France : l’Assemblée nationale vote une loi pour nationaliser le sidérurgiste ArcelorMittal


France : l’Assemblée nationale vote une loi pour nationaliser le sidérurgiste ArcelorMittal
Une proposition de loi visant à nationaliser le groupe ArcelorMittal, déposée par La France insoumise (LFI), ravive un vieux clivage entre la gauche et la droite françaises. L’Assemblée nationale a voté le texte, jeudi 27 novembre 2025 dans la soirée, grâce au soutien des groupes de gauche et à l’abstention du Rassemblement national. Le Gouvernement avait déjà fait part de sn opposition. L’acier, déjà nationalisé en 1981, n’a cessé de traverser les turbulences depuis la fusion entre Mittal Steel et Arcelor en 2006, opérée à la suite d’une Offre publique d’achat (OPA) hostile. Depuis, l’industrie européenne de l’acier s’effrite, subissant la concurrence massive de la Chine, dont les produits sont vendus jusqu’à trois fois moins cher. Pékin et New Delhi s’imposent aujourd’hui comme les nouveaux géants du secteur, entraînant une chute durable de la production européenne. Une évolution particulièrement mal perçue en France, où la sidérurgie demeure un symbole industriel majeur.
À gauche, LFI, les écologistes et les socialistes défendent un retour fort de l’État dans la gestion de l’acier, assorti d’un contrôle renforcé des importations aux frontières européennes.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, rappelle qu’ArcelorMittal bénéficie chaque année de 300 millions d’euros d’aides publiques, des fonds qui, d’après elle, viennent conforter des dividendes à « redistribuer en cadeaux aux actionnaires à hauteur de trois milliards ».
Transformer les subventions publiques en capital
Sophie Binet formule deux propositions : convertir ces aides publiques en participations au capital, ce qui aurait permis, selon la CGT, de nationaliser l’entreprise depuis longtemps, et accorder aux représentants du personnel un droit de regard transparent sur l’utilisation de ces fonds, avec la possibilité de suspendre les aides en cas de manquement aux engagements (emplois ou recherche).
Le Rassemblement national (RN) a freiné l’avancée du texte, notamment par le dépôt d’environ 290 amendements.
À droite, le Rassemblement national (RN) a freiné l’avancée du texte, notamment par le dépôt d’environ 290 amendements. Le parti, pourtant arrivé en tête chez les ouvriers (57% des voix aux dernières législatives), prône une voie alternative : l’instauration d’un « golden share ». Ce mécanisme offrirait à l’État, actionnaire minoritaire, un droit de veto sur toute décision stratégique susceptible de menacer l’outil industriel. Une manière, selon le RN, de protéger l’acier français sans recourir à une nationalisation. Le texte, de toute façon, devra encore franchir l’étape du Sénat.
Victoire historique
Jean-Luc Mélenchon, de son côté, tente de temporiser : « La France ne peut pas se passer d’acier. Nous pouvons régler une grande cause nationale avec un texte court de quinze lignes », a-t-il déclaré, appelant à dépasser les fractures trans-partisanes.
L’Assemblée nationale a voté le texte jeudi 27 novembre 2025 dans la soirée grâce au soutien des voix de la gauche (PS, écologistes, communistes) et à l’abstention du RN, malgré l’opposition affiché du gouvernement. D’ailleurs, le camp gouvernemental a voté contre le texte. Il a été adopté par 127 pour et 41 contre. Pour les « Insoumis », il s’agit d’une « victoire historique », alors que le groupe de Marine Le Pen leur a reproché de donner de « faux espoirs » aux travailleurs.
La députée française du parti La France insoumise (LFI), Aurélie Trouvé, salue un membre de la CGT lors d’un rassemblement de salariés d’ArcelorMittal organisé par la Confédération générale du travail (CGT) sur l’Esplanade des Invalides le 27 novembre 2025. (Alain JOCARD / AFP).
Le texte doit encore passer l’étape du Sénat où il risque d’être retoqué en raison de sa composition. Le député du parti Horizons, Sylvain Berrios (Val-de-Marne) a déjà prévenu que le texte « ne sera pas appliqué ». Jean-Philippe Tanguy, député du RN (Somme) assure que le Sénat « ne votera jamais » la loi et qu’« il n’y aura pas de nationalisation avant la présidentielle ».
Je ne vois pas pourquoi nous n’y arriverions pas (…). Plus ça ira, plus on verra comme une évidence politique qu’il faut nationaliser ArcelorMittal.
« Je ne vois pas pourquoi nous n’y arriverions pas (…). Plus ça ira, plus on verra comme une évidence politique qu’il faut nationaliser ArcelorMittal », a renchérit la rapporteure, Aurélie Trouvé. D’après son texte, « la société ArcelorMittal France est nationalisée ». Il prévoit aussi un mécanisme pour déterminer sa valeur : le coût d’une nationalisation est chiffré à 3 milliards d’euros.
Le vote du texte s’est fait sous la surveillance des travailleurs d’ArcelorMital. A l’appel de la CGT, plusieurs d’entre eux ont fait le déplacement vers Paris en cars (depuis les sites du Nord et de la Moselle) pour venir manifester sur l’esplanade de Invalides, non loin de l’Assemblée nationale.
L’acier : indispensable en tant de guerre
Si la sidérurgie française inquiète, le malaise est européen. Les aciers importés à bas coût sont rarement décarbonés, mettant en difficulté les producteurs soumis à des normes environnementales plus strictes. Dans plusieurs pays, la situation se dégrade : le Royaume-Uni, berceau de la révolution industrielle, ne compte plus que 2 500 sidérurgistes.
La fragilisation de la filière soulève donc une question stratégique majeure. L’acier est pourtant nécessaire en tant de guerre.
Des employés d’ArcelorMittal, arrivés en bus de leurs sites du Nord et de la Moselle, défilent derrière une banderole. (Alain JOCARD / AFP).
Parole au Parlement européen le 3 décembre
En effet, il constitue la base de l’industrie lourde : infrastructures, machines, véhicules, chantiers navals. En temps de guerre, sa dimension stratégique est encore plus évidente. La production d’acier conditionne la capacité d’un pays à fabriquer chars, navires, blindages, rails logistiques ou équipements militaires.
Un « plan acier » doit d’ailleurs être examiné le 3 décembre 2025 au Parlement européen, preuve que l’avenir du secteur se joue désormais aussi à Bruxelles.
Une dépendance accrue aux importations est donc perçue comme une vulnérabilité majeure. Perdre sa sidérurgie nationale, c’est perdre une partie de sa souveraineté militaire.
La survie d’ArcelorMittal en France s’inscrit ainsi dans un débat plus large : celui du retour du service militaire national, de la réindustrialisation et de la souveraineté stratégique. Un « plan acier » doit d’ailleurs être examiné le 3 décembre 2025 au Parlement européen, preuve que l’avenir du secteur se joue désormais aussi à Bruxelles.
Yannick Ferruzca (à Paris)
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Source: LPOST

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