Karabakh : et si la Russie était au cœur de tous les enjeux du blocage du corridor de Latchine ?
Depuis plusieurs semaines, le corridor de Latchine fait l’objet de vives tensions au Karabakh, région située entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Cette route stratégique permet d’approvisionner en biens divers la partie séparatiste pro-arménienne, où vivent encore près de 30 000 Arméniens[1]. Depuis des années, l’Arménie exploite illégalement nombre de mines, provoquant la pollution des sols; des militants écologistes n’ont eu de cesse d’alerter sur ces dangers. Elle continue également à garder des troupes, en violation avec les accords de paix signés en 2020 sous égide russe. Alors qu’Erevan, la capitale arménienne, accuse les manifestants azerbaïdjanais de bloquer la route, on voit dans nombre de médias des images de camions acheminant nourriture et vivres vers la partie pro-arménienne du Karabakh. Pour mieux comprendre la situation, il faut se tourner du côté de la Russie afin, notamment de mieux appréhender la responsabilité de Moscou dans le non-respect de la déclaration qui devait imposer à Erevan de démilitariser Latchine.
Emmanuel Macron s’est inquiété hier auprès de son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, de la situation et s’est dit prêt à travailler à une solution d’urgence. Le président français a déjà rencontré Ilham Aliyev, à maintes reprises et ce, en présence du premier ministre arménien Nikol Pachinian dans le but de consolider la paix signée en 2020 après la seconde guerre du Karabakh. Mais de quoi parle-t-on exactement ?
Tensions en cours au Karabakh
Le 10 novembre 2020, la déclaration trilatérale (Arménie-Azerbaïdjan-Russie), qui avait mis fin à près de trente ans d’occupation du Karabakh par l’Arménie et les forces pro-arméniennes, avait permis le retour dans le giron de Bakou des 20% du territoire azerbaïdjanais annexés par Erevan, capitale de l’Arménie.
Depuis plus de deux ans, la paix entre les deux pays se construit petit à petit mais depuis plusieurs semaines aussi, la tension est de retour autour du corridor de Latchine au Karabakh, l’Arménie accusant l’Azerbaïdjan pendant que ce dernier cible plutôt les forces russes de maintien de la paix.
Emmanuel Macron s’est donc alerté d’un risque de catastrophe humanitaire, parlant de graves problèmes d’approvisionnement en nourriture, médicaments, de coupures d’électricité et de chauffage. Le président français cherche à peser dans la négociation depuis des mois comme Charles Michel, le président du conseil européen.
L’Allemagne quant à elle accuse l’Azerbaïdjan mais aussi la Russie qui devrait pousser pour un retour à la normale au plus vite mais ne le fait pas ; ce qui est bien compréhensible, Moscou étant l’allié numéro un d’Erevan dans la région et dans cette histoire.
La Russie chargée de la sécurité
Depuis la signature de la déclaration en 2020, le gouvernement d’Azerbaïdjan a fait construire de nouvelles routes pour relier les principales villes libérées et permettre de faire revenir progressivement les populations, tout en poussant au désenclavement global de la région. Il a aussi fallu sécuriser des couloirs de circulation, dont le fameux corridor de Latchine, reliant l’Arménie au Karabakh.
C’est la Russie qui est chargée d’assurer la sécurité et la liberté de circulation des personnes et des biens. Or, l’Azerbaïdjan avait déjà prévu la construction d’une route pour Latchine, qui permet de récupérer définitivement le corridor conformément aux accords. Mais suite aux différentes tensions survenues depuis l’été dernier, l’Arménie s’est opposé au tracé proposé et a remis en cause cette disposition de l’accord de paix.
Dans la foulée, Erevan s’était engagée à construire d’ici le printemps 2023 sa propre voie et demandait déjà en août dernier aux derniers habitants arméniens de quitter les trois villages formant Latchine afin qu’ils soient rendus à l’Azerbaïdjan. Bakou, ayant fini sa propre route de contournement, demandait à Erevan de réaliser le raccordement à son territoire. Ce qui n’a pas été fait et complique encore plus la situation actuelle.
Les deux pays s’accusent mutuellement de la situation : le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères accuse Erevan qui refuserait de retirer ses troupes armées du territoire azerbaïdjanais de Latchine et qui aurait dû être mis sous pression par Moscou, ce qui n’a pas été fait. Pour Bakou, ce sont bien les forces de maintien de la paix russes, alliés d’Erevan, qui sont à l’heure actuelle les responsables de la situation. On voit donc bien dans le contexte actuel de guerre en Ukraine, toute la difficulté pour les médiateurs habituels de la situation, Macron pour la France et Michel pour l’Europe, d’imposer quoi que ce soit à la Russie. Il semble plus facile de désigner tout de go Bakou.
Sébastien BOUSSOIS
[1] Erevan parle de 120 000, chiffre qui paraît bien plus élevé que la réalité.
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Source: LPOST