Le Royaume-Uni rattrapé par les Epstein files : l’affaire Andrew peut-elle rouvrir la question monarchique ?
Invité par la Foreign Press Association (FPA) à Londres, le directeur du mouvement Republic, Graham Smith, a présenté l’arrestation d’Andrew Mountbatten Windsor comme le révélateur d’une fragilisation plus profonde de la monarchie britannique. Si l’abolition reste politiquement improbable à court terme, l’évolution des sondages et la fracture générationnelle pourraient transformer une crise judiciaire en débat constitutionnel. Le scénario suivi avec attention dans plusieurs capitales européennes .
Devant la presse internationale réunie à Londres, Graham Smith n’a pas cherché la nuance. Selon lui, la monarchie britannique se trouve désormais dans « un trou très sérieux » et fait face à « un changement sismique » dans l’opinion publique.
L’arrestation du frère du roi Charles III constitue, à ses yeux, un seuil inédit. « Ce n’est plus un simple problème d’image. C’est une situation de véritable mise en cause », a-t-il déclaré aux membres de la Foreign Press Association (FPA).
Pour autant, entre la rhétorique militante et la réalité institutionnelle, l’écart demeure important.
« Faire le minimum »
Le directeur de Republic estime que la famille royale a historiquement adopté une stratégie consistant à « faire le minimum qu’elle pense pouvoir se permettre » face aux scandales. Les déclarations prudentes de Charles III relèveraient de cette logique : « Ils pensent à chaque étape que cela suffira. Et à chaque fois, ils découvrent que ce n’est pas le cas ».
Ils pensent à chaque étape que cela suffira. Et à chaque fois, ils découvrent que ce n’est pas le cas.
La difficulté actuelle tiendrait à la nature même des accusations : « Les accusations d’abus sexuels sont les plus toxiques qui soient. Il est presque impossible de s’en remettre », observe Graham Smith.
Il accuse également le Palais d’avoir cultivé une culture du secret, affirmant que la monarchie serait « plus secrète que les services de sécurité ». Une opacité qui, selon lui, alimente désormais davantage la suspicion qu’elle ne protège l’institution.
Historiquement, la monarchie britannique a démontré une forte capacité de résilience — notamment après la mort de Diana en 1997. Mais la disparition d’Elizabeth II aurait modifié l’équilibre : elle était, selon Graham Smith, « un bouclier thermique » capable d’absorber les critiques d’une manière que Charles III ne pourrait plus reproduire.
Une érosion mesurable ?
Au-delà de la séquence judiciaire, Republic avance un argument démographique. « Le soutien à la monarchie est tombé autour de 45% », rappelle Graham Smith, évoquant également des sondages montrant qu’un tiers des Britanniques sont favorables à son abolition.
Surtout, « les moins de 50 ans sont désormais plus susceptibles d’être favorables à une république qu’à une monarchie ». Il parle d’« une bombe démographique à retardement ».
Les moins de 50 ans sont désormais plus susceptibles d’être favorables à une république qu’à une monarchie.
Selon lui, un phénomène nouveau serait à l’œuvre : contrairement aux générations précédentes, les Britanniques ne deviendraient pas plus monarchistes en vieillissant. « Nous ne sommes pas une nation de loyalistes. Nous sommes une nation d’indifférents », a-t-il indiqué.
Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans leur contexte : la monarchie reste majoritaire dans l’opinion, même si son socle apparaît moins confortable qu’au moment du jubilé de 2012 ou des Jeux olympiques de Londres.
Les unes de la plupart des quotidiens nationaux britanniques sont présentées dans une double page réalisée à Londres le 31 octobre 2025, dominée par des articles annonçant la destitution d’Andrew Mountbatten-Windsor de son titre de prince et duc d’York. (Rhianna CHADWICK / AFP).
Le mur politique
La question centrale demeure politique. Graham Smith reconnaît lui-même l’absence de relais institutionnel fort. « La priorité n’est pas de convaincre le gouvernement d’abolir la monarchie, mais d’obtenir un référendum », explique-t-il.
Constitutionnellement, le Parlement pourrait agir sans consultation populaire. Politiquement, un tel scénario paraît improbable sans mandat clair.
Si les sondages montrent durablement qu’une majorité veut une république, il sera très difficile pour les responsables politiques d’ignorer la question.
« Si les sondages montrent durablement qu’une majorité veut une république, il sera très difficile pour les responsables politiques d’ignorer la question », avance-t-il, établissant un parallèle avec le référendum sur le Brexit, organisé malgré les réticences d’une majorité de députés.
Pour l’heure, aucun grand parti politique britannique ne porte explicitement un projet abolitionniste. Même au sein du Parti travailliste, aujourd’hui majoritaire, le sujet reste secondaire face aux priorités économiques et sociales.
Une onde de choc au-delà du Royaume-Uni ?
Si la dynamique reste essentiellement britannique, elle est observée avec attention dans plusieurs capitales européennes.
L’Europe compte encore plusieurs monarchies constitutionnelles — dont la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne ou les pays scandinaves — qui ont toutes traversé, à des degrés divers, des controverses familiales ou financières ces dernières années. Aucune n’a toutefois débouché sur une remise en cause systémique.
La spécificité britannique tient à la centralité politique de la monarchie dans un système sans constitution codifiée. Là où d’autres monarchies européennes exercent un rôle strictement cérémoniel dans un cadre institutionnel formalisé, la Couronne britannique demeure juridiquement imbriquée dans l’architecture constitutionnelle.
Il n’y a aucune preuve que la monarchie rapporte de l’argent ou qu’elle ait un impact significatif en termes d’influence internationale.
Interrogé sur l’argument du « soft power », Smith s’est montré sceptique : « Il n’y a aucune preuve que la monarchie rapporte de l’argent ou qu’elle ait un impact significatif en termes d’influence internationale ». Un point contesté par de nombreux défenseurs de l’institution, mais qui illustre la polarisation croissante du débat.
Toute remise en cause impliquerait un chantier institutionnel majeur : redéfinition du chef de l’État, articulation avec le Commonwealth, clarification de conventions constitutionnelles séculaires.
« Quand, pas si »
Pour Graham Smith, la conclusion est sans ambiguïté : « C’est une question de quand, pas de si ». Cette certitude militante contraste avec la prudence des indicateurs politiques. À court terme, la monarchie demeure solidement installée, protégée par l’inertie institutionnelle et l’absence d’alternative organisée.
Mais la fracture générationnelle et l’accumulation de controverses pourraient progressivement transformer une question symbolique en débat constitutionnel concret.
Le Royaume-Uni n’est pas au bord d’une rupture institutionnelle. Mais pour la première fois depuis des décennies, l’hypothèse républicaine ne peut plus être totalement reléguée à la marge du débat public.
Alexander Seale (à Londres)
(L’ex-prince Andrew a été libéré après sa garde à vue, mais l’enquête se poursuit. Crédit : Daniel LEAL / AFP).
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Source: LPOST

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