reform UK poursuit sa progression dans d’autres parties du pays.
Ces résultats illustrent une recomposition politique profonde : le Labour s’affaiblit dans les centres urbains progressistes tandis que Reform UK poursuit sa progression dans d’autres parties du pays. Les conservateurs, eux aussi en difficulté, peinent à apparaître comme une alternative crédible.
« Nous avons besoin d’une Europe plus forte »
La conférence organisée, vendredi, à Bruxelles devait officiellement porter sur les prix de l’énergie, la transition écologique et les tensions géopolitiques. Mais très vite, les discussions ont pris une dimension plus politique.
Pour Ciarán Cuffe, co-président du Parti vert européen, les crises actuelles démontrent la nécessité d’un approfondissement du projet européen. « Nous avons besoin d’une Europe plus forte », explique-t-il.
Nous avons vu avec Viktor Orbán qu’un seul dirigeant pouvait retarder le soutien nécessaire à l’Ukraine.
Il évoque les difficultés rencontrées par l’Union européenne pour maintenir une position unie sur l’Ukraine face aux blocages répétés du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. « Nous avons vu avec Viktor Orbán qu’un seul dirigeant pouvait retarder le soutien nécessaire à l’Ukraine », souligne- co-président du Parti vert européen.
Les dirigeants écologistes ont également adopté une résolution appelant à davantage de démocratie européenne et à une accélération de la transition énergétique. « La crise énergétique actuelle montre qu’il faut avancer plus vite vers les énergies renouvelables afin de protéger les citoyens des coûts élevés du pétrole et du gaz », explique Ciarán Cuffe.
Montée de l’extrême droite
Mais les discussions ont aussi largement porté sur la montée de l’extrême droite en Europe. « Nous avons vu certains partis de droite briser le cordon sanitaire », avertit-il, inquiet des rapprochements entre droite traditionnelle et formations populistes dans plusieurs pays européens.
Dans certains pays, nous remplaçons les partis sociaux-démocrates traditionnels. Dans d’autres, nous travaillons avec eux.
Dans ce contexte, les Verts cherchent désormais à apparaître comme une force politique plus large qu’un simple parti climatique. « Dans certains pays, nous remplaçons les partis sociaux-démocrates traditionnels. Dans d’autres, nous travaillons avec eux », explique Cuffe, citant l’exemple des Pays-Bas où GroenLinks et le Parti travailliste néerlandais collaborent désormais étroitement.
Le sommet a également vu les écologistes européens inviter officiellement le Royaume-Uni à réintégrer un jour l’Union européenne, qualifiant le Brexit d’échec politique et économique.
Gaza, logement et jeunes électeurs au cœur de la poussée verte
Mais le climat et les institutions européennes n’étaient pas les seuls sujets au cœur des discussions.
À Londres, les Verts ont également bénéficié d’une mobilisation d’électeurs jeunes, urbains et très sensibles aux questions internationals, notamment à Gaza. « Même au niveau local, les citoyens veulent une réponse à ce qu’ils voient au Moyen-Orient », explique Cuffe. « Il existe une immense préoccupation humanitaire concernant ce qui se passe à Gaza, en Palestine ».
Cette évolution était déjà visible sur le terrain durant la campagne électorale. À Brent, dans le nord-ouest de Londres, Karishma Patel, ancienne journaliste de la BBC, devenue candidate du Green Party, expliquait avant le scrutin que les conversations avec les électeurs mêlaient systématiquement préoccupations locales et enjeux mondiaux. « Les gens parlent du logement, des déchets, du fait de se sentir en sécurité la nuit. Mais Gaza est aussi un facteur dans la manière dont les gens votent », disait-elle.
Il existe une immense préoccupation humanitaire concernant ce qui se passe à Gaza, en Palestine.
Selon elle, une partie croissante de l’électorat attend désormais des responsables politiques une cohérence entre politique locale et questions internationales. « Les gens se soucient du respect du droit international, notamment en Palestine », expliquait-elle.
Les Verts voient dans cette évolution une opportunité politique majeure, en particulier auprès des jeunes générations urbaines. « Les jeunes ont le sentiment que les autres partis ne prennent pas suffisamment au sérieux les sujets qui les préoccupent », estime Cuffe, citant le logement, les droits LGBTQ+ ou encore le Moyen-Orient.
Poussée des écologistes et de l’extrême droite
Les chiffres semblent lui donner raison. Une projection récente de YouGov plaçait les Verts au-dessus de 20% des intentions de vote à Londres, un niveau inédit pour le parti.
Mais la poussée écologiste ne constitue qu’une partie de la recomposition en cours. Au même moment, Reform UK poursuit sa progression dans les zones plus anti-establishment et post-industrielles, accentuant encore la fragmentation du paysage politique britannique.
Cette double poussée — écologiste dans les centres urbains, populiste ailleurs — rapproche désormais le Royaume-Uni des systèmes politiques plus fragmentés observés ailleurs en Europe.
Cette double poussée — écologiste dans les centres urbains, populiste ailleurs — rapproche désormais le Royaume-Uni des systèmes politiques plus fragmentés observés ailleurs en Europe. De Hackney à Norwich — et de Londres à Bruxelles — les Verts ne veulent plus seulement influencer le débat politique européen. Ils cherchent désormais à exercer le pouvoir.
Alexander Seale
Photo d’illustration prise lors du déploiement d’un immense drapeau européen sur la Grand-Place de Bruxelles, le samedi 9 mai 2026. Cet événement s’inscrit dans le cadre de la Journée de l’Europe 2026. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK
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Source: LPOST

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