Crèche de Bruxelles: Lettre d’un Français de confession juive à ses amis chrétiens de Belgique
L-PChers Amis belges,
Que viens-je d’apprendre ? À Bruxelles on a monté une crèche inclusive ? Les images que j’ai pu en voir furent si abracadabrantes que j’ai tenu, chers Amis Belges à m’associer à votre grand désarroi. À la seule idée que votre enfant puisse un jour vous demander un cadeau inclusif me fait froid dans le dos, surtout parce que vous ne sauriez pas vraiment de quel genre d’inclusivité il s’agit. Sachez par ailleurs, que ma solidarité n’est pas de caractère religieux. Pour tout dire, je suis un Français de confession juive, qui plus est a le toupet de se dire agnostique, autrement dit, j’écris Dieu avec une majuscule, on ne sait jamais… Par ailleurs, je suis plutôt d’un naturel ouvert sur les gens et sur les choses.
Tout juif que je suis, sachez que Noël me rappelle de grands moments d’émerveillements. Mes parents avaient toujours l’habitude de montrer les illuminations des Grands-Magasins et la féérie de leur vitrines, ah ce mois de décembre !
Chez les Juifs c’est la période Hannouka, fête des Lumières pendant lesquelles, huit jours durant, les enfants sont gâtés par leur famille. Cette conjonction festive n’a jamais posé de problème pour moi, chacun se respectant, chacun se souhaitant bonne fête sans chercher à se demander si de Hannouka ou de Noël était le plus important. Une seule chose comptait : le sourire émerveillé des enfants, avec leurs petits yeux comme des étoiles et leur adorable babil.
Au nom de la diversité, on construit un monde uniforme (…) Au nom de l’inclusivité, on passe son temps à exclure.
Plus tard, à New-York, — en plus grand forcément ! — je retrouvais la même ouverture d’esprit. Beaucoup de foyers juifs avaient dans la même pièce un sapin de Noël et une Hannoukiah, mot hébreu pour désigner le traditionnel chandelier à huit branches qu’on allume pour cette fête des lumières. Personne n’abandonnait ses traditions, chacun curieux et respectueux de l’autre. Seul le bonheur des enfants comptait.
Ceux qui n’aiment pas Noël n’aiment pas les enfants, ils préfèrent tout ce qui est inclusif, virtuel, égalitariste, à ne pas confondre avec « égalitaire ». Au nom de la diversité, on construit un monde uniforme. sans relief. Au nom de l’inclusivité, on passe son temps à exclure. La diversité de Noël, ce sont des rois-mages aux allures califesque. L’inclusivité c’est une crèche peuplée de non-visages. Calme-toi ma plume, tu vas finir par m’attirer des ennuis ! Il n’empêche. Cette crèche inclusive c’est tout de même quelque chose, ah ça oui !
Désolé, je ne fais pas de politique. Dieu n’est ni inclusif. Ni exclusif, il est dans le sourire d’un enfant (…)
Comme il est loin le temps où « Bruxelles brusselait » comme le chantait Brel ; un temps révolu, où chacun respectait chacun. Désormais c’est l’intolérance de quelques uns qui génère une peur de tous. Je vous vois venir, vous vous dites « qu’attend-t-il pour nommer clairement les choses ? Pourquoi n’appelle-t-il pas un chat, un chat, en d’autre terme pourquoi ne pas dire que l’islam est la cause de cette intolérance insupportable ?»
Tout simplement, parce que les Musulmans ne sont pas tous des islamistes, mais que les islamistes aimeraient bien radicaliser tous les Musulmans. Les Juifs, ça fait deux mille ans qu’on leur cherche des poux dans la tête, quant aux Chrétiens, les islamistes leur réserve un sacré avenir.
Tout cela ne serait qu’une guerre de religion ? Une de plus, direz vous ? Eh bien j’ai le regret de vous dire que ce n’est pas une guerre de religion, mais une guerre de l’esprit. Je me rappelle cette blague que l’écrivain Amos Oz aimait à raconter.
Un jour Dieu descend dans un bar de Jérusalem. Un client l’accoste et lui demande qu’est-ce qu’il serait mieux d’être par les temps qui court : Juif, Arabe ou Chrétien ? Et Dieu de répondre : désolé, je ne fais pas de politique. Dieu n’est ni inclusif. Ni exclusif, il est dans le sourire d’un enfant bien plus que dans le prêche d’un hiérarque. Eh oui, Dieu ne fait pas de politique, la preuve, il s’adonne à la générosité, et ceux qui parleraient ou guerroyaient en son nom ne seraient que des falsificateurs de l’humanité.
Une seule médication : une bonne dose de courage et beaucoup de lucidité et toujours de l’esprit.
Je rends grâce à mes parents de m’avoir permis de faire toute ma scolarité dans des établissements publics. À l’université j’ai eu des amis de toutes les confessions, et dans mes études d’histoire, ce fut avec une délectation sans borne que j’ai croisé les philosophes grecs, les juristes romains, mais aussi Bouddha, Moïse, Jésus et Mahomet. Chacun à sa manière a apporté au monde. Chacun à sa manière m’a enrichi l’esprit. Il y a fort à parier que les théories wokistes — dont la crèche inclusive est la fille plutôt dévergondée — nous entraînent tous, autant que nous sommes, dans le plus dramatique abrutissement intellectuel. Même le vocabulaire est sous surveillance. On ne dit plus aveugle mais non–voyant, ç’est moins dur à imaginer. On ne dit plus Sans Domicile Fixe mais SDF, le genre de sigle qui ne mange pas de pain — désolé le jeu de mot m’a échappé. Alors pourquoi ne pas dire désormais plaisir d’hiver plutôt que marché de Noël ?
Voltaire, Voltaire si tu m’écoutes etc. fait dire à Pangloss l’un des personnages de son célèbre Candide, qu’il n’y a point d’effet sans cause. Pauvres amis belges, vous connaissez les causes, alors résistez contre les effets.
Je reconnais que ma lettre n’est pas un super cadeau de Noël, elle ressemble plutôt à ces bulletins de santé dont l’objectif est de masquer la gravité de l’état du malade : Bruxelles, état stationnaire et patati et patata… Une chose est certaine, la Belgique est malade des animaux de la peste. Nous aussi d’ailleurs… Pour cela, une seule médication : une bonne dose de courage et beaucoup de lucidité et toujours de l’esprit.
Les Lumières ! voilà bien le seul antidote à l’obscurantisme.
Je vous souhaite malgré tout d’excellentes fêtes de Noël et de fin d’année.
Michel DRAY
Ancien conseiller pour les affaires européennes de Jack Torczyner vice président du Congrès Juif à New-York, Ancien Chargé de Mission pour les relations inter méditerranéennes près le Comité Marseille – Méditerranée, co -auteur du livre « Critique de la Déraison antisémite » sous la direction du philosophe Daniel S. Schiffer (vient de paraître, éditions Intervalles) et co-auteur du livre « Il est une fois Boualem Sansal » sous la direction de Kamel Bencheikh (éditions Frantz Fanon)
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Source: LPOST

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