Droits de douane aux USA : les entreprises belges partagées entre inquiétude et diversification


Droits de douane aux USA : les entreprises belges partagées entre inquiétude et diversification
L’annonce du président américain Donald Trump d’imposer des droits de douane de 20% sur pratiquement les produits européens qui rentrent sur le territoire américain a provoqué une déflagration dans le monde économique belge. Pratiquement tous les secteurs seront touchés, mais de façon différente en fonction des produits et de leur exposition au marché américain. Le secteur aéronautique risque d’être le plus fortement touché, car il n’y a pas plus mondialisé que lui. Les dirigeants de Skywin, le pôle de compétitivité du secteur en Wallonie, attendent de voir la mise en œuvre des nouveaux droits de douane, mais son directeur général, Etienne Pourbaix reconnaît que ses membres sont inquiets. Agoria Wallonie, la branche wallonne la fédération de l’industrie technologique, estime qu’il faut hâter le pas pour la réindustrialisation de l’Europe en misant notamment sur l’économie circulaire et faciliter l’exportation vers d’autres pays, ce qui suppose la ratification des traités de libre-échange. L’Agence du commerce extérieur aussi plaide pour la diversification des pays d’exportation. La biscuiterie Desobry qui réalise 20% de son chiffre d’affaires aux USA espère que ces clients américains accepteront une augmentation des prix, mais son patron redoute un impact sur l’emploi. La fédération des entreprises alimentaires belges dénonce une guerre tarifaire qui ne profitera à personne. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), prône une réaction rapide, proportionnelle et concertée avec les secteurs concernés et l’Europe.
Même si les acteurs économiques s’attendaient à la nouvelle, les droits de douane annoncés mardi soir par le président américain, Donald Trump, a provoqué un séisme dont l’onde de choc a touché toute la planète économique. La Belgique n’y a pas fait exception et encore moins les entreprises wallonnes. « Avec les décisions annoncées par le président américain, Donald Trump, nous avons pris un sérieux coup dans l’estomac et malheureusement, ce sont les petites entreprises qui vont souffrir le plus. Nous avons envoyé ce matin (mercredi 3 mars, ndlr) des courriels pour prévenir nos clients américains que nous allons devoir répercuter les droits de douane sur les prix. On attend leurs réponses », nous a confié Thierry Huet, CEO de la biscuiterie Desobry, basée à Tournai.
Impact sur l’emploi
Elle réalise 15 à 20% de son chiffre d’affaires aux USA et n’envisage pas d’investir dans une unité de production au pays de l’Oncle Sam. « Nous n’avons pas les moyens pour entreprendre un tel projet d’investissement. Nous avons déjà investi 50 millions d’euros à tournai », poursuit-il.
Avec les décisions annoncées par le président américain, Donald Trump, nous avons pris un sérieux coup dans l’estomac et malheureusement, ce sont les petites entreprises qui vont souffrir le plus.
S’il devait être dans l’impossibilité d’exporter aux USA à cause des droits de douane de 20% que Donald Trump veut imposer sur quasiment tous les produits européens qui entrent sur le territoire américain, il n’exclut pas un impact sur l’emploi. Desobry occupe environ 150 collaborateurs dont la motivation au travail et l’implication dans le développement de l’entreprise a permis de porter le chiffre d’affaires de 8 millions d’euros en 2008 à près de 42 millions en 2024. Son patron observe que les crises se succèdent et semblent devenir la norme.

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CEO de Desobry, Thierry Huet n’exclut pas un impact négatif sur l’emploi. (Photo par CHRISTOPHE KETELS – BELGAIMAGE).
Le secteur aéronautique retient son souffle
Le témoignage de Thierry Huet (Desobry) illustre la situation de plusieurs secteurs d’activités en Belgique, notamment en Wallonie. L’aéronautique est en première ligne des secteurs touchés par les nouveaux droits de douane décidés par le président Trump. « Il n’y a pas plus mondialisé que le secteur de l’aéronautique, mais pour l’instant, nous sommes dans l’incertitude complète et celle-ci est source d’inquiétude pour les entreprises du secteur. Nous ne savons pas encore comment les nouveaux droits de douane seront mis en œuvre », souligne Etienne Poubaix, directeur général de Skywin le pôle de compétitivité wallon dédié à l’aéronautique.
Une entreprise comme Safran Aero Boosters (Herstal) est membre de Skywin et son CEO, François Lepot est le président du pôle de compétitivité wallon. Le motoriste belge livre notamment les boosters pour les moteurs du Boeing 737. Les complications que pourraient créer les nouveaux droits de douane décidés par Donald Trump pourrait mettre en difficulté les lignes de production du constructeur d’avions américain, Boeing.
Dans chaque crise, il y a des opportunités. Les entreprises belges peuvent saisir ce moment pour accélérer la diversification de leurs marchés d’exportation.
Sonaca, une autre entreprise wallonne du secteur aéronautique sera aussi concernée par les nouvelles mesures prises par le président américain. C’est tout le secteur wallon de l’aéronautique qui est attend avec impatience d’avoir des précisions sur les nouveaux droits de douane. Il représente environ 6.000 emplois directs (et au moins autant d’indirects) et réalise un chiffre d’affaires de près de 2 milliards d’euros par an.
Inquiétude chez Agoria Wallonie
Le secteur technologique est également préoccupé par les nouvelles venant des USA. « Nous sommes inquiets, car le secteur a exporté des marchandises pour 5,5 milliards d’euros en 2024 aux USA. Si on doit imposer des droits de douane d’un milliard sur ce montant, les entreprises du secteur technologique deviendront moins compétitives. L’Inflation Reduction Act décidé par l’ancien président Joe Biden avait déjà obligé beaucoup d’entreprises à aller investir aux USA pour garder leur attractivité. Les décisions de Donald Trump vont plus loin et risquent de nous faire du tort », rétorque Clarisse Ramackers, directrice générale d’Agoria Wallonie.

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Directrice d’Agoria Wallonie, Clarisse Ramakers plaide pour la signature d’un maximum d’accord de libre-échange pour booster les exportations des entreprises vers d’autres contrées que les USA. (BELGA PHOTO THIERRY ROGE)
Elle estime que les décisions de Trump auront un autre effet sur les entreprises belges via les pays européens voisins qui sont les premiers partenaires des entreprises belges (Allemagne, France, Pays-Bas, etc.). Les exportations belges vers ces pays pourraient être ralenties dans la mesure où eux aussi vont subir l’impact des nouveaux droits de douane américains.
Diversifier les marchés d’exportation
Que faut-il donc faire ? « Il n’y a pas de recette miracle. Il faut suivre ce que les recommandations de Mario Draghi (ancien président de la Banque centrale européenne), notamment en matière de réindustrialisation en investissant dans l’économie circulaire, mais en étant moins restrictif sur les normes en matière environnementale. Il faut aussi faciliter l’exportation de nos entreprises vers d’autres pays et pour ce faire, il faut ratifier le maximum d’accord de libre-échange », poursuit Clarisse Ramakers.
Le risque est une réduction du chiffre d’affaires des entreprises et qui dit moins de recettes, dit aussi moins d’effectif dans les usines.
Elle n’exclut pas que les nouveaux droits de douane américains aient un impact négatif sur l’emploi. « Le risque est une réduction du chiffre d’affaires des entreprises et qui dit moins de recettes, dit aussi moins d’effectif dans les usines », redoute la directrice générale d’Agoria Wallonie.
L’Agence (belge) du commerce extérieur (ACE) partage l’analyse d’Agoria Wallonie. « Dans chaque crise, il y a des opportunités. Les entreprises belges peuvent saisir ce moment pour accélérer la diversification de leurs marchés d’exportation, notamment vers l’Inde ou d’autres pays de l’Asie », renchérit Christelle Charlier, directrice du service d’études, des statistiques et de la communication de l’ACE.
Le secteur alimentaire en appelle à l’Europe
Christelle Charlier rappelle que les entreprises belges exportent principalement vers trois pays européens (Allemagne, France, Pays-Bas), mais précise-t-elle, les USA représentent le premier pays d’exportation hors Europe des entreprises belges. Par ailleurs, observe-t-elle, la balance commerciale entre les USA et la Belgique est négative pour la Belgique (-2,83 milliards d’euros en 2023).

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Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot préconise une réaction rapide, proportionnelle et concertée face à Donald Trump. (BELGA PHOTO ERIC LALMAND).
Le secteur alimentaire belge fustige la décision de Trump.  « Le commerce international est essentiel pour l’industrie alimentaire belge. Une guerre tarifaire nuit à notre relation commerciale avec les Etats-Unis et perturbe le commerce mondial. Nous appelons l’Union européenne à œuvrer pour une désescalade de ce conflit commercial, à renforcer le commerce au sein du marché intérieur européen et à conclure des accords commerciaux avec de nouveaux partenaires », déclare Bart Buysse, CEO de Fevia, la fédération des entreprises alimentaires belges.
Nous appelons l’Union européenne à œuvrer pour une désescalade de ce conflit commercial, à renforcer le commerce au sein du marché intérieur européen et à conclure des accords commerciaux avec de nouveaux partenaires.
Il déplore le relèvement des droits de douane américains qui pourrait rogner le chiffre d’affaires du secteur alimentaire belge. « Le commerce international est crucial pour le secteur alimentaire belge. Avec un chiffre d’affaires de 82,9 milliards d’euros en 2024, dont 39,6 milliards provenant de l’exportation (47,7 %), l’industrie alimentaire belge est un véritable acteur mondial. En 2024, les entreprises alimentaires belges ont exporté pour un milliard d’euros vers les Etats-Unis, notre premier marché d’exportation lointain après le Royaume-Uni, qui représente 3,8 milliards d’euros. Les Américains sont fans de nos frites belges, légumes surgelés, gaufres et chocolat », poursuit-il.
Réaction rapide, proportionnelle et concertée
Bart Buysse ne cache pas son inquiétude devant la situation et redoute de graves effets pour le secteur. « Avec des droits de douane supplémentaires de 20 %, nos entreprises risquent de perdre leur compétitivité sur le marché américain. De plus, les tarifs augmenteront les coûts des deux côtés et finiront par nuire aux entreprises, aux agriculteurs et aux consommateurs », conclut-il.
Nous réagirons rapidement et de manière assertive, proportionnelle et unie, avec une stratégie qui protège notre économie.
Le ministre belge des Affaires étrangères déplore la décision du président américain, mais il prône le dialogue et la fermeté. « Nous réagirons rapidement et de manière assertive, proportionnelle et unie, avec une stratégie qui protège notre économie. Il ne serait en effet pas pertinent de prendre des mesures qui seraient susceptibles de nous nuire plus qu’aux Etats-Unis. A force de jouer avec des allumettes, les Etats-Unis finiront par se brûler. L’effet retour pour leur propre dynamique économique semble être négligé par Washington », dit Maxime Prévot.
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Source: LPOST

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