Rima Hassan: l’honneur perdu de l’université libre de Bruxelles
En juin 2024, la participation de la controversée députée européenne, Rima Hassan à un évènement organisé par EcoloJ avait suscité une vive polémique en Belgique. AFPLettre ouverte de 52 intellectuels majeurs, rédigée à l’initiative du philosophe et écrivain Daniel Salvadore Schiffer, à la rectrice de l’université libre de Bruxelles, Annemie Schaus, et au doyen de sa faculté de droit et de criminologie, Pierre Klein.
Madame, Monsieur,
C’est avec sidération, sinon une réelle incompréhension, tant morale qu’intellectuelle, que, indignés plus encore que consternés, nous venons d’apprendre, par de très crédibles voies de presse, que les étudiants de la promotion 2025 de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’Université Libre de Bruxelles, l’une des académies les plus prestigieuses de Belgique par son traditionnel sens du débat philosophique et de la pensée critique, ont choisi, à titre de gratification, le nom de Rima Hassan, députée européenne de « La France Insoumise », parti politique situé à l’extrême gauche sur l’échiquier politico-idéologique de ce pays, mais surtout l’une des plus ferventes militantes de cette obscure nébuleuse de terroristes islamistes, notoires antisémites de surcroît, que constitue le tristement célèbre Hamas, responsable de l’abominable pogrom, de nature proprement génocidaire dans ses intentions, du 7 octobre 2023 à l’encontre des Juifs d’Israël.
Le Hamas : ennemi historique d’Israël, mais surtout, par son obscurantiste tyrannie, pire ennemi des Palestiniens !
Davantage : Rima Hassan, à l’instar de ses amis au sein de « La France Insoumise » (LFI), n’a jamais condamné, pour cet innommable massacre, ce même Hamas, qu’elle considère, au contraire, comme le légitime bras armé de ce qu’elle nomme encore outrancièrement, sans autre forme de nuances et allant même jusqu’à faire pour cela l’apologie du terrorisme, la « Résistance » des Palestiniens, dans la bande de Gaza notamment, face à Israël, nation dont le Hamas, toujours lui, souhaite pourtant obstinément, refusant toute solution pacifique à deux Etats, la totale destruction, sinon l’anéantissement pur et simple.
Mais le Hamas, par cet extrémisme, sa violence guerrière et son radicalisme politico-religieux, n’est pas seulement l’ennemi juré, historique, d’Israël et, plus généralement, des Juifs ; il est surtout, par la tyrannie qu’il manifeste à l’encontre de son propre peuple, le pire ennemi, le paradoxe n’est qu’apparent, des Palestiniens eux-mêmes, dont il dessert et avilit, pour protéger ses seuls intérêts et pouvoirs, la cause. Qu’on se le dise objectivement, honnêtement et rationnellement, une bonne fois pour toutes !
Un scandaleux, contreproductif et dangereux amalgame : les terroristes du Hamas n’incarnent pas la résistance du peuple palestinien en son ensemble.
Ainsi, en ce qui concerne ce très personnel cas de Rima Hassan, n’est-ce pas la cause qu’elle défend, celle, honorable, du peuple palestinien, qui mérite également notre respect et soutien, que nous critiquons et dénonçons ici, mais bien, la nuance conceptuelle s’avère primordiale en cet épineux dossier, la scandaleuse manière dont elle instrumentalise, au prix d’infâmes, mensongers, contreproductifs et dangereux amalgames, l’assimilation de ce criminel Hamas aux Palestinien en leur ensemble, ce combat !
Certes, ce n’est pas ici le lieu de nous prononcer sur la nature, ni sur les raisons profondes ou historiques, de ce complexe et douloureux conflit israélo-palestinien, qui n’a, du reste, que trop duré.
Qu’il nous soit toutefois permis d’exprimer ici, pour les authentiques démocrates que nous sommes, indissociablement attachés aux principes universels de « tolérance », de « justice » et de « fraternité », notre réelle et sincère compassion humaine envers toutes les victimes, qu’elles soient issues du peuple juif ou palestinien, de ces indicibles souffrances en ce que l’on ose encore appeler aujourd’hui, malgré le sang versé en cette turbulente région du Proche et Moyen-Orient, la « Terre Sainte ».
Cette funeste décision, qui témoigne d’un tragique aveuglement (…) sonne aujourd’hui, (…) comme l’honneur perdu, telle une tache désormais indélébile sur ses séculaires palmes, de l’Université Libre de Bruxelles !
Mais, tout ceci étant dit et admis, nous, signataires de la présente pétition, ne pouvons néanmoins, notre conscience nous le dicte impérativement, nous taire, Madame la rectrice Annemie Schaus et Monsieur le doyen Pierre Klein, au regard de l’immense forfaiture que représente donc, à nos yeux d’humanistes convaincus, le choix, aussi inapproprié qu’inconvenant en d’aussi problématiques circonstances, de ce très polémique (c’est un euphémisme !) nom de Rima Hassan, précisément, pour désigner cette fameuse promotion 2025 des étudiants, au sein de cette vénérable institution universitaire que vous dirigez actuellement, de votre Faculté de Droit et de Criminologie.
Un enjeu de civilisation et un combat pour la paix
Oui, face à cette funeste décision, qui témoigne d’un tragique aveuglement, sinon d’une complicité coupable, mais aussi d’une étonnante méconnaissance de ce sujet pourtant essentiel à l’aune de ce véritable enjeu culturel, voire civilisationnel, sommes-nous au grand regret de vous le dire ici très clairement, et publiquement : en ces temps particulièrement troublés, où un antisémitisme de plus en plus désinhibé, agressif et assumé, déferle en Europe, rappelant même parfois, de sinistre mémoire, les sombres heures des années 1930, et avec elles la peste brune et autres fascismes à venir, ce nom de Rima Hassan, dont une partie de vos étudiants se réclament donc ouvertement et s’auréolent même sans vergogne ni pudeur ou simple respect à l’égard des familles juives endeuillées après cette féroce hécatombe du 7 octobre (sans même évoquer ici le cruel sort des malheureux otages encore retenus arbitrairement prisonniers, et même déjà morts pour certains d’entre eux, dans les terrifiants tunnels de Gaza), sonne aujourd’hui, toute honte bue, comme l’honneur perdu, telle une tache désormais indélébile sur ses séculaires palmes, de l’Université Libre de Bruxelles !
Ainsi, face à cette inquiétante résurgence d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, est-ce notre entière réprobation que, heurtés par tant d’ignominie de la part d’une frange non négligeable de vos étudiants, et parfois même de votre propre corps professoral, nous vous exprimons, avec fermeté et sans la moindre ambiguïté, en cette lettre ouverte que, Madame Annemise Schaus et Monsieur Pierre Klein, nous vous adressons donc résolument en ce jour, fatal pour la réputation comme pour la crédibilité de cette Académie à laquelle vous présidez à l’heure actuelle.
Pour l’annulation du nom de Rima Hassan dans la promotion 2025
Davantage : il serait opportun, dans de telles conditions éthico-philosophiques, que vous mettiez tout en œuvre, dans le cadre de vos respectives compétences administratives, mais y compris par votre veto, pour annuler, toutes affaires cessantes, cette indécente, sinon mortifère, décision, de la part de vos étudiants à la Faculté de Droit et de Criminologie, de prendre, dans leur promotion de cette année académique, ce très discutable et même inacceptable nom, pour les raisons que nous venons de vous exposer arguments à l’appui, de Rima Hassan, laquelle, pour aggraver son très décrié et conversé cas, s’est en outre refusée de voter, lors d’une session à l’intérieur de l’hémicycle du Parlement Européen, l’appel en faveur de la libération de Boualem Sansal, l’un des plus grands écrivains franco-algériens, aujourd’hui retenu injustement prisonnier, par l’actuel, dictatorial et obscurantiste pouvoir du Président Tebboune, derrière les barreaux d’une anonyme geôle non loin d’Alger !
L’antisionisme, haineux et fallacieux alibi de l’antisémitisme, délit puni par la loi !
Rima Hassan, dont les positions politiques tout autant que les propos idéologiques, à ce difficile et encore bien plus délicat sujet qu’est donc celui de l’interminable conflit israélo-palestinien, ne sont effectivement pas sans rappeler, sous la fallacieuse caution ou le frauduleux alibi d’un antisionisme ostensiblement revendiqué sous l’abusif slogan pseudo-populaire de « Free Palestine » (ce qui implique, « de la Mer au Jourdain » comme il le profère encore, la disparition de l’Etat d’Israël !), l’antisémitisme le plus abject, véritable incitation, de surcroît, à la haine. Ce qui, sur le plan plus strictement légal, n’est pas là non plus, vous en conviendrez aisément en toute honnêteté intellectuelle, le moindre des délits, théoriquement sanctionné par le code pénal en toute démocratie digne de ce nom !
Les signataires :
Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain; Marc Alpozzo : philosophe; Dominique Baqué : philosophe, critique d’art; André Bonet : écrivain, essayiste. Marie-Jo Bonnet : historienne, écrivaine. Jean-Marie Brohm : sociologue, professeur émérite des universités. Pascal Bruckner : philosophe. Belinda Cannone : écrivaine, universitaire. Sarah Cattan : directrice de « Tribune Juive ».
Hassen Chalghoumi : Président de la Conférence des Imams de France. Sophie Chauveau : écrivaine, essayiste.
Elie Chouraqui : cinéaste. Alexandre Del Valle : essayiste, docteur en géopolitique. Isabelle de Mecquenem : philosophe, Nadine Dewit : artiste peintre. Michel Dray : historien, ancien directeur-général du Comité de coordination interculturel Marseille-Méditerranée, ancien conseiller du Vice-Président du Congrès Juif Mondial (bureau de New York).
Luc Ferry : philosophe, ancien Ministre français de l’Education Nationale et de la jeunesse. Christian Godin : philosophe. Karin Hann : écrivaine, essayiste, universitaire. Lisa Hirsig : enseignante, essayiste. François Kasbi : écrivain, critique littéraire. Arno Klarsfeld : avocat, écrivain. Joël Kotek : historien, professeur émérite des Universités (ULB).
Bernard Kouchner : ancien Ministre français de la Santé et de l’Action Humanitaire puis des Affaires Etrangères, fondateur des ONG « Médecins sans Frontières » et « Médecins du Monde ».
Nathalie Krikorian : philosophe politique, historienne des idées. Bérénice Levet : docteure en philosophie, essayiste. Fadila Maaroufi : directrice de l’Observatoire Européen des Fondamentalismes (Bruxelles). Isabelle de Mecquenem : agrégée de philosophie, Université de Reims Champagne Ardenne. Philippe Mocellin : sociologue, docteur en sciences politiques. Eric Naulleau : écrivain, essayiste. Fabien Ollier : directeur de la revue « Quel Sport ? ». Victoria Pariente-Cohen : psychanalyste clinicienne. Céline Pina : journaliste, éditorialiste, essayiste.
Daniella Pinkstein : écrivaine, essayiste. Michaël Prazan : réalisateur, documentariste, écrivain. Gérard Rabinovitch : philosophe, sociologue, essayiste, directeur de l’Institut Européen Emmanuel Levinas.Robert Redeker : philosophe. David Reinharc : éditeur. Charles Rojzman : philosophe, psychosociologue, essayiste, Institut Charles Rojzman. Pierre-Yves Rougeyron : essayiste, Président du « Cercle Aristote ». Armand de Saint-Sauveur : éditeur. Dominique Schnapper : sociologue, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Jean-Loup Seban : ancien professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Bruxelles et collaborateur scientifique du Centre Interdisciplinaire d’Etude des Religions et de la Laïcité (CIERL) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Hagay Sobol : professeur de médecine, Université d’Aix-Marseille, Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg. Jacques Sojcher : philosophe, professeur émérite à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Guy Sorman : essayiste, Président de la Maison Française de New York University.
Annie Sugier : physicienne, Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), association créée par Simone de Beauvoir. Jean Szlamowicz : linguiste. Pierre-André Taguieff : philosophe, historien des idées, Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Michel Taube : écrivain, fondateur du journal en ligne « Opinion Internationale » et d’ « Ensemble contre la Peine de Mort ». Alain Vircondelet : écrivain, essayiste, universitaire. Michel Gad Wolkowicz : psychanalyste, hospitalo-universitaire en psychopathologie, Président de l’Association Internationale Inter-Universitaire « Schibboleth – Actualité de Freud ». Et Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain.
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Source: LPOST
