Qatargate : Pier Antonio Panzeri, corrupteur en chef et minable balance
UE
Depuis le jour même de son arrestation, le 9 décembre dernier, Pier Antonio Panzeri, devenu le « repenti » du scandale du Qatargate, n’en finit pas de parler, chargeant aussi bien ses anciens complices que ceux qu’il affirme avoir corrompu au sein du Parlement européen. Des propos émaillés de commentaires peu flatteurs sur ses associés mais aussi de détails qui ne rehaussent pas son blason. Portrait d’une balance…
« Une chose est certaine, si on transposait toute cette affaire il y a quatre-vingt ans, je n’aurais pas aimé être dans le même réseau de résistance que Panzeri », nous lâchait, mi-amusé, mi dégoûté, un enquêteur proche du dossier dans les jours qui avaient suivi l’interpellation du maître d’œuvre de la centrale de corruption œuvrant autour du parlement européen. C’est que, en effet, Pier Antonio Panzeri à la langue mieux que bien pendue et balance à tout-va : « Il est du genre où il faut mettre un euro dans le bastringue pour qu’il commence à parler, mais 10 euros pour le faire taire… » s’esclaffait notre policier.
Quand l’homme balance
Avec ses valises d’argent cachées sous son lit, sa faconde et sa rondeur, ses liasses de biftons transportées dans des sacs en plastique et qu’il distribuait à qui mieux mieux et son œil attentif, Panzeri a tout du Capo di Tutti mafieux de cinéma. Mais le panache en moins.
J’ai connu de nombreux anciens « grands flics », en France ou en Belgique qui évoquaient, avec presque la larme à l’œil, l’époque des « beaux voyous », ces truands presque mythiques qui « fêtaient » au champagne leur arrestation avec les policiers qui les avaient cravatés et avouaient leurs propres turpitudes, s’en vantant presque mais ne disaient pas un mot sur leurs complices.
« C’étaient des hommes, des « beaux mecs », comme on disait à l’époque, pas des balances. Et quelque part, ça, c’est respectable », m’avait même glissé, un jour, un ancien patron de l’antigang du « 36 » (36 Quai des Orfèvres, ancien QG de la PJ parisienne).
Rien de tel avec Pier Antonio Panzeri : « à peine arrivé dans nos locaux, le 9 décembre, il se mettait déjà à table » continuait notre policier. « Si nous avions pu prendre des notes, il aurait commencé à parler dans la voiture… »
Après les allées du pouvoir, le dur atterrissage dans le monde réel
Cette attitude s’explique sans doute par la carrière et le profil psychologique sommaire que l’on peut tenter de dresser de l’ancien eurodéputé: cela fait une trentaine d’années que Pier Antonio Panzeri traîne ses guêtres dans les allées du pouvoir, d’abord à Milan, où il a été secrétaire général de la chambre du travail entre 1995 et 2003, puis au parlement européen, où il a siégé entre 2004 et 2019. Il est habitué aux ambiances feutrées, à être entourés d’assistants qui se chargent de toutes les corvées, à fréquenter les puissants et à se déplacer en business classe.
Il est incontestable que ses aveux aident l’enquête (…)
Psychologiquement, cela a pu le convaincre qu’il était le plus fort, un intouchable, un mâle alpha qui pouvait vivre selon son bon plaisir sans jamais avoir de comptes à rendre. Le jour à la police a sonné chez lui à sept heures du matin, a perquisitionné son appartement et a mis la main sur la fameuse valise contenant des centaines de milliers d’euros avant de l’emmener pour interrogatoire, toute cette belle construction qui le protégeait du monde réel s’est effondrée.
La veille, il était encore un lobbyiste écouté, un ancien parlementaire respecté de tous, et là tout d’un coup, il n’était plus qu’un minable truand avec sa valise de cash, encadré par des policiers. « Pour lui, résume l’enquêteur déjà cité, parler ce n’est pas seulement un soulagement après des années de mensonges, c’est également une manière de tenter de reprendre le contrôle sur ce qui lui arrive… »
Panzeri, donc, parle depuis le premier jour. Dès le 9 décembre, quelques heures à peine après son arrestation, il balançait ses complices et certains de ceux qu’il dit avoir corrompu, comme Marc Tarabella.
C’est à ce moment sans doute que le juge Michel Claise a compris qu’il était mûr pour qu’on lui propose le statut de repenti qui lui garantit une peine effective (largement) minorée. « Il est incontestable que ses aveux aident l’enquête, pour peu qu’il ne tente pas de nous enfumer », commente un policier, « mais de là à dire que son attitude force le respect, il y a un pas que je ne franchirai pas… »
Et depuis, il n’a plus cessé de parler. Nos confrères du Soir de Knack et de La Repubblica, ont eu accès aux procès-verbaux de ses interrogatoires du 2 et du 13 février. Leur lecture est édifiante.
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Source: LPOST