ONU: l’expresident du Sénégal, Macky Sall quitte la course pour le mandat de secrétaire général
Le Conseil de sécurité n’a pas eu besoin d’un deuxième vote. Au lendemain d’un scrutin informel, Macky Sall a annoncé depuis Marrakech, samedi 17 octobre 2026, sur X, le retrait de sa candidature au poste de secrétair…
Le Conseil de sécurité n'a pas eu besoin d'un deuxième vote. Au lendemain d'un scrutin informel, Macky Sall a annoncé depuis Marrakech, samedi 17 octobre 2026, sur X, le retrait de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies. Il y réaffirme son engagement pour la paix, la sécurité et le développement. Retrait de convenance ou sortie contrainte ? Les deux lectures tiennent.
La version officielle
L'ancien chef d'Etat dit vouloir faciliter l'émergence d'une candidature consensuelle au Conseil. Il constate que les votes tests pointent vers l'Amérique latine et les Caraïbes, éventuellement une femme. Il dit avoir consulté Evariste Ndayishimiye, le président burundais et parrain de sa candidature, ainsi que Bassirou Diomaye Faye, son successeur à la présidence du Sénégal.
Son camp complète le récit. Hamidou Anne, de l'APR (parti de Macky Sall), évoque un blocage : chaque candidat aurait reçu au moins deux « découragements » de membres du Conseil, et l'urgence est de trouver un successeur à António Guterres avant le 1er janvier 2027. L'APR parle d'un acte de haute portée éthique.
Ce que les rapports de force suggèrent
La version est cohérente. Elle laisse pourtant une question : pourquoi a-t-il cru à ses chances ? Trois éléments ressortent.
Un handicap de départ. La candidature n'a pas été portée par Dakar. Le Burundi, alors président de l'Union africaine, l'a déposée le 2 mars. Le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, avait précisé que le gouvernement n'avait pas été associé à la démarche. Un haut fonctionnaire confiait à l'époque, sous couvert d'anonymat, qu'un soutien officiel aurait été politiquement explosif. Un candidat qui doit contourner son propre pays part affaibli.
L'économiste costaricienne et secrétaire générale de la CNUCED, Rebeca Grynspan, candidate au poste de secrétaire général des Nations Unies. Elle fait la course en tête. (Leonardo MUNOZ / AFP).
La géographie. Les proches de Macky Sall reconnaissent que la plupart des pays européens, France exceptée, préféraient une candidature féminine, tandis que Paris appuyait un Africain. Rebeca Grynspan, ex-patronne de la Cnuced, menait la course.
Le passif politique. Ses détracteurs rappellent sa tentative avortée de reporter la présidentielle de 2024, qui avait provoqué des manifestations violentes avant l'annulation par le Conseil constitutionnel, et la « dette cachée » de 7 milliards de dollars révélée par la Cour des comptes. Il nie toute irrégularité.
Le retrait tient donc autant de la lucidité que de la sortie honorable. Partir avant d'être battu évite l'échec public pour Macky Sall et lui laisse la main sur le récit : il s'efface pour le consensus, là où il aurait pu être éliminé. C'est habile, et c'est peut-être là l'essentiel.
Après l'ONU : la question du retour
Aucune déclaration de Macky Sall ne parle d'un retour à la présidentielle. La suite est une analyse, pas une information. Plusieurs éléments rendent néanmoins la question légitime.
Le signal du 17 juillet. Quelques mois avant le retrait, l’ex-président du Sénégal était brièvement revenu à Dakar, accueilli par ses partisans à l'aéroport, puis reçu par Diomaye Faye. Il avait exprimé le souhait de revoir les militants et les sympathisants. Cette première visite publique depuis son départ du pouvoir a servi de test de popularité.
Le droit n'est pas fermé. L'article 27 de la Constitution interdit plus de deux mandats consécutifs. Un constitutionnaliste cité par la presse sénégalaise estime que la règle ne l’empêcherait pas de se présenter en 2029, son deuxième mandat ayant pris fin en 2024 : la disposition viserait la continuité, pas le total des mandats d'une vie. Le point sera disputé. En 2023, des juristes et des organisations de la société civile y voyaient une interdiction absolue.
Dexu autres candidates pour le poste de secrétaire général de l'ONU. Leonardo MUNOZ / AFP
La menace judiciaire est réelle mais incertaine. La haute trahison est le seul chef d'inculpation possible contre un ancien président, et la Constitution ne la définit pas. Une résolution de mise en accusation déposée par un député du Pastef a été déclarée irrecevable pour vice de forme, sans examen au fond : elle n'a jamais été jugée. Le Pastef dispose de 130 sièges, et rien n’empêche une nouvelle initiative. Un professeur de droit pénal de l'UCAD estime pourtant que Macky Sall ne risque rien, faute d'infraction précise.
Les obstacles politiques pèsent lourds. Le plus difficile est la parole donnée : en juillet 2023, après des mois de suspense, il avait annoncé qu'il ne serait pas candidat à sa succession. Revenir sur cet engagement serait coûteux, d'autant que l'épisode du report électoral de 2024 est toujours présent dans les mémoires. Il y a aussi l'arbitre actuel : l'APR (l’Alliance Pour la République), le parti créé par Macky Sall, a remercié Diomaye Faye d'avoir soutenu la candidature onusienne de son prédécesseur, une entente qui a déjà fait grincer des dents. Une tribune se demande si le président a été « piégé par le système ». Un affrontement direct en 2029 compliquerait un rapprochement qui sert peut-être les deux hommes.
Trois scénarios
Retour discret, rôle de patriarche de l'APR. Il revient, tient son parti, pèse sur les investitures sans se présenter. C’est le scenario le moins coûteux, et le plus probable à court terme. Candidature personnelle en 2029. Elle suppose une victoire contentieuse sur l'article 27, une sécurité judiciaire acquise et un accord tacite avec le pouvoir. Chaque condition est incertaine.
Deux autres candidats pour le poste de secrétaire général. Leonardo MUNOZ / AFP
Exil prolongé et rôle de médiateur international. La voie du « sage » que certains lui prêtent déjà. Elle protège sa réputation mais l'éloigne du pouvoir.
Les contradicteurs rappellent que rien dans les faits établis ne prouve une stratégie de retour, que son entourage met en avant une démarche désintéressée et que les votes informels de l'ONU n'engagent pas la suite du processus. Les critiques répondent que le bilan de 2024 reste un obstacle moral et politique majeur.
Serigne Saliou Leye (au Sénégal)
Par Philippe Lawson — source : L-Post
