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Primaire à gauche en France : Raphaël Glucksmann s’impose dès le premier tour

L’eurodéputé de « Place publique » remporte avec plus de 66% des voix l’investiture sociale-démocrate pour la présidentielle de 2027. Reste à voir si les candidats éliminés vont le soutenir dans la course après les mo…

L’eurodéputé de « Place publique » remporte avec plus de 66% des voix l’investiture sociale-démocrate pour la présidentielle de 2027. Reste à voir si les candidats éliminés vont le soutenir dans la course après les mots durs prononcés à l’égard de l’heureux, notamment Ségolène Royal qui l’avait traité de stagiaire.

Il n’aura fallu qu’un seul tour. Dimanche 11 octobre, au terme de deux jours de vote, Raphaël Glucksmann a été désigné candidat de la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique, avec 66,17% des suffrages exprimés. Le résultat a été proclamé par Patrick Mennucci, président de la commission chargée de l’organisation du scrutin.

L’eurodéputé, qui avait déclaré sa candidature le 23 août, peut désormais entrer officiellement en campagne pour l’élection présidentielle. La victoire est nette, et elle intervient dans un camp qui, quelques mois plus tôt encore, peinait à s’accorder sur le principe même d’une primaire.

Un favori qui n’a jamais lâché

Cinq prétendants s’affrontaient durant cette primaire. Face à l’eurodéputé se trouvaient le premier secrétaire du PS, Olivier Faure ; l’ancienne candidate à la présidentielle, Ségolène Royal ; le député socialiste Jérôme Guedj et le député de la Gauche républicaine et socialiste, Emmanuel Maurel. Aucun n’a réussi à troubler la domination du favori, dont la position avait été confortée tout au long de la campagne, malgré des débats souvent rugueux.

Ce résultat dit quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner. Elle peut parler de justice, d'écologie et de République sans renoncer à rien.

La veille du premier tour, l’AFP soulignait pourtant que Rapahël Glucksmann restait en tête sans avoir dissipé tous les doutes sur sa capacité à convaincre. Le scrutin a tranché dans l’autre sens, et de manière assez large pour que Jérôme Guedj, lui-même candidat, y voie la marque d’un « vote utile » : celui d’électeurs qui, plutôt que de disperser leurs voix, ont choisi de se ranger derrière la personnalité jugée la mieux placée pour porter les couleurs de la gauche sociale-démocrate en 2027.

Raphaël Glucksmann a immédiatement réagit sur X (ex-Twitter) avec ces mots : « Ce résultat dit quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner. Elle peut parler de justice, d'écologie et de République sans renoncer à rien. Nous ne sommes pas là pour gagner une querelle à gauche. Nous sommes là pour gagner l'élection présidentielle ».

Ségolène Royal, candidate à la primaire du Parti socialiste (PS) et de la Gauche publique (PP), s'adresse à la presse après l'annonce des résultats du premier tour de la primaire organisée par le Parti socialiste, la Gauche publique (PP) et la Gauche républicaine et socialiste (DRS), en vue de l'élection présidentielle française de 2027, à Paris, le 11 octobre 2026. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP).

Les ralliements, moteur de la dernière ligne droite

La dynamique s’était nettement accélérée dans les derniers jours. Le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, avait apporté son soutien à Raphaël Glucksmann, suivi mercredi par le chef des sénateurs, Patrick Kanner, puis par le maire de Nancy, Mathieu Klein.

Ces ralliements ont pesé d’autant plus que Boris Vallaud s’était prononcé, plus tôt dans l’année, contre l’organisation d’une primaire, plaidant alors pour une coalition « de Ruffin à Glucksmann ». Le revirement dit quelque chose du rapport de forces à l’intérieur du PS, où une partie de l’appareil s’est finalement résolue à s’appuyer sur la figure de Place publique.

Ces ralliements ont pesé d’autant plus que Boris Vallaud s’était prononcé, plus tôt dans l’année, contre l’organisation d’une primaire, plaidant alors pour une coalition « de Ruffin à Glucksmann ».

Autre signe de cette dynamique, le nombre de militants au sein de son parti avait presque triplé, selon le décompte des adhésions établi avant le vote. Cette arrivée de nouveaux adhérents, qui a précédé le scrutin, a contribué à installer l’idée d’une candidature à laquelle le camp social-démocrate n’avait guère d’alternative crédible.

Ascension et ancrage militant  

Le parcours de Raphaël Glucksmann éclaire cette trajectoire. Essayiste, il a été conseiller du président géorgien entre 2005 et 2012, avant de fonder Place publique en 2018, un mouvement né d’un manifeste publié le 6 novembre de cette année-là.

Conduisant la liste socialiste aux européennes de 2019, il y avait obtenu 6,19% des voix et deux sièges. Cinq ans plus tard, sa liste PS-Place publique a pris la troisième place au niveau national, derrière celles de Jordan Bardella (RN) et de Valérie Hayer, ce qui l’a installé comme une figure politique de premier plan.

Olivier Faure, candidat à la primaire du Parti socialiste (PS) et de la Gauche républicaine et socialiste (PP), félicite Raphaël Glucksmann après l'annonce des résultats du premier tour de la primaire organisée par le Parti socialiste, Place Publique (PP) et la Gauche républicaine et socialiste (DRS), en vue de l'élection présidentielle française de 2027, à Paris, le 11 octobre 2026. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP).

A Strasbourg et à Bruxelles, il s’est fait remarquer par ses prises de position sur la politique étrangère et la défense des droits humains. Cette construction, plus européenne que partisane, nourrit à la fois sa singularité et le principal reproche que lui adressent ses détracteurs : celui d’être un candidat dont l’ancrage militant reste à consolider.

Une ligne constante face à La France insoumise

Sur le plan des alliances, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann devrait réaffirmer la position qu’il défend depuis des années : son refus de tout rapprochement avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Cette ligne le distingue d’une partie de la gauche qui continue de plaider pour une union la plus large possible.

Je peux comprendre ceux qui y croient, mais l’union ne fait pas la force. Il faut créer une force puissante pour rassembler les électeurs.

Son refus d’une alliance avec La France Insoumise (LFI) sera l’un des fils rouges de sa campagne, dans un paysage où Mélenchon, François Ruffin ou Marine Tondelier figuraient déjà au nombre des noms régulièrement testés par les instituts de sondage. « Je peux comprendre ceux qui y croient, mais l’union ne fait pas la force. Il faut créer une force puissante pour rassembler les électeurs », précise le désormais candidat de la gauche sociale démocrate. On retrouve le Glucksmann fidèle à ses valeurs : gouverner et gagner, en tous cas c’est ce qu’il s’est promis.

Le chemin à suivre jusqu’en 2027

La désignation ne règle pas l’essentiel. Dans les enquêtes réalisées avant la primaire, Glucksmann était crédité d’environ 11% à 13% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, très loin de Marine Le Pen (RN) qui caracole en tête des sondages (entre 35% et 37%).

Le paysage s’est par ailleurs durci : le 7 juillet, une cour d’appel a jugé que la cheffe de groupe du Rassemblement national (RN) pouvait de nouveau se présenter à une élection, tandis que de nouvelles candidatures se sont déclarées, comme celles de Fabien Roussel, d’Eric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan. Ces sondages, réalisés en juillet et au début de septembre, ne tiennent pas compte de l’éventuel effet de la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire socialiste.

Il faut aussi relativiser la portée du score : la primaire a mobilisé un électorat restreint et militant, ce qui limite son influence sur l’appétit des Français pour cette candidature. Tout l’enjeu, pour le candidat désigné, sera de transformer la légitimité acquise dans son camp en dynamique nationale, d’ici à l’échéance de 2027.

Yannick Ferruzca (à Paris)

Par Philippe Lawson — source : L-Post

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