Boualem Sansal intronisé à l’Académie de Belgique : l’ex-ministre française, Lenoir, fait un esclandre


Boualem Sansal intronisé à l’Académie de Belgique : l’ex-ministre française, Lenoir, fait un esclandre
Présente dans le palais des académiciens à Bruxelles samedi 25 avril, lors de l’intronisation Boualem Sansal, Noëlle Lenoir s’est levée et a dénoncé le discours l’académicien, Jean-Luc Outers. Elle estime que le « texte est une honte », car il critique le changement d’éditeur de l’écrivain franco-algérien, libéré des geôles algériennes le 12 novembre 2025. Elle a été gentiment exclue de la salle avant que Boualem Sansal lui-même ne prenne la parole et ne remercie Jean-Luc Outers qui « brillamment » son éloge. Intronisé désormais comme membre de l’Académie royale belge au fauteuil 37 de l’écrivain franco-espagnol, Michel del Castillo, il estime que cet honneur est plutôt une responsabilité.  « En m’accueillant parmi vous, vous ne m’offrez pas un repos, loin de là. Vous m’imposez une mission et une vigilance : veiller à notre langue, le français », dira-t-il. La veille, vendredi 24 avril, les députés belges qui avaient voté, neuf mois plus tôt, à l’unanimité des partis démocratiques, une résolution pour sa libération, avaient boycotté le rendez-vous fixé pour rencontrer Boualem Sansal…
Comme si la météo était de leurs côtés, les membres de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique ne pouvaient pas rêver mieux comme temps pour l’intronisation de l’écrivain franco-algérien, Boualem Sansal. Il faisait un temps estival que printemps, ce samedi 25 avril à 15h. Sous la voute de verre de leur palais, sis rue Ducale, 1, à Bruxelles. La salle se remplit tout doucement quand, peu à après 15h, l’hôte du jour fait son entrée dans la grande salle sous les applaudissements de l’assemblée.
40 membres dont 10 fauteuils réservés à des membres étrangers
Au premier rang de l’assistance, on note la présence des députés, Daniel Bacquelaine (MR), François De Smet (Défi) ou encore celle de l’ancien député, Georges Dallemagne (Les Engagés) et de l’ancien sénateur, Delpérée (Les Engagés). L’ambassadeur de la France en Belgique, Xavier Lapeyre de Cabanes, est également présent, de même que son homologue de l’Allemagne, Martin Kotthaus dont la mention de sa présence a déclenché de nombreux applaudissements dans la salle. Ils rappellent à ceux qui l’ignorent encore que c’est la médiation assurée dans le dossier par le président allemand, Frank-Walter Steinmeier qui aura permis la libération de l’écrivain franco-algérien des geôles du président, Abdelmadjid Tebboune.
A l’instar de l’Académie française, l’Académie royale de langue et de littérature française accueille 40 membres.
Le silence se fait et après le discours d’introduction du directeur Philippe Lekeuche, c’est l’académicien, Jean-Luc Outers, qui s’installe, debout au lutrin, pour faire le discours de présentation de Boualem Sansal. A l’instar de l’Académie française, l’Académie royale de langue et de littérature française accueille 40 membres, mais en Belgique, 10 fauteuils sont réservés à des membres étrangers.

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Boualem Sensal écoute attentivement le discours de l’académicien, Jean-Luc Outers, prononcé samedi 25 avril ors de son intronisation à l’Académie royale de la,gue et de littérature françaises de Belgique. (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
Dictature militaire et corruption
Dans un texte fouillé, il fait l’éloge du nouvel académicien, commençant par la difficile épreuve imposée par les autorités algériennes.
« Vous nous avez fait peur. Pendant les 362 jours de votre incarcération, nous avons eu peur. Nous avons eu beau remuer ciel et terre pour voter libération (cartes blanches dans les journaux, participations à des émissions à la radio et à la télé, sensibilisation de nos gouvernements, mobilisation des écrivains jusqu’à votre élection au sein de notre compagnie), nous nous sentions impuissants. Peur de votre enfermement, mais surtout de l’incertitude concernant son issue, même si au terme de deux prétendus jugements, nous savions que vous en aviez pris, comme on dit, pour 5 ans. La privation de liberté est terrible singulièrement pour un écrivain qui ne dispose même pas d’un crayon et d’une feuille de papier », entame Jean-Luc Outers.
Dans votre troisième roman, Dis-moi le paradis, par exemple, vous faites une description de l’Algérie postcoloniale où vous dénoncez ouvertement la corruption à tous les niveaux de l’économie et de la politique.
Le ton est posé, le verbe est clair et précis, cisaillé comme une pierre taillée avec soin et rigueur. L’académicien rappelle le dernier fait d’arme qui aurait précipité l’arrestation de Boualem Sansal, le 16 novembre 2024 à Alger par la police algérienne.
« On vous a reproché une interview polémique touchant à la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Mais force est de constater que le différend avec votre pays était bien plus profond. Dès Le Serment des barbares, en effet, paru en 1999 aux éditions Gallimard, vous mettez en cause les deux piliers sur lesquels repose le pouvoir en Algérie : la dictature militaire et l’islamisme. On retrouvera cette approche critique, parfois en filigrane, dans à peu près tous vos livres à venir. Dans votre troisième roman, Dis-moi le paradis, par exemple, vous faites une description de l’Algérie postcoloniale où vous dénoncez ouvertement la corruption à tous les niveaux de l’économie et de la politique, l’incapacité à gérer le chaos qui a suivi l’indépendance, vous vous en prenez aux islamistes et à l’arabisation de l’enseignement », poursuit Jean-Luc Outers.

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Une vue de l’assistance samedi 25 avril lors de l’intronisation de Boualem Sensal, à l’Académie royale belge. (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
Défense de l’éditeur Gallimard
Assis à table, aux cotés du directeur de l’Académie royale, Boualem Sansal, né le 15 octobre 1949, écoute attentivement le discours de son ami retracer son parcours, plongeant dans ses livres pour en faire un résumé fidèle à l’esprit de l’auteur tout en le rattachant à son combat. De fines lunettes lui mangent le visage. Jean-Luc Outers revient souvent dans son discours sur le rôle joué par son premier éditeur chez Gallimard, Jean-Marie Laclavetine, insiste-t-il à l’adresse de Boualem Sansal, « celui qui vous a découvert et qui a ensuite publié vos romans ».
Votre éditeur, Jean-Marie Laclavetine, sans qui, il n’est pas certain que vous seriez parmi nous aujourd’hui, raconte l’émotion qui l’a saisi lorsqu’il a lu les premières phrases de ce « paquet de feuilles confié en 1999.
Il poursuit plus loin dans son discours : « Dans la préface de la belle édition quarto de vos romans, votre éditeur qui, je le répète, les a tous publiés jusqu’ici, Jean-Marie Laclavetine, sans qui, il n’est pas certain que vous seriez parmi nous aujourd’hui, raconte l’émotion qui l’a saisi lorsqu’il a lu les premières phrases de ce « paquet de feuilles confié en 1999 par un inconnu à la poste algérienne pour arriver quelques jours plus tard entre mes mains (…) Je n’ai pas oublié ma surprise grandissante au fil des pages, ni l’enthousiasme qui m’a envahi au fur et à mesure que je me laissais emporter par le torrent de cette prose animée de remous vertigineux, de pétillements soudains, de grands ressacs de rage noire. Les trouvailles stylistiques fusaient en continu dans un débordement de verve pantagruélienne et donnaient tout leur élan à l’histoire (…) Recevoir un tel manuscrit est, dans la vie d’un éditeur, un cadeau inoubliable ».

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Boualem Sensal et Jean-Luc Outers se congratulent après le discours de ce dernier. (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
Critique du changement d’éditeur
Jean-Luc Outers démontre, par son discours qu’il déclame tel un poème qui captive l’assemblée, que nous sommes dans le temple de la langue et de la littérature françaises de Belgique. Il revisite les romans de Boualem Sansal pour en faire partager la quintessence à l’assemblée, avec le secret espoir de titiller la curiosité des uns et les autres afin de les inciter à les lire.
Pour terminer, il m’est difficile de passer sous silence le dernier épisode de votre vie littéraire mouvementée, épisode qui fait couler beaucoup d’encre.
D’après lui, il ne pouvait clore son discours en ignorant l’actualité marquée la polémique autour du changement de crèmerie de l’écrivain franco-algérien. « Pour terminer, il m’est difficile de passer sous silence le dernier épisode de votre vie littéraire mouvementée, épisode qui fait couler beaucoup d’encre tant il a débordé du champ strict de la littérature, je veux parler de voter départ des éditions Gallimard pour la maison Grasset dont le directeur vient d’être licencié par son propriétaire dont le seul nom est devenu synonyme d’arrogance et de brutalité, entraînant le départ de quelque 180 auteurs, un grand capitaliste qui a pour originalité de piétiner son propre capital », souligne Jean-Luc Outers.
Il ne cite à aucun moment de son discours le nom de Vincent Bolloré, mais toute l’assemblée aura compris qu’il s’agit du milliardaire français. Il avoue sa perplexité face à ce choix de son ami écrivain qu’il perçoit comme un manque de loyauté ou de reconnaissance.

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L’ancienne ministre française, Noëlle Lenoir, n’a pas apprécié la critique relative aux changement d’éditeur de Boualem Sansal et dénonce un discours de honte. (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
Contrat en or massif pour Boualem
« Je vous avoue mon trouble, même si bien sûr tout écrivain est libre de changer d’éditeur, c’est son droit le plus strict. Mais il s’agit en l’occurrence de l’éditeur historique qui a publié votre premier manuscrit arrivé par la poste d’Algérie, Le Serment des barbares, l’éditeur qui vous est resté fidèle en publiant les romans dont j’ai parlé avec enthousiasme, l’éditeur qui n’a pas ménagé sa peine pour obtenir votre libération, l’éditeur qui, à votre retour, vous a accueilli dans le bel appartement de la rue Gaston Gallimard. La presse ne vous a pas épargné en parlant d’un coup de poignard dans le dos, de débauchage, de contrat en or massif avec un puissant groupe éditorial, de trahison, de signal tragique », poursuit Jean-Luc Outers.
Il s’agit de l’éditeur qui n’a pas ménagé sa peine pour obtenir votre libération, l’éditeur qui, à votre retour, vous a accueilli dans le bel appartement de la rue Gaston Gallimard.
Il reprend les mots de Jean-Marie Laclavetine qui s’est adressé à Boualem Sansal dans une lettre ouverte : « Je ne veux pas penser à ta gratitude sélective, ni à ces gens qui forment ta nouvelle garde rapprochée et te conseillent si malhonnêtement. Je ne veux penser qu’aux moments magnifiques que nous avons traversés ensemble depuis ce jour de 1999 où j’ai eu entre les mains le manuscrit de ton premier roman ».

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L’ancien député, Georges Dallemagne (à gauche sur la photo) et le député fédéral, Daniel Bacquelaine (MR) lors de l’intronisation de l’écrivain franco-algérien, Boualem Sansal. (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
Réponse de Boualem Sansal à son ancien éditeur
Jean-Luc Outers n’élude pas la réponse de Boualem Sansal à son désormais ancien éditeur une tribune publiée par le quotidien Le Monde. Une sorte de joute verbale entre les deux littéraires. « Face au régime qui m’a emprisonné, ma conviction est simple : dire les choses clairement, nommer la dictature et refuser toute logique de négociation qui aurait fait de moi une monnaie d’échange. (…) Une maison d’édition n’est pas une institution diplomatique et en saurait parler à la place de l’écrivain concerné. Pour moi, la question était simple et essentielle. C’est de ma vie qu’il s’agissait. C’était, et cela demeure, à moi de conduire souverainement ma propre défense. (…) pas de soumission, pas de négociation, quitte à rester en prison ».
Jean-Luc Outers précise qu’il n’est pas dans son chef de douter de la sincérité de Boualem Sensal, et « encore moins de porter un jugement à l’encontre affaibli par une année de captivité. (…). S’il fallait choisir une photo de vous pour l’épingler au mur de notre Académie, nous n’opterions pas pour celle où vous posez dans les bras d’un magnat de l’édition (Vincent Bolloré, ndlr) à l’occasion du 200ème anniversaire du premier groupe éditorial français, encore moins celle où en Une du JDD vous donnez l’accolade à un vieux nostalgique de l’Empire romain (Philippe de Villiers, ndlr) sous le titre : Notre pays est au bord de l’abîme. (…). Dans vos livres, nous n’avez de cesse de nous mettre en garde contre les périls qui menacent l’humanité : le totalitarisme, l’obscurantisme, la religion, (…). J’en rajouterai un autre : l’argent, vous en savez quelque chose, vous qui avez cessé de fustiger la corruption du pouvoir en Algérie, vous qui avez conspué les grands capitalistes dans le Train d’Erlingen. (…) aujourd’hui, il arrive que les mécènes se muent en prédateurs. Il s’agit moins d’apporter son soutien à un artiste que de chercher à tirer le plus grand profit de son œuvre. Résister aujourd’hui, c’est résister contre l’emprise de l’argent. Il s’agit de sauver la littérature des lois du marché et de la domination des grands groupes hégémoniques qui entravent sa pluralité éditoriale. Ce combat, je vous invite à le mener ensemble », finit Jean-Luc Outers.

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L’écraivian franco-algérien, Boualem Sensal (à droite sur la photo) et le directeur de l’Académie royale de langue et de littératutre françaises de Belgique, Philippe Lekeuche (à gauche). (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
L’Académie royale belge n’aime pas l’argent
Avant de conclure : « Dans notre Académie, rassurez-vous, l’argent n’a aucune place, nous ne portons ni uniforme bordé, ni épée, deux accessoires qui mobilisent à grands frais plus grands couturiers et joaillers de la République. Seul nous anime el désir de nous retrouver et de débattre entre nous des grandes questions de l’art et de la littérature. (…). C’est dans cette perspective que nous avons l’honneur de vous accueillir dans notre vénérable institution, cher Boualem Sansal ».
A peine a-t-il terminé son discours qu’une dame se lève dans l’assemblée pour fustiger le discours de Jean-Luc Outers, estimant qu’il s’agit d’un « discours honteux » qui attaque l’écrivain franco-algérien. « C’est déplacé et insupportable… », a martelé Noëlle Lenoir, juriste et ancienne des Affaires européennes (2002-2004).
Gentiment, l’ancienne ministre française est escortée avec délicatesse vers la sortie, avant que Boualem Sansal ne prenne la parole. Il faut dire qu’elle est la présidente du premier comité de soutien de l’écrivain franco-algérien lors de son incarcération. Interrogé sur l’esclandre, Jean-Luc Outers assume sa critique vis-à-vis de Boualem Sansal. « Quand nous avions décidé en octobre 2025 d’accueillir Boualem Sansal au sein de l’Académie, c’était un écrivain en prison et nous espérions que notre décision allait contribuer à forcer sa libération. Depuis qu’il est libéré et son retour en France, il est devenu un personnage controversé et je ne pouvais pas ne pas soulever cet aspect dans mon discours », nous a confié l’académicien belge.
Assigné au fauteuil 37
La voix quasiment fluette, Boualem Sansal s’excuse de ne pas pouvoir rejoindre le lutrin pour prononcer un discours d’admission de plusieurs minutes comme s’en est acquitté Jean-Luc Outers. « Je n’ai pas la forme physique de le faire au lutrin… Mais je vous salue du fond du cœur (…). Cher Jean-Luc, vos paroles m’ont profondément touché. Elles m’honorent par leur générosité et m’obligent par leur amitié. Je suis heureux que ce soit vous, compagnon de longue date et écrivain que j’estime, qui m’ayez accueilli aujourd’hui parmi vous, dans cette illustre institution », commence Boualem Sansal, invité à retracer le parcours de l’écrivain franco-espagnol, Michel de Castillo à qui il succède au fauteuil 37. Il était autrefois occupé par Georges Duby et Mircea Eliade.
Né le 2 août 1933 à Madrid d’un père français et d’une mère espagnole, « il meurt en France, à Sens, le 17 décembre 2024, soit un mois après mon arrestation à l’âge de 91 après une vie longue, dense, entièrement vouée à la littérature. Entre ces deux dates, il y a plus qu’une existence d’homme et d’écrivain : il y a un destin et une œuvre universelle qui s’installent », témoigne le successeur de Michel del Castillo.
Parcours similaire avec Michel del Castillo
Tout comme lui, il s’agit d’un enfant abandonné qui a adopté la langue française. Mais il a vécu en plus l’expérience de l’internement et les camps de travail en Allemagne nazie durant la Seconde guerre mondiale. « On n’entre pas dans une telle épreuve sans en être marqué à jamais. On comprend alors que son œuvre ne pouvait pas être une œuvre légère. Elle naît d’une nécessite. Elle naît d’un monde qui s’est fracassé sous ses yeux d’enfant abandonné, déplacé, livré à la violence d’un siècle », narre Boualem Sansal.
Michel del Castillo a exercé le métier de journaliste qui « l’a maintenu au contact du réel. Il n’a pas fui le monde. Il y est resté, avec cette volonté de tenir, de faire face, de ne pas céder. Ne pas se laisser écraser par la mémoire et déposséder de sa vie ».

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Boualem Sensal prononce son discours d’admission à l’Académie royale de langue et de littérature françcaires de Belgique lors de son intronisation samedi 25 avril à Bruxelles. (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
Tout comme Jean-Luc Outers l’a fait avec ses livres en retraçant son parcours, Boualem Sansal se réfère à des livres de Michel del Castillo pour permettre de mieux cerner l’œuvre et les motivations de l’écrivain franco-espagnol : Tanguy, Le Silence des pierres, Mon Frère l’idiot, La Vie mentie, le Sortilège espagnol, Le Temps de Franco, Le Dictionnaire des amoureux de l’Espagne, Le Crime des pères, etc.
Les parcours des deux écrivains sont similaires. Chaque œuvre décrit une histoire profonde, raconte une expérience de l’auteur. « Chez Michel del Castillo, la famille n’est pas toujours un abri. Elle est souvent une épreuve. Cette question m’est familière. Je l’ai moi-même abordée dans Le Village de l’Allemand, en dialogue avec (l’écrivain) Primo Levi et son livre Si c’st un homme, si proche de Tanguy par son interrogation sur ce qui, dans l’homme, résiste encore quand tout est fait pour le détruire. Je l’ai abordée aussi, autrement dans Rue Darwin, roman autobiographique, où je tente de remonter l’histoire familiale (…) », expose Boualem Sansal.
Les députés boudent Boualem Sansal
Il rappelle que malgré ses douloureuses, l’écrivain Michel del Castillo ne s’est pas laissé par le ressentiment.
« Michel aurait pu céder à la haine. Mais il a compris que la haine fatigue. Elle fatigue l’individu, elle fatigue les peuples, elle fatigue les civilisations. Elle ronge de l’intérieur ceux qui croient s’en nourrir en tirer des forces. (…). Dans un temps comme le nôtre, où tout se simplifie, où tout se durcit, où l’on juge vite et souvent mal, Michel del Castillo introduit de la complexité. Il ne flatte ni la victime, ni le juge. Il oblige à regarder le réel sans faiblesse. La littérature ne sert pas à embellir le monde ou à l’enchanter. Elle n’est pas politique. Elle permet de regarder le monde en face. Il semble que ce fauteuil 37 appelle des écrivains qui ont connu la fracture et qui ont cherché, par la lucidité et le courage, à la dépasser. (…). Michel del Castillo a écrit pour rester debout. Puissions-nous continuer à écrire et à vivre debout. C’est la seule posture digne pour l’homme. La littérature n’est pas un luxe. Elle est une conscience. (…). En m’accueillant parmi vous, vous ne m’offrez pas un repos, loin de là. Vous m’imposez une mission et une vigilance : veiller à notre langue, le français », conclut Boualem Sansal, avant d’être happé par après par des participants, notamment pour des photos ou dédicacer des livres.

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A l’issue de son intronisation samedi à l’Académie royale belge, Boualem Sansal a dédicacé certains livres. (Photo Philippe BOURGUET / bePress Photo Agency/bppa).
En m’accueillant parmi vous, vous ne m’offrez pas un repos, loin de là. Vous m’imposez une mission et une vigilance.
La veille de son intronisation, il devait être reçu à la Chambre par des députés. Mais vendredi, ils n’étaient que deux, à l’accueillir : le député François De Smet (Défi) et son ancien collègue, Georges Dallemagne (Les Engagés). Et pourtant, le 18 juillet 2025, la Chambre avait voté, à l’unanimité des partis politiques démocratiques, une résolution demandant sa libération des geôles algériennes.
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Source: LPOST

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