Il est temps pour l’Europe de rompre toutes ses relations avec l’Iran


Il est temps pour l’Europe de rompre toutes ses relations avec l’Iran
Olivier Vandecasteele, ce Belge détenu sous des motifs fallacieux en Iran depuis février 2022 a été condamné, ce mercredi 14 décembre à une peine de 28 ans de prison. Au terme d’un simulacre de procès, sans avoir pu choisir librement son avocat, sans que ses proches ni l’Etat belge n’aient été informés des charges retenues contre lui. Il s’agit, à l’évidence, d’un exemple flagrant de cette « diplomatie des otages » que les maîtres de Téhéran manient avec brio. Ce verdict inique est une réponse à la suspension par la Cour constitutionnelle du traité de transfèrement qui aurait permis à Bruxelles d’échanger l’humanitaire belge contre le diplomate espion Assadollah Assadi, condamné en 2021 à 20 ans de prison pour terrorisme. Face à ce nouveau chantage, il est temps pour l’Europe de faire preuve de fermeté et de montrer ses muscles.
Comment réagir à cette nouvelle provocation iranienne ? Le gouvernement belge, qui a singulièrement manqué de courage dans ce dossier ces derniers mois, a une réponse toute prête : se battre devant la Cour constitutionnelle pour que, dans les mois qui viennent, celle-ci ne décide pas de l’annulation pure et simple du traité de transfèrement qu’elle a suspendu.
Cette attitude n’est pas seulement une faute, aux sens politique et moral du terme (en ce qu’elle équivaudrait à céder au chantage d’un Etat terroriste et à désavouer le travail des enquêteurs et des juges belges), c’est également une erreur : céder aux mollahs qui ne comprennent que le langage de la force témoigne d’un total et singulier manque de compréhension de ce qu’est l’Iran.
Ces trois derniers mois, au moins 300 personnes ont été tuées par les forces « de sécurité » du régime, au moins 400 autres sont détenues.
Confronté depuis la mort de Mahsa Amini, en septembre dernier, à ce qui est probablement la plus grave crise qu’il ait dû affronter depuis des décennies, le régime des mollahs montre, une fois de plus, son vrai visage. Et il est hideux.
Face à la contestation interne, Téhéran ne connait qu’une réponse, toujours la même : la répression la plus féroce.  Ces trois derniers mois, au moins 300 personnes ont été tuées par les forces « de sécurité » du régime, au moins 400 autres sont détenues. Et ces chiffres sont sans doute loin de la réalité. Et une douzaine de personnes ont été condamnées à mort. Dont deux ont d’ores et déjà été exécutées.

Ne soyons pas complices
Mais cela ne suffit pas. Téhéran continue, avec une arrogance sans pareille, à défier le monde. Son ministre des Affaires étrangères convoque, avec une lassante régularité, les ambassadeurs occidentaux dont les pays critiquent cette répression aveugle. Et  pas plus tard que mercredi matin, « Kayhan », un journal représentant la « ligne dure » de Téhéran (cette expression de certains de nos confrères laisse penser qu’il existerait, en Iran, une « ligne modérée », ce qui est faux comme on le verra ci-dessous) suggérait qu’il fallait fermer le détroit d’Ormuz, une voie navigable cruciale pour l’approvisionnement énergétique mondial, voire même saisir une partie des cargaisons commerciale en compensation des dommages financiers que l’Occident causerait au pays.
Il est important, ici, de souligner que Kayhan, n’est autre que la voix du guide suprême Ali Khamenei : c’est lui qui nomme le rédacteur en chef de cet « estimable » organe.

AFP
A la tête du pays, l’ultraradical Ebrahim Raisi.
Mais cette répression et ces provocations continuelles ne sont que l’un des témoignages de ce qu’est la république islamique. Depuis son avènement, fin mars 1979, la République islamique d’Iran ne s’est pas « contentée » de réprimer par le sang toute contestation. Elle a également mené de nombreuses actions terroristes à l’étranger (dont plusieurs en Europe ou contre des ressortissants et intérêts européens), toutes décidées au plus haut niveau.
Elle a aussi développé un programme nucléaire dont la finalité est de doter le régime de l’arme nucléaire pour le sanctuariser ; elle a constamment menti à l’ONU, à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) et aux capitales européennes sur l’ampleur de ce programme ; et, aujourd’hui, elle est l’un des principaux partenaires de la Russie dans la terrible guerre d’agression que Moscou mène contre l’Ukraine depuis le 24 février dernier.
Répression des minorités, des opposants, des femmes, de la communauté LBGT.
Passons rapidement ce triste bilan en revue. La répression, d’abord. Ici, les cibles de la théocratie iranienne sont nombreuses. La minorité religieuse Bahaïe dont les droits les plus élémentaires (liberté religieuse, accès à l’enseignement, droit au travail, droit à la propriété, accès aux soins et aux prestations sociales, droit d’enterrer et d’honorer leurs morts, etc.) sont bafoués.
Et quand cela ne suffit pas, on les tue : des centaines de Baha’is ont été exécutés pour avoir refusé de se convertir à l’islam. Les minorités nationales et ethniques ensuite telles les Baloutches, les Kurdes, les Arabes, les Ahwazis voient leurs cultures et leurs langues niée, quand ils ne sont pas, plus simplement, emprisonnés ou assassinés.
Un semblant de puissance…pourtant si fragile
Les opposants politiques eux, sont pourchassés, emprisonnés, torturés et souvent exécutés quand ils ne sont pas simplement assassinés sans jugement. Ainsi, le 28 juillet 1988, l’ayatollah Khomeiny émettait une fatwa ordonnant l’exécution de tous les Moudjahidines du peuple emprisonnés (les moudjahidines sont la principale force d’opposition armée et politique au régime).
Entre début août et la fin de l’été 88, des milliers d’hommes et de femmes seront extraits de leurs cellules, passeront devant des commissions qui les interrogeront (très) sommairement, avant de les faire assassiner dans la foulée. Au plus fort du massacre, on comptera 8 000 pendus en deux semaines. Dans les prisons de Téhéran, on exécute, à la chaîne, par pendaison à des grues : 33 personnes toutes les demi-heures de 7h30 à 17h00.
L’actuel président de la République, Ebrahim Raïssi, alors procureur adjoint de Téhéran a joué un rôle clé dans cette horreur. Cette répression qui touchera également des Kurdes du « Parti Démocratique du Kurdistan Iranien » (PDKI) et des communistes du parti « Tudeh ». En tout, la tuerie fera au moins 12 000 morts, mais la réalité est sans doute plus près des 30 000. Depuis, la chasse aux opposants est moins spectaculaire, mais arrestations, tortures et exécutions sont pratiquées à longueur d’années.
Ce qui se passe depuis la mi-septembre est assez visible et significatif du sort réservé aux femmes pour qu’il ne soit pas nécessaire d’épiloguer sur ce chapitre. Qu’il suffise, pour compléter le tableau, de dire que la communauté LGBTI subit elle aussi les pires atrocités. A Téhéran, un homosexuel « démasqué » finira au bout d’une corde attachée à une grue…
Un terrorisme d’Etat décidé au plus niveau
Le terrorisme d’Etat, maintenant. Assadollah Assadi, condamné à vingt ans de prison pour avoir commandité et dirigé un projet d’attentat contre le rassemblement annuel des moudjahidin du peuple ( voir notre article du 9 décembre : La Cour constitutionnelle suspend le traité d’échange de condamnés avec l’Iran https://lpost.be/2022/12/09/la-cour-constitutionnelle-suspend-le-traite-dechange-de-condamnes-avec-liran/) est loin d’être un cas isolé, même si c’était la première fois qu’un diplomate (et espion) iranien se trouvait dans le box des accusés, en Europe, pour des faits de terrorisme.
Depuis les années 80, e régime a commis des dizaines d’attentats hors de ses frontières, le plus souvent dirigés contre des opposants
On se rappellera bien entendu que l’acte de naissance de ce terrorisme d’Etat fut la prise d’otages des diplomates américains à Téhéran, qui dura 444 jours, événement unique dans l’histoire moderne des relations diplomatiques.
On se souviendra également des attentats de Beyrouth, le 23 octobre 1983, lorsque 241 casques bleus américains et 58 militaires français furent tués dans des attaques suicides. Et on n’a sans doute pas oublié la crise des otages du Liban : entre 1982 et 1992, 104 otages étrangers, principalement américains et français, ont été enlevés et détenus au Liban par des groupes terroristes chiites formés, entrainés, équipés et dirigés par Téhéran. Neuf d’entre eux ont été tués, six se sont échappés ou ont été secourus, les autres ont été libérés, souvent après des années de séquestration dans des conditions terribles.
Le Tournaisien Olivier Vandecasteele condamné en Iran à 28 ans de prison, le manque de courage de la Belgique.
Mais cela, c’est le plus spectaculaire. Depuis ces années quatre-vingt, le régime a commis des dizaines d’attentats hors de ses frontières, le plus souvent dirigés contre des opposants (les moudjahidines restant la cible favorite, mais aussi contre les communautés juives. Les agents iraniens (ou leurs sous-traitants libanais du Hezbollah) ont frappé, ou tenté de le faire, aux Etats-Unis, en Azerbaïdjan, en Argentine, en Thaïlande, au Kenya ou en Turquie.
Et, bien entendu, en Europe : entre 1979 et 2012, 21 attentats attribués à Téhéran ont fait 32 morts et au moins 337 blessés, à Paris, Vienne, Genève, Berlin ou Sofia. Enfin il y a les attentats déjoués (dont celui d’Assadi) : rien qu’en 2018, on en compte en Allemagne, en Albanie, aux Pays-Bas, au Danemark ou en France.
Quant à la Russie, l’Iran lui livre des drones armés (Shahed-136) et, peut-être demain des missiles, qui lui permettent de pilonner l’Ukraine
A chaque fois, l’implication directe de Téhéran a pu être démontrée par les enquêteurs. Les décisions se prennent au sein du Conseil Suprême de la Sécurité nationale (Showrāye Āliye Amniyate Mellī) dirigé par le président de la république et au sein duquel siègent l’ensemble des représentants du pouvoir, depuis les délégués du « Guide suprême », jusqu’aux ministres des Affaires étrangères, de la Justice, de l’Intérieur et du Renseignement en passant les responsables de l’armée et des Gardiens de la Révolution et par le président du Parlement. Au temps pour ceux qui croient encore (ou feignent de croire) qu’il existe des « modérés » à Téhéran.
Un dernier mot sur le programme nucléaire et sur la complicité entre Téhéran et Moscou : depuis des années, l’ensemble des rapports de l’AIEA ont prouvé que Téhéran ne se conformait pas aux décisions qui lui avaient été imposées par la communauté internationale et que ses capacités d’enrichissement de l’uranium, en particulier n’étaient pas nécessaires pour un programme nucléaire civil.
Quant à la Russie, l’Iran lui livre des drones armés (Shahed-136) et, peut-être demain des missiles, qui lui permettent de pilonner l’Ukraine. Pire : des conseillers iraniens sont même présents aux côtés des troupes russes (plusieurs d’entre eux ont été tués en Crimée fin novembre).
Rompre les relations pour isoler davantage un régime faible
Et c’est avec ce pays que Bruxelles souhaite traiter ? Un pays qui, non content de persécuter ses opposants et de massacrer sa population, de répandre la terreur dans le monde, de menacer l’équilibre stratégique du Moyen-Orient ou de soutenir la Russie à laquelle nous sommes confrontés via la guerre en Ukraine, poursuit avec cynisme sa diplomatie des otages ?
Aujourd’hui plusieurs dizaines d’occidentaux sont détenus en Iran sous des prétextes fallacieux, dans le seul but de servir de future monnaie d’échange quand le besoin de tractations de coulisses se fera sentir.
Alors oui, il est (sans doute) possible de récupérer Olivier Vandecasteele en l’échangeant contre Assadollah Assadi. Mais les conséquences de cette capitulation sont limpides : voyant que le chantage porte ses fruits, l’Iran sera conforté dans son abjecte politique des otages et demain, si nécessaire d’autres Belges, d’autres Européens se retrouveront à leur tour dans les geôles de Téhéran.
Il existe pourtant une autre possibilité : que l’Europe fasse front et décide de rompre ses relations avec l’Iran. Qu’elle expulse les « diplomates » de Téhéran et ferme ses ambassades (qui, de toute façon, ne servent aujourd’hui qu’à espionner les opposants au régime présents chez nous ou à acheminer les armes et explosifs nécessaires aux attentats projetés).
Si cette pression est générale et assez forte, le régime sanguinaire des mollahs n’aura d’autre choix que de céder. Et peut-être même sera-t-il tellement isolé qu’il tombera.  Car ne nous trompons pas : en apparence le pouvoir iranien est tout puissant. Mais il est en fait extrêmement faible. C’est cela, et rien d’autres, qui explique la férocité avec laquelle il réprime des femmes, des hommes et des adolescents qui descendent dans la rue sans armes pour crier leur soif de justice et de liberté.
Le choix est clair : faire enfin montre de fermeté et de courage ou continuer à ménager un gouvernement qui, depuis plus de quarante ans, opprime et assassine son peuple. Et donc, être son complice.
 
Hugues KRASNER
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