Impôt progressif sur le patrimoine financier : « ne pas céder au chantage de ceux qui menacent de quitter la Belgique »
Habituellement très discret sur les sujets politique, le fondateur de la licorne belge, Odoo, s’est positionné sur la proposition des Engagés de taxer les revenus mobiliers. Il s’agirait d’une taxe progressive de 0,15% (sur les patrimoines financiers entre 500.000 euros et un million d’euros) à 0,60% (sur le patrimoine supérieur à 3 millions d’euros). Fabien Pinckaers estime que la proposition revient à taxer les entrepreneurs et la valeur des entreprises. Il prévient que la concrétisation de l’idée des Engagés l’obligerait à quitter la Belgique ou vendre ses actions aux actionnaires américains pour payer la taxe. Sa sortie illustre une réalité des entrepreneurs ou des personnalités présentées comme des supers riches qui est souvent ignorée : leur fortune est souvent illiquide et est composée d’actions ou de biens immobiliers. Economiste et président d’Orcadia Asset Management, Etienne de Callataÿ, comprend le point de vue de Fabien Pinckaers et celui des Engagés, mais estime qu’il ne faut céder au chantage de ceux qui menacent de quitter la Belgique.
Après les critiques politiques sur la proposition des Engagés de lever un impôt progressif sur les patrimoines mobiliers, voici celles des entrepreneurs. Il s’agit de la position d’un entrepreneur emblématique : Fabien Pinckaers. Fondateur et patron de la licorne informatique, Odoo, il s’’est fendu d’un texte publié sur son profil LinkedIn pour dire tout le mal qu’il pense de la proposition des Engagés.
Véritable vol organisé
Pour rappel, les responsables de l’ex-cdH proposent d’introduire une taxe progressive de 0,15% sur les patrimoines financiers entre 500 000 à 1 million d’euros ; de 0,30% entre 1 et 2 millions ; de 0,45% entre 2 et 3 millions ; et de 0,60% sur les patrimoines financiers supérieurs à 3 millions d’euros. Le patrimoine immobilier (maisons, appartements, immeubles) n’est pas concerné par la taxe proposée.
Il n’y a plus aucun tabou. Taxer, taxer, taxer. Ce n’est plus de la redistribution des richesses mais un véritable vol organisé.
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez dont le parti est partenaire des Engagés au fédéral et à la Région wallonne avait vigoureusement critiqué la proposition des Centristes. « L’Etat est devenu un ogre fiscal. Un ogre dévore tout. On taxe de plus en plus de choses. Il n’y a plus aucun tabou. Taxer, taxer, taxer. Ce n’est plus de la redistribution des richesses mais un véritable vol organisé. Si on ne réorganise pas l’Etat et ses dépenses, il faudra toujours plus d’argent. On court à la destruction de notre économie. Alors bien sûr, ils commencent à 500.000 euros et beaucoup se disent qu’ils ne sont pas concernés. Il ne faudra pourtant que quelques années pour descendre à 250.000 et ensuite toucher tous les comptes d’épargne (…) », a fustigé Georges-Louis Bouchez dans une publication sur X (ex-Twitter).
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Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dénonce un vol organisé. (BELGA PHOTO BRUNO FAHY).
Avant de dénoncer « des propositions émotionnelles et destructrices de notre économie ».
Cette fois, c’est un patron qui monte au créneau. « Yvan Verougstraete (président des Engagés, ndlr) et les Engagés souhaitent taxer « les riches ». C’est une taxe sur les entrepreneurs, sur la valeur de leur entreprise. Dans mon cas, je devrais payer 0.6% chaque année sur mes actions de Odoo. Je possède un peu plus de 50% d’Odoo, valorisé à environ 10 milliards d’euros. Soit +30 millions de taxes à payer par an. Sauf que je n’ai pas plus de 100.000 euros sur mon compte banque », écrit Fabien Pinckaers.
De l’argent pour payer le personnel
Ayant fait son calcul, le fondateur et patron d’Odoo tire une conclusion qui pourrait inspirer d’autres entrepreneurs. « Avec cette proposition, ma seule option est de quitter la Belgique. (vendre mes actions Odoo aux actionnaires américains pour payer mes taxes serait perdre le contrôle de la société : hors de question) », poursuit-il.
Il demande « d’arrêter de stigmatiser les riches », car précise-t-il, « la richesse des plus riches n’est pas de l’argent sur un compte pour partir en vacances. Ce sont, au contraire, des actions dans des entreprises. Ces actifs (propriété intellectuelle, comptes banques, immeubles, employés) sont exploités par l’entreprise, pas par les actionnaires ».
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Le président des Engagés dont la proposition d’un impôt progressif sur les patrimoines financiers ne fait pas l’unanimité. (BELGA PHOTO MARIUS BURGELMAN).
Avec cette proposition, ma seule option est de quitter la Belgique. (vendre mes actions Odoo aux actionnaires américains pour payer mes taxes serait perdre le contrôle de la société : hors de question).
Il rappelle le poids d’Odoo dans l’économie belge. « Cette richesse sert à engager des collaborateurs, payer des salaires, créer des services ou produits à valeur ajoutée, … Bref, à faire tourner l’économie belge. Exemple, la contribution de Odoo Belgique : 323 millions d’euros d’export/an (cash importé de l’étranger en Belgique), environ 100 millions d’euros de taxes par an, plus de 500 millions d’euros de plus-value pour (des) fonds publics wallons, 15.000 emplois en Belgique (directs & indirects) », souligne Fabien Pinckaers.
Avant de conclure avec une pointe d’humour : « Taxer le capital non réalisé, c’est un peu comme taxer l’héritage d’un proche qui n’est pas encore mort : avant de toucher l’héritage, et sans savoir combien on va vraiment toucher ».
Ne pas céder au chantage des riches
Contacté par nos soins, Etienne de Callataÿ, économiste et fondateur d’Orcadia Asset Management, apporte une analyse plus nuancée. « Je comprends les deux points de vue. D’abord, celui des Engagés qui estiment qu’on demande des efforts à la population et qu’il est légitime que les détenteurs de patrimoines financiers aussi soient sollicités. Ensuite, j’entends aussi la critique du fondateur d’Odoo et la particularité des fondateurs ou patrons de start-ups, qui n’ont pas l’argent sur leur compte. Mais il suffit de prévoir un impôt différé qui sera dû quand ils réaliseront les ventes », nous a confié Etienne de Callataÿ.
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L’économiste belge, Etienne de Callataÿ, estime qu’il ne faut pas céder au chantage des riches qui menacent de quitter la Belgique. (Belgaimage).
Je n’ai pas envie de vivre dans une société où ceux qui sont mobiles ne paieraient pas d’impôt et ceux qui ne peuvent pas s’exiler fiscalement seraient taxés.
Il rappelle que la situation de Fabien Pinckaers est différente de celle d’autres entrepreneurs ou de personnalités fortunées qui ont les moyens de s’acquitter chaque année d’un tel impôt sur les riches. Mais conclut-il, « il ne faut pas céder au chantage. Je n’ai pas envie de vivre dans une société où ceux qui sont mobiles ne paieraient pas d’impôt et ceux qui ne peuvent pas s’exiler fiscalement seraient taxés. C’est une question d’équilibre ».
D’après lui, la mise en place d’un impôt sur la fortune entraînera des départs, mais d’autres resteront et comprendront la démarche.
Source: LPOST

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