2023 : les Occidentaux doivent d’urgence pousser à une solution négociée entre la Russie et l’Ukraine


2023 : les Occidentaux doivent d’urgence pousser à une solution négociée entre la Russie et l’Ukraine
Un homme pousse une charrette devant un magasin en feu après le bombardement russe de la ville ukrainienne de Kherson le 24 décembre 2022, où cinq personnes ont été tuées et 20 blessées.. AFPDepuis 10 mois maintenant, la guerre qui s’est enclenchée en Ukraine, après l’invasion illégale russe de son territoire, a plongé une partie du monde dans un certain attentisme. Pas l’attente que la guerre se finisse sans agir, car Européens et Américains ont largement financé et fourni Kiev en matériel militaire, mais l’attentisme qu’une vraie solution à la guerre pointe son nez. Or, elle ne tombera pas du ciel. Tout le monde le sait, mais le refuse dans le même temps : il n’y aura aucune solution militaire à la guerre entre les deux pays. Que l’un ou l’autre gagne ne résoudra rien et ne préparera en rien la paix pourtant indispensable pour l’ensemble du continent européen.
Une solution politique
La solution politique est la seule viable et pourtant, depuis plusieurs mois, ce choix de raison peine à creuser son sillon dans les opinions et auprès des gouvernants notamment occidentaux. Probablement, car ce que le président russe Vladimir Poutine offre comme spectacle au monde, c’est avant tout l’une des plus grandes opérations unifiées d’« occidentalophobie » de l’histoire contemporaine, lui attirant quoi qu’on en dise bien plus de soutien dans le monde que ce que les Européens veulent bien admettre.
Tout le monde le sait, mais le refuse dans le même temps : il n’y aura aucune solution militaire à la guerre entre les deux pays.
Le choix clair de Bruxelles et de Washington, entre autres, d’armer l’Ukraine a permis au pays agressé de résister, de repousser les Russes et de reconquérir quelques territoires pris rapidement par Moscou dès février dernier. Depuis des semaines, les choses s’enlisent sans progression spectaculaire d’un côté ou de l’autre. Au fond, plutôt que de radicalement imposer la solution de la négociation, pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky et pour son homologue russe, Vladimir Poutine, qui se rejettent en permanence la responsabilité de l’impasse, il semblerait que nous ayons totalement démissionné de notre mission première, au regard du droit international, en enterrant chaque jour un peu plus le système multilatéral et les Nations-Unies.
L’Europe compte les points
C’est en cela que nous ne faisons que globalement compter les points et attendre que l’un ou l’autre des camps s’épuise, tuant de nombreux civils dans le laps de temps. C’est aussi là, à cause de la stratégie de Poutine poussée à l’extrême, malgré toutes les sanctions possibles et inédites décidées contre Moscou, que nous, Occidentaux, semblons seulement capables d’alimenter en aval par l’armement et hélas incapables de fédérer politiquement en amont pour pousser à la paix.
Au contraire, nous semblons courir tout droit vers une nouvelle guerre des étoiles, ou chacun des belligérants se réarme au fur et à mesure qu’il dilapide son arsenal contre l’ennemi. C’est l’image de la roue dans laquelle court le hamster et dont il est incapable de sortir seul. La Russie, que l’on disait perdue, à l’armée décadente, démotivée, poussiéreuse et vieillissante, sans commandement stratégique suffisamment efficace, est toujours là. Vladimir Poutine, annonce après annonce, continue à croire à ses mensonges et entraîne la population russe unie derrière son chef, dans les pires difficultés économiques.
Il faut donc remettre à plat avant tout la formation du Conseil de Sécurité, datant des équilibres de l’après Seconde guerre mondiale.
Mais la Russie semble, depuis des décennies, ne mieux briller que dans l’obscurité et la souffrance. Alors que les Américains viennent d’offrir sur un plateau d’argent les missiles Patriot à l’Ukraine, Poutine assure n’avoir aucune inquiétude quant à sa capacité à en venir à bout « à 100% ». Jusqu’où irons-nous plutôt que de nous atteler au plus vite à faire suffisamment pression sur les deux parties pour les ramener à la table des négociations, en offrant le moins possible de prise à chacune pour assister au classique boomerang historique de la vengeance dans les années à venir ?
Cet attentisme qui nous pousse à choisir la solution de facilité en armant sans fin, en brandissant le chiffon rouge qui ne fait qu’exciter le mastodonte russe, est un choix occidental unilatéral assez inédit depuis que le système international de 1945 a été fondé. Comme un aveu, au fond, d’impuissance et pas tant de force comme cherche à le croire l’Occident uni.
Eviter une guerre sans fin
Il n’y a pas cinquante solutions pour éviter d’aboutir au pire avec cette guerre (conflit sans fin, milliers de victimes, recours à l’arme nucléaire), que de refonder intégralement sur les cendres de l’Ukraine notre droit international et ses garants. Il faut replacer la diplomatie au cœur du concert des nations avant tout, désamorcer toute crise dès son embryon à l’avenir plutôt que d’entretenir le feu sacré du complexe militaro-industriel quasi illimité sur terre.
Quant au concept de cobelligérance, l’on voit bien que les Occidentaux, totalement partie prenante désormais au conflit en soutenant l’Ukraine, restent dans le déni.
Il faut donc remettre à plat avant tout la formation du Conseil de Sécurité, datant des équilibres de l’après Seconde guerre mondiale, pour le rendre plus proche de la réalité géopolitique d’aujourd’hui. Le veto russe est devenu un problème comme le veto américain dans nombre de conflits. Il ne peut plus y avoir uniquement cinq membres permanents de ce Conseil d’insécurité. La Charte des Nations Unies n’est même plus respectée par ses signataires.
Quant au concept de cobelligérance, l’on voit bien que les Occidentaux, totalement partie prenante désormais au conflit en soutenant l’Ukraine, restent dans le déni. L’attentisme dont on parlait au début de notre exposé, ce n’est pas rester les bras croisés et aveugle face à un conflit tragique, ce serait cynique. C’est aussi, et surtout, jeter de l’huile sur le feu russe dont Poutine se nourrit pour justifier sa haine désormais frontale de l’Occident. Et ne même plus faire le moindre effort politique pour enclencher les prémisses d’une solution négociée.
Le temps des jugements pour crimes de guerre viendra par la suite. Il faudra être habile, car l’on sait dans l’histoire, ce que l’humiliation d’un acteur majeur de la scène internationale peut générer de retours de bâtons. Les Occidentaux sont censés être les maîtres de la diplomatie. L’histoire l’a prouvé : mais où sont-ils dans ce présent si urgent ?
Sébastien BOUSSOIS
Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient  relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), de l’OMAN (UQAM Montréal) et du NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm)
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Source: LPOST

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