Sans-abrisme à Liège : déplacer les personnes ne déplace pas la précarité
Cet été, la situation du sans-abrisme et de la grande précarité a pris une place importante dans l’actualité à Liège. Des habitants, des commerçants ont exprimé leur inquiétude, leur désarroi ou leur ras-le-bol face à la consommation de drogues dans l’espace public, aux risques de départ de feu dans certaines zones vertes ou encore au sentiment d’insécurité.
Ces inquiétudes, nous les entendons. Elles font partie de la réalité dans notre Ville et il serait inutile de les nier. Mais, nous, travailleurs et travailleuses du secteur sans-abrisme, de la santé et du social voulons rappeler une chose primordiale : les personnes sans abri ne sont pas apparues dans l’espace public cet été. On dénombrait 2160 personnes sans chez soi dernièrement dont près de 260 personnes en rue. Les déplacer ne fera pas disparaître le sans-abrisme.
Une réalité qui ne disparaît pas en la déplaçant
Cette situation est le résultat de problèmes connus depuis longtemps. Lorsque les réponses en matière de logement, de santé, de réduction des risques et d’accompagnement social sont insuffisantes, la précarité ne disparaît pas. Elle finit par s’aggraver, devient plus visible et se concentre dans l’espace public.
Nous ne pouvons donc pas réduire ce qu’il se passe aujourd’hui à une question de tranquillité publique ou à la présence de personnes sans abri dans certains quartiers ou espaces verts. La situation actuelle est aussi la conséquence de choix politiques, à différents niveaux de pouvoir : le manque criant de logements accessibles, l’insuffisance des moyens consacrés à l’accompagnement, la saturation des services, les difficultés d’accès aux soins et la fermeture de la salle de consommation à moindre risque participent tous, à des degrés différents, à cette réalité.
Nous demandons aux pouvoirs publics des solutions concrètes (…) et de soutenir les solutions pérennes de relogement et augmenter l’offre de logements publics, rouvrir la salle de consommation à moindre risque…
A cela s’ajoutent les interventions et contrôles dans la gare des Guillemins, les déplacements de personnes et la perte de subsides pour certains acteurs de terrain. Lorsque les personnes se déplacent ou sont chassées d’un lieu, elles ne cessent pas d’être sans abri, de consommer ou d’avoir besoin de soins. Elles doivent trouver un autre endroit où aller.
C’est cela qui mène à des situations comme celle des Coteaux de la Citadelle ou la consommation de drogues dans le centre-ville. Mais ce n’est pas le problème, c’est le symptôme visible d’un problème plus large. Cela ne concerne d’ailleurs pas qu’un lieu, il se déplace d’un quartier à l’autre au gré des contrôles et des évacuations.
Un secteur de terrain lui aussi sous pression
Pendant ce temps, le secteur est lui aussi sous pression. Les professionnels de la santé et du social doivent aller à la rencontre des personnes les plus éloignées des services, maintenir une présence en rue, gérer des situations toujours plus complexes, accompagner les démarches administratives, travailler avec les quartiers et construire des solutions de sortie de rue. Des missions essentielles mais encore trop souvent assurées avec des moyens humains et financiers largement insuffisants, qui ne cessent de diminuer au regard de l’ampleur des besoins et de la précarité qui explose.
En tant que professionnels du secteur, nous constatons cette dégradation de la situation et nous nous inquiétons de ne plus avoir les moyens nécessaires pour répondre aux besoins. Sécurité et solidarité ne sont pas incompatibles
Il ne faut pas opposer les citoyens et les personnes en grande précarité. Il est important de se sentir en sécurité dans son quartier et dans l’espace public. Ces objectifs sont compatibles avec une politique de solidarité. Une politique qui permet aussi la réduction des risques. Les réponses sécuritaires actuelles déplacent temporairement les situations problématiques. Elles ne règlent pas le problème à la racine. Pour cela il ne faut pas se contenter de gérer les conséquences visibles du sans-abrisme mais d’enfin se donner les moyens de s’attaquer à ses causes et aux solutions connues.
Nous demandons donc aux pouvoirs publics de faire des choix concrets : soutenir les solutions pérennes de relogement et augmenter l’offre de logements publics, rouvrir la salle de consommation à moindre risque, renforcer les moyens des associations qui assurent le travail de rue et l’accompagnement, et développer les réponses en matière de santé et de santé mentale. La situation se réglera en faisant le choix du logement, de la santé, de la réduction des risques et de l’accompagnement.
Signataires :
Action Vivre Ensemble, SSADA, l’ASBL Benoit et Michel, le SSM centre Alfa, Occupons le terrain, Resto du coeur Liège, ATD Quart Monde Belgique, Les Sentinelles de la Nuit
Source: LPOST
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