Accord sur la concession de presse : pour les syndicats, bpost pourra encore éviter le bain de sang social


Accord sur la concession de presse : pour les syndicats, bpost pourra encore éviter le bain de sang social
Après des jours de tergiversations, le Gouvernement fédéral a sorti ce mardi 12 décembre un accord dans le dossier de la concession de presse. Celle-ci est purement et simplement abandonnée au profit d’une solution dont la mise en œuvre risque d’être compliquée. En effet, bpost continuera à distribuer les journaux et les magazines pendant une période de transition de 6 mois avant que les éditeurs ne prennent la main pendant trois ans. Ces derniers bénéficieront d’un crédit d’impôt pour la distribution de la presse dans les zones de moins de 225 habitants par km². Ce qui risque de priver certaines zones du service de distribution des journaux ou entraîner une charge supplémentaire pour les éditeurs de presse s’ils veulent atteindre ces zones non couvertes par les crédits d’impôts. Il faut aussi voir ce que dira l’Europe en termes d’aides d’Etat… En attendant, les patrons de presse fulminent, les syndicats de bpost estiment que tout n’est pas encore perdu pour le groupe postal et que ce dernier pourra encore éviter le bain de sang social s’il arrive à convaincre les éditeurs de presse de la qualité de son service. PPP, le candidat retenu après analyse des offres pour la distribution des journaux, se tâte encore avant de penser à une action en justice pour défendre ses droits.
Après des jours de tractations politiques, le Gouvernement fédéral a finalement tranché dans le dossier de la concession de presse (https://lpost.be/2023/11/27/concession-de-presse-en-attendant-la-decision-finale-du-federal-bpost-rassure-ses-clients/). Il a tranché en faveur d’une solution plus simple pour lui (et source d’économies pour le budget de l’Etat), mais pas nécessairement plus efficace dans sa mise en œuvre. Elle sera même compliquée et risque de créer des citoyens de seconde zone.
bpost va encore distribuer les journaux pendant 6 mois
En effet, le Gouvernement fédéral donc décidé de ne plus octroyer la concession de distribution des journaux et des magazines comme c’est le cas jusqu’à présent. Exit donc les candidats retenus après analyse des offres par l’administration : Proximy pour la distribution des magazines et PPP pour celle des journaux. Dans le même temps, bpost garde la distribution (journaux et magazines) pour une période transitoire de 6 mois (premier semestre 2024) en échange d’une rémunération de 75 millions d’euros.
Après la période de transition, ce sont les éditeurs qui prendront la main pour organiser la distribution des journaux et des magazines pendant trois ans.
Après la période de transition, ce sont les éditeurs qui prendront la main pour organiser la distribution des journaux et des magazines pendant trois ans. Pour ce faire, ils bénéficieront d’un crédit d’impôts, mais pour distribuer les journaux et magazines dans les zones de moins de 225 habitants/km² jusqu’en 2026. La réduction d’impôts devrait représenter environ 50 millions d’euros en 2025 et 2026. Les éditeurs auront donc la responsabilité de désigner un opérateur pour les aider dans la distribution de la production rédactionnelle de leurs équipes. Le secteur non marchand (magazines édités par les syndicats et les asbl) bénéficiera également d’un soutien (subsides) pour assurer la distribution de sa production jusqu’en 2026. Il faut voir ce que l’Europe dira en termes d’aides d’Etat…
Colère des éditeurs de presse
Les éditeurs de presse ont dit tout le mal qu’ils pensent de la solution retenue par le Gouvernement fédéral, estimant dans leurs journaux respectifs qu’elle est un handicap pour la liberté de l’expression (François le Hodey dans La Libre, Bernard Marchant dans Le Soir, Peter Quaghebeur dans L’Echo). Quid pour les zones où la densité de population est supérieure à 225 habitants/km² ? Ça risque d’être pour la pomme des éditeurs de presse… Ce qui peut justifier leur réaction courroucée. Actuellement, la distribution de la presse coûte 25 centimes aux éditeurs de presse et 75 centimes sont payés par la concession (l’Etat belge), ce qui fait au total un euro par journal distribué pour bpost.

BELGA
Le Premier ministre, Alexander De Croo assure que l’abandon de la concession de presse permettra à l’Etat de faire une économie. (BELGA PHOTO Hatim KAGHAT).
De son côté, bpost group se montre officiellement serein et pragmatique après la période transitoire de premier semestre de 2024. Il faut dire que la concession de presse représente un certain volume d’emplois chez le groupe postal (les syndicats parlent de 4.500 personnes concernées). « Bien que nous soyons en terrain inconnu, notre objectif reste d’assurer l’avenir de l’entreprise ainsi que le bien-être de nos employés. À cette fin, nous engagerons des discussions avec toutes les parties prenantes internes et externes pour définir nos prochaines étapes et déterminer l’offre future de distribution de la presse. bpost dispose des personnes et des ressources nécessaires pour assurer la distribution de journaux et de magazines de manière qualitative et durable. L’entreprise continue de croire fermement en un modèle dans lequel les employés bénéficient de bonnes conditions de travail et d’un salaire correct », a commenté Chris Peeters, CEO de bpost group.
Des syndicats optimistes
L’entreprise rappelle qu’elle distribue actuellement les journaux et périodiques « pour un chiffre d’affaires total d’environ 265 millions d’euros en 2022, y compris la rémunération du gouvernement et les revenus des éditeurs, avec une marge bénéficiaire nette inférieure au plafond de 7,5 % imposé par la Commission européenne. Les impacts opérationnels et financiers, pour bpost, après la période de prolongation dépendront des offres commerciales qui seront mises en place et pour lesquelles bpost s’est mise en relation avec les éditeurs. L’entreprise travaille à limiter ces impacts ».
bpost dispose des personnes et des ressources nécessaires pour assurer la distribution de journaux et de magazines de manière qualitative et durable.

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D’après le CEO de bpostgroup, Chris Peeters, « bpost dispose des personnes et des ressources nécessaires pour assurer la distribution de journaux et de magazines de manière qualitative et durable ». (BELGA PHOTO Hatim KAGHAT).
Les syndicats font preuve d’un optimisme mesuré. « J’attends de voir les détails de la solution dégagée par le Gouvernement fédéral et l’évaluation de son impact pour l’entreprise. Ce sont les éditeurs qui auront la main après la période de transition et ils connaissent la qualité du service de bpost », nous a indiqué Stéphane Daussaint, délégué général CSC-Transcom bpost. « L’option choisie par le Gouvernement est une demi-mesure qui peut apporter des solutions derrière. bpost peut encore éviter le bain de sang social, car les éditeurs de presse choisiront la qualité, c’est ce que propose bpost. Le droit à l’information est important dans une démocratie. La solution dégagée sera plus compliquée à mettre en œuvre en Flandre qu’en Wallonie », renchérit Thierry Tasset, responsable poste pour la CGSP.
On prendra le temps d’analyser la solution dégagée par le gouvernement et on décidera ensuite de ce qu’on va faire.
Que pensent les candidats retenus après l’analyse des offres par l’administration ? Le groupe belge, PPP, qui distribue actuellement les journaux dans certaines villes (Anvers, Bruxelles, Gand) avait agité le spectre d’un recours au conseil d’Etat pour défendre ses droits si la recommandation de l’administration n’était pas suivie. Mardi, à l’issue de la décision du Gouvernement, son patron, Michel d’Alessandro, n’était pas joignable. « Il est dans un avion pour le moment, mais on prendra le temps d’analyser la solution dégagée par le gouvernement et on décidera ensuite de ce qu’on va faire », nous a confié, mardi soir, l’agence Evoke qui s’occupe de la communication de PPP.
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Source: LPOST

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