Manifestation réussie en France : 1,6 million de personnes réunies à travers le pays autour de l’intersyndicale
Le cortège parisien avait rendez-vous, jeudi, comme à l’accoutumée, à 14h, place de la République, sous le regard de la Marianne qui accueille régulièrement les manifestations. Cette place symbolique présente l’avanta…
Le cortège parisien avait rendez-vous, jeudi, comme à l’accoutumée, à 14h, place de la République, sous le regard de la Marianne qui accueille régulièrement les manifestations. Cette place symbolique présente l’avantage de pouvoir accueillir un grand nombre de personnes et débouche sur le boulevard Voltaire, en direction de la place de la Nation, point prévu pour la dispersion du cortège de l’intersyndicale, mobilisé contre « la vie chère ».
Dans la capitale, l’ambiance est bon enfant et plutôt festive dès le début de l’après-midi. Les manifestants, au nombre d’environ 350.000 personnes à Paris (selon les syndicats), entonnent des chants et brandissent des pancartes revendicatives. « Sous les pavés, la rage » : un slogan qui reflète l’humeur du moment dans l’Hexagone, tout en faisant référence à Mai 68.
Un cortège hétéroclite
Alors que les gendarmes ne portent pas encore de casques en début de manifestation, on ne relève, dans un premier temps, que quelques pots de peinture lancés en direction des forces de l’ordre. Des incidents qualifiés d’« épiphénomène » par un commissaire de la préfecture de police de Paris.
Avec 350.000 manifestants dans la capitale, la mobilisation constitue une belle réussite pour l’intersyndicale. Sur place, le public est particulièrement diversifié : des lycéens, des retraités, de nombreux enseignants, mais aussi des enfants accompagnés de leurs parents. Tous sont réunis pour réclamer « plus de moyens ».
Des policiers anti-émeutes sont déployés dans une rue proche de la place de la Nation lors de la manifestation organisée le 5 novembre 2026 dans le cadre d'une journée d'action nationale. (Ludovic MARIN / AFP).
Avec 350.000 manifestants dans la capitale, la mobilisation constitue une belle réussite pour l’intersyndicale.
A Paris, la place de la République est noire de monde. La densité du cortège est telle que, lorsque les premiers manifestants arrivent aux abords de la place de la Nation, d’autres n’ont pas encore quitté le point de départ, place de la République. Une retraitée explique se mêler aux lycéens pour dénoncer une « scission de la société », qui deviendrait, selon elle, de plus en plus duale, avec toujours davantage de riches et de pauvres, au détriment de la classe moyenne. Une évolution qui, à ses yeux, engendre des injustices sociales insupportables.
Les enseignants présents à la manif
Les enseignants sont également nombreux dans le cortège. Ils dénoncent « le manque de profs » et le caractère désuet du matériel mis à leur disposition. Certains professeurs se sont eux-mêmes baptisés les « utopistes debout ». Une formule qui prend tout son sens lorsqu'on les entend rappeler qu'ils sont mobilisés depuis plus de 30 ans, avec, finalement, les mêmes revendications.
Des élus sont également présents, avec une surreprésentation des partis de gauche, notamment de La France insoumise (LFI).
Des élus sont également présents, avec une surreprésentation des partis de gauche, notamment de La France insoumise (LFI). Du côté du Rassemblement national (RN), la position est différente : depuis le début des manifestations, le parti considère que son rôle n'est pas d'y participer, mais appelle les Français à faire la révolution « dans les urnes ».
Des pompiers éteignent un incendie lors d'une manifestation, dans le cadre d'une journée d'actions nationale. Les syndicats et les manifestations étudiantes qui secouent le pays depuis des semaines se sont poursuivis à Paris le 5 novembre 2026. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP).
Par ailleurs, Raphaël Glucksmann, candidat de la Gauche pour la présidentielle de 2027, a quitté la place de la République assez rapidement. Rien de particulièrement étonnant pour celui qui dénonce régulièrement le harcèlement dont il estime être victime de la part de LFI. Il a quitté la manifestation vers 16h, après environ deux heures de présence.
Place de la Nation : le point de dispersion du cortège
A Paris, les manifestants avaient jusque 19h pour se disperser, afin que chacun puisse regagner son domicile sans mouvement de foule massif. Le tracé du cortège apparaît relativement étroit au regard du nombre de personnes présentes. Avant même l’arrivée, place de la Nation, quelques échauffourées sont observées en tête de cortège, là où se regroupent habituellement les éléments les plus radicaux.
Vers 16h, la manifestation est scindée de manière stratégique afin d'isoler les casseurs qui s'infiltrent dans les cortèges et ne portent pas les revendications du public présent.
Des manifestants (à droite) font face à des policiers antiémeutes (à gauche) place de la Nation lors d'une manifestation organisée dans le cadre d'une journée d'actions nationale. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP).
Vers 16h, la manifestation est scindée de manière stratégique afin d'isoler les casseurs qui s'infiltrent dans les cortèges.
La technique semble fonctionner : des membres des black-blocs se retrouvent coincés entre gendarmes et policiers. Les éléments les plus radicaux voient ainsi leurs velléités de destruction contenues par plusieurs charges des forces de l’ordre.
Par ailleurs, on a vu des effigies géantes brûlées place de la Nation, notamment celle du journaliste de CNews Pascal Praud ou d’un CRS. Me Randall Schwerdorffer, avocat pénaliste a rappelé qu’il peut s’agir, selon la loi, d’une menace à l’encontre de ces personnes.
Des incidents également signalés dans les autres villes
A Marseille, le déroulement de la manifestation, d'abord qualifié lui aussi de bon enfant, est également interrompu par des heurts entre les forces de l'ordre et des casseurs. Ces derniers sont souvent équipés de mortiers, voire de boules de pétanque, utilisés pour s'en prendre aux policiers.
Des policiers anti-émeutes interpellent un manifestant lors d'une manifestation organisée dans le cadre d'une journée d'actions nationale. Les syndicats et les manifestations étudiantes, qui secouent le pays depuis des semaines, se sont poursuivis à Paris le 5 novembre 2026. (Ludovic MARIN / AFP).
Dans plusieurs villes, les forces de l'ordre ont également procédé à la confiscation de vêtements noirs appartenant à des personnes arrivées sur place en simples badauds, avant de revêtir des tenues destinées à dissimuler leur identité et à faciliter les affrontements. Certains manifestants auraient ensuite brûlé les vêtements qu'ils portaient initialement, afin de ne pas laisser de traces d’ADN.
Certains manifestants auraient ensuite brûlé les vêtements qu'ils portaient initialement, afin de ne pas laisser de traces d’ADN.
Cette technique, déjà repérée lors de précédentes manifestations, est désormais connue des policiers. Ces derniers auraient reçu pour consigne de stopper dès leur apparition les comportements laissant présager une volonté de recourir à la violence. A Toulouse, très tôt le matin, les blocages devant les lycées ont commencés avec notamment de la casse au lycée Françoise de Tournefeuille. A Caen, des jeunes armés de barres de fer brise des lycées et pillent les bâtiments notamment du lycée Jean Rostand.
Au terme de cette journée de mobilisation, l’intersyndicale peut se prévaloir d’une démonstration de force, portée par une mobilisation importante et des revendications sociales toujours aussi présentes. Le déroulement des cortèges est resté globalement festif ça et là. Une journée qui témoigne, une nouvelle fois, d’un mécontentement social profond, dont les réponses politiques restent attendues.
Yannick Ferruzca (en France)
Par Philippe Lawson — source : L-Post
