Bénin : après le putsch manqué, les législatives de janvier 2026 comme vote de consolidation étatique


Bénin : après le putsch manqué, les législatives de janvier 2026 comme vote de consolidation étatique
Les élections législatives organisées au Bénin du 11 janvier 2026 ont débouché sur une configuration parlementaire exceptionnelle, l’ensemble des sièges revenant aux formations soutenant l’action du président Patrice Talon. Ce résultat, largement commenté pour son caractère inédit, ne peut être analysé uniquement à l’aune du pluralisme partisan. Il s’inscrit dans une séquence politique et sécuritaire plus large, marquée par une tentative récente de déstabilisation institutionnelle, qui a profondément influencé les comportements électoraux.
Le putsch manqué du lieutenant-colonel Tigri Pascal a constitué un moment de rupture dans la perception des équilibres internes du pays. Cet épisode a rappelé que, malgré sa réputation de stabilité relative en Afrique de l’Ouest, le Bénin n’est pas à l’abri des dynamiques de fragilisation étatique qui traversent une partie du continent.
Solidité des institutions et marginalisation de l’opposition
Dans un environnement régional dégradé, marqué par l’expansion des menaces jihadistes au nord et par une succession de crises politiques dans plusieurs États voisins, la solidité des institutions est devenue un enjeu central du débat public béninois.
Dans ce contexte, le scrutin du 11 janvier 2026 apparaît moins comme une simple compétition électorale que comme un vote de consolidation de l’ordre constitutionnel. La marginalisation de l’opposition la plus radicale s’inscrit dans cette logique.
Les formations ayant privilégié une stratégie de confrontation frontale avec l’exécutif et les institutions ont peiné à apparaître comme des acteurs capables d’assurer la continuité de l’État dans une phase perçue comme sensible. Déjà en recul lors de la précédente législature, ces forces n’ont pas réussi à convaincre un électorat préoccupé avant tout par la stabilité politique, la sécurité institutionnelle et la prévisibilité de l’action publique.
Hiérarchisation des priorités
À l’inverse, les électeurs ont clairement favorisé des lignes politiques perçues comme plus institutionnelles et pragmatiques. Plusieurs responsables initialement issus de l’opposition avaient, en amont du scrutin, pris leurs distances avec des positionnements jugés trop radicaux ou peu compatibles avec l’exercice du pouvoir dans un contexte sécuritaire tendu.
Leur ralliement aux formations de la majorité et leur succès électoral traduisent une hiérarchisation claire des priorités : l’accès aux leviers décisionnels, la capacité à agir dans le cadre institutionnel et la préservation de la stabilité ont primé sur l’opposition de principe.
Les électeurs ont clairement favorisé des lignes politiques perçues comme plus institutionnelles et pragmatiques.
Il serait toutefois erroné d’assimiler cette majorité parlementaire à un bloc monolithique. Les partis majoritaires agrègent des sensibilités politiques diverses, issues de trajectoires différentes et porteuses d’intérêts parfois divergents, notamment sur les questions économiques, sociales ou territoriales.
Recomposition du pluralisme politique
Le pluralisme politique ne disparaît pas ; il se recompose et s’exprime désormais davantage à l’intérieur du champ majoritaire, où se concentrent l’essentiel des débats, des arbitrages et des rapports de force.
Face à la menace de déstabilisation, les électorats tendent à privilégier des configurations politiques perçues comme capables de garantir la continuité de l’État.
Le cas béninois illustre ainsi une dynamique observable dans plusieurs pays africains confrontés à des tentatives de rupture institutionnelle : face à la menace de déstabilisation, les électorats tendent à privilégier des configurations politiques perçues comme capables de garantir la continuité de l’État. Ce réflexe de consolidation, fréquent dans des contextes de vulnérabilité accrue, ne signifie pas nécessairement un recul durable du pluralisme, mais plutôt une priorisation temporaire de la stabilité.
Ces législatives ne constituent toutefois qu’une étape dans la séquence politique en cours. Le véritable moment de vérité se situera lors de la présidentielle de 2026 (en avril), qui opposera le ministre de l’Economie Romuald Wadagni, à l’opposant modéré Paul Hounkpé. C’est à cette échéance que se mesurera la capacité du système politique béninois à transformer un vote de stabilité en projet politique durable, dans un environnement régional où les équilibres restent profondément fragiles.
Paul Villerac
Economiste français
(Des jeunes brandissent des pancartes et des drapeaux lors d’un rassemblement organisé par la jeunesse sur la place Amazone à Cotonou, le 13 décembre 2025, en soutien au président béninois Patrice Talon et à la préservation de la démocratie. Photo : AFP)
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Source: LPOST

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