Manif contre la vie chère : un défilé massif et calme à Paris, des heurts en fin de journée dans plusieurs villes
Le parcours de la manifestation parisienne avait été fixé vendredi soir par la préfecture de police de la porte d’Italie à la porte de Vincennes par les boulevards des Maréchaux. L’intersyndicale l’avait contesté en v…
Le parcours de la manifestation parisienne avait été fixé vendredi soir par la préfecture de police de la porte d’Italie à la porte de Vincennes par les boulevards des Maréchaux. L’intersyndicale l’avait contesté en vain devant le tribunal administratif qui a rejeté son recours ce samedi matin. Les organisateurs s’y sont finalement rangés. Parti comme prévu vers 14h, le cortège s’est déroulé dans le calme jusqu’à son arrivée porte de Vincennes : environ 110.000 personnes selon la préfecture de police. Dans l’ensemble du pays, le ministère de l’intérieur a compté 410.000 manifestants, contre 550.000 personnes la semaine passée. Pour le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué que les personnes grimées étaient d’ultra gauche. Il est question de près de 1.000 interpellations… La correspondante de L-Post était dans le cortège à Paris. Pendant ce temps, les affiliés du RN reconduisait Jordan Bardella à la présidence du parti.
Ce tracé qui cantonnait la mobilisation aux portes de la capitale, du sud à l’est, a produit un contraste saisissant. Pendant que des centaines de personnes défilaient sur les boulevards extérieurs, le centre de Paris ne vivait pas la manifestation.
Une ville déserte comme un dimanche
Sur la place de la République et sur les places où se rassemblent habituellement les cortèges parisiens comme aux abords des lieux de pouvoir, CRS et policiers de la Bac avaient été mobilisés, mais les rues étaient presque désertes. Les passants disaient leur surprise devant une ville vide et silencieuse, « comme un dimanche ». A Bastille, les premiers arrivés ont été dispersés vers midi sans heurts et via hauts-parleurs.
Après les violences du 17 octobre qui avaient donné lieu à 855 interpellations à Paris, un chiffre record selon la préfecture, la crainte de nouveaux débordements était vive. Pourtant, la journée s’est plutôt bien passée dans la capitale. Les manifestants ont respecté le parcours fixé et les heurts ont été contenus.
Des manifestants ont lancé des projectiles sur les forces de l'ordre lors d'affrontements survenus à la porte de Vincennes, en marge d'une manifestation parisienne du 24 octobre 2026. (Sameer AL-DOUMY / AFP).
Dans le cortège, de nombreux manifestants disaient ressentir une présence policière « moins visible » que le samedi précédent. Les forces de l’ordre ont répondu qu’elles n’avaient pas à se montrer « quand tout se passe bien ». On a croisé des lycéens et davantage d’adultes qu’une semaine plus tôt. Les images de sidération du 17 octobre se sont quelque peu dissipées et le même constat a été fait dans d’autres villes.
Encadrée par les organisations syndicales et sécurisée par les forces de l’ordre, la manifestation a pu se dérouler dans de bonnes conditions, démontrant que les revendications contre la vie chère pouvaient s’exprimer dans le calme sur la voie publique.
En fin de cortège, le retour des heurts un peu partout dans l’hexagone
Comme le samedi précédent, c’est à l’heure de la dispersion que la situation a basculé. Les premiers manifestants arrivés porte de Vincennes, vers 17h, ont commencés à se disperser lorsque des individus cagoulés, plus de 500 personnes, sont entrés en scène. Tirs de mortiers, projectiles, feux allumés çà et là, mouvements de foule impressionnants.
Des manifestants affrontent les brigades BRAV près de la porte de Vincennes lors d'une manifestation à Paris le 24 octobre 2026. (Aris MESSINIS / AFP).
Ces scènes très violentes se sont prolongées en début de soirée. Les forces de l’ordre ont riposté à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau chargeant à plusieurs reprises alors que des secouristes volontaires essayaient de soigner les blessés au milieu de la cohue. Les gendarmes mobiles ont procédé aux premières interpellations et ont tenté de reprendre l’ascendant aux abords de la porte de Vincennes.
Ce qu’il faut retenir de cette journée, c’est que la réponse policière a suivi la ligne de fermeté fixée par le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez. Le scénario s’est répété dans plusieurs autres villes, souvent malgré des interdictions préfectorales. Ailleurs, les cortèges ont défilé malgré les interdictions, puis la tension est montée en fin de journée.
Echo des autres villes
A Lyon, environ 10.000 personnes ont marché en cortèges sauvages dans une ville interdite à la manifestation sur près de la moitié de son territoire. Dispersés par les lacrymogènes, les groupes se sont reformés de rue en rue, jusqu’à la barricade et aux poubelles incendiées.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a mis en place samedi un dispositif plus efficace qui a permis de contenir et de limiter les débordements et les pillages. (JULIEN DE ROSA / POOL / AFP).
A Marseille, près de 17.000 personnes ont défilé dans le calme, avant que quelques dizaines d’entre elles n’affrontent les CRS près de la porte d’Aix. Des poubelles ont brûlé. A Bordeaux, 15.000 personnes ont marché malgré l’interdiction de l’hypercentre. Place de la Bourse, le cortège a fini dans les projectiles, la barricade et les gaz lacrymogènes. A Nice, environ mille manifestants ont bravé l’interdiction. Vers 17h, une centaine de militants d’ultradroite masqués ont convergé vers le centre pour les affronter, et des heurts ont éclaté avenue Notre-Dame.
Un ministre sous pression, des échéances qui inquiètent
Une semaine après avoir reconnu une perte de contrôle dans plusieurs grandes villes et un manque d’anticipation, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, dont Emmanuel Macron avait refusé la démission, jouait gros. Il avait promis la plus grande fermeté et déployé 70.000 policiers et gendarmes, soit dix mille de plus que le 17 octobre.
Sécuriser le cortège, protéger les institutions, empêcher les pillages : tels étaient les enjeux d’un dispositif qui s’est aussi traduit par des fermetures de stations de métro et un contrôle des accès vers la capitale. Le dispositif mis en place a permis de contenir les affrontements, sans pouvoir éviter les images de bagarres.
Jordan Bardella a été réélu, samedi, président du RN avec plus de 98% des voix lors d'un congrès à Orléans. (ALAIN JOCARD / AFP).
Laurent Nuñez s’est dit soulagé et a affirmé que « les instructions ont été suivies et les forces de l’ordre ont systématiquement réagi aux exactions avec courage et détermination ». Par ailleurs, il a compté « trois fois plus d’interpellations que la semaine précédente ». Enfin, il s’est aussi félicité du « petit nombre de pillages » partout dans le pays.
Reste l’inquiétude pour la suite. Les gilets jaunes appellent à manifester le 31 octobre contre une « dérive autoritaire » et l’intersyndicale a décrété une journée de grève et de manifestations le jeudi 5 novembre. La colère, elle, ne retombe pas avec les mêmes revendications : vivre dignement en France, refonte ou abolition de Parcoursup, davantage de moyens pour l’école. Les annonces d’Emmanuel Macron au lendemain du 17 octobre n’ont pas suffi à apaiser lycéens et syndicats.
Depuis une dizaine d’années, les débordements en marge des manifestations tendent à devenir systématiques dans un contexte de tensions sociales croissantes et d’un sentiment, largement partagé « de ne pas être entendu » ou « de se sentir impuissant ».
A Orléans, Jordan Bardella reconduit à la tête du RN
Le même jour, à Orléans, Jordan Bardella a été réélu à la présidence du Rassemblement national lors du congrès du parti avec 98,98% des voix. Seul candidat, il l’a emporté sans surprise, après avoir salué l’unité du mouvement dont il s’est dit le garant. Une contre-manifestation avait réuni dans la matinée 11.000 personnes selon la préfecture dans le calme, sur un parcours modifié pour éviter le centre-ville et sous la surveillance de 3.000 membres des forces de l’ordre. Une réélection sans surprise, le jour même où des centaines de milliers de personnes défilaient en France contre la vie chère.
Un manifestant (C) brandit une pancarte où l'on peut lire : « Attentat terroriste à Trappes, RN responsable, Jeanne d'Arc = Antifa, RN = Cauchon, Nethanyahu, Bardella, même combat », lors d'une manifestation « contre le racisme, le fascisme et l'impérialisme » en marge du congrès du parti d'extrême droite Rassemblement National (RN) à Orléans, dans le centre de la France, le 24 octobre 2026. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP).
Au soir de ce deuxième samedi de mobilisation, les médias français ont insisté sur les deux visages de ces révoltes de rues à ne pas confondre : les lycéens qui demandent des moyens pour étudier dignement, et les casseurs qui viennent en découdre avec les forces de l’ordre et qui n’ont rien à avoir avec les revendications en cours.
De nouvelles annonces sont attendues lundi 26 octobre, avant les mobilisations du 31 octobre et du 5 novembre qui diront si l’image d’un cortège massif et calme l’emportera sur celle des débordements de fin de journée devenues systématique.
Yannick Ferruzca (à Paris)
Par Philippe Lawson — source : L-Post
