La Belgique augmente le niveau de revenus des garants et plongent des étudiants africains dans l’illégalité
BELGADepuis le 1er décembre, un garant, sans personne à charge, qui accepte d’assurer la caution d’un étudiant étranger en Belgique doit disposer d’un revenu mensuel net de 2.575 euros. Au 1er janvier 2023, ce montant passera à 2.699 euros/mois. Une nouvelle obligation vient d’être ajoutée à la liste des conditions à remplir pour être le garant d’un étudiant étranger : présenter un lien de parenté jusqu’au 3ème degré avec l’étudiant. Ces conditions ont poussé de jeunes étudiants à se tourner vers des personnes peu scrupuleuses leur ayant signé des documents de garant qui s’avèrent être des faux. L’office des étrangers parle d’une fraude massive qu’il a dénoncé au parquet déclenchant une instruction de la part des autorités judiciaires. En attendant, une centaine d’étudiants se retrouve dans l’illégalité et ont reçu un ordre de quitter le territoire.
Depuis quelques semaines, plusieurs étudiants africains vivent dans l’inquiétude d’un retour forcé dans leur pays d’origine, alors qu’ils poursuivent leurs études en Belgique. A l’origine de cette angoisse qui grandit de jour en jour se trouve un Ordre de quitter le territoire (OQT) qui leur est signifié et qui risque de mettre brutalement fin à leur cursus scolaire. « Je n’ai pas le nombre exact d’étudiants concernés, mais il y a plus d’une centaine d’étudiants qui sont aujourd’hui plongés dans la tourmente à cause des nouvelles conditions financières et administratives imposées par les autorités belges », témoigne Sandra.
Un frein à l’éducation
En effet, depuis le 1er décembre dernier, le revenu mensuel net dont un garant doit disposer pour se porter caution d’un étudiant d’un pays tiers est passé à 1.845 euros, montant auquel il fait ajouter un minimum de 730 euros par personne prise en charge, soit 2.575 euros nets. A partir du 1er janvier 2023, le revenu mensuel principal passe à 1.969 euros à majorer toujours de 730 euros (par étudiant pris en charge), soit un total de 2.699 euros nets par mois. « Avant, le montant s’élevait à un total d’environ 2.000 euros. Les augmentations successives ont fragilisé la situation des étudiants, car il y a de moins en moins de garants qui disposent d’un tel montant, surtout quand celui-ci vit en Afrique. Nous avons l’impression que tout est fait pour empêcher les étudiants africains de venir parfaire leurs connaissances en Belgique », commente Fabrice, un des responsables de l’association Secours Etudiants.
L’Office des étrangers précise sur son site que « le garant doit disposer de moyens de subsistance réguliers et suffisants pour lui-même, pour toute personne à sa charge et pour tout ressortissant d’un pays tiers en charge. Ces moyens doivent être au moins égaux à 120% du montant du revenu d’intégration social accordé à une personne vivant avec une famille à sa charge, c’est-à-dire 1920,03 euros nets/mois ».
Parmi les nombreux étudiants concernés par le dossier, on retrouve principalement des Camerounais, suivis ensuite de Congolais, de Burundais ou encore de Gabonais, répartis sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Par ailleurs, les autorités belges auraient durci les critères en ajoutant une nouvelle condition compliquant ainsi la situation des étudiants étrangers. « Désormais, le garant doit avoir un lien de parenté jusqu’au 3ème degré avec l’étudiant pour qui il souhaite se porter caution. La situation est aujourd’hui dramatique, car il y a plusieurs étudiants qui n’ont pas pu renouveler leur inscription scolaire pour cette année académique 2022-2023 », renchérit Dany, un autre responsable de l’association Secours Etudiants.
Véritable chemin de croix
La situation est aujourd’hui alarmante, car pour se sortir d’affaires, des étudiants se sont tournés vers des personnes peu scrupuleuses qui leur ont signé de fausses attestations de prise en charge. L’Office des étrangers a découvert la supercherie. « Nous sommes aujourd’hui face à une fraude importante, elle touche des dizaines d’étudiants, principalement des Camerounais, mais il y a aussi d’autres nationalités. Mais nous n’avons qu’une partie de l’iceberg. Nous avons transmis le dossier au parquet et une instruction est ouverte. Nous avons aussi averti les Affaires étrangères », nous a confirmé Dominique Ernould, porte-parole de l’Office des étrangers.
Au-delà du problème actuel qui plonge de nombreux étudiants africains dans le désarroi, les responsables de Secours Etudiants relèvent la longueur de la procédure administrative classique imposée au jeune souhaitant venir étudier en Belgique ou qui y étudie déjà. « C’est un véritable chemin de croix. L’étudiant doit déposer la demande de renouvellement de ses documents 45 jours avant l’expiration de son titre de séjour, puis il faut tenir compte du temps que prend le traitement du dossier. Celui-ci dure au moins deux mois et sans aucune certitude que son titre de séjour sera renouvelé », déplore Dany.
Les responsables de l’association Secours Etudiants sensibilisent désormais notamment les responsables politiques et les syndicats pour trouver une solution et d’éviter ainsi que des étudiants se retrouvent dans des centres fermés en attente de leur expulsion.
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Source: LPOST
