Le sultan d’Oman à Londres : derrière les ors, des enjeux stratégiques majeurs
Reçu mardi 20 octobre au château de Windsor par le roi Charles III, le sultan Haitham ben Tarek a effectué une visite d’Etat de trois jours au Royaume-Uni, une première pour un souverain omanais depuis 44 ans. Au-delà…
Reçu mardi 20 octobre au château de Windsor par le roi Charles III, le sultan Haitham ben Tarek a effectué une visite d’Etat de trois jours au Royaume-Uni, une première pour un souverain omanais depuis 44 ans. Au-delà du cérémonial royal, ce déplacement intervient dans un contexte de fortes tensions au Moyen-Orient, marqué par la crise du détroit d’Ormuz et le conflit avec l’Iran. Londres entend renforcer ses relations avec un partenaire diplomatique et militaire essentiel dans le Golfe, tout en annonçant plus d’un milliard de livres de nouveaux investissements. Le sultan a rencontré ce mercredi le Premier ministre Andy Burnham à Downing Street.
Le Royaume-Uni a réservé mardi un accueil particulièrement solennel au sultan d’Oman, Haitham ben Tarek, arrivé pour une visite d’Etat de trois jours. Malgré la pluie, le protocole britannique s’est déroulé dans toute sa tradition au château de Windsor, avec salves d’artillerie, hymnes nationaux, procession en carrosse et revue de la garde d’honneur.
Un accueil avec tous les honneurs
Le prince William s’était auparavant rendu à la résidence londonienne du sultan pour l’accompagner jusqu’à Windsor, où l’attendaient Charles III, la reine Camilla et Catherine, princesse de Galles.
Deux salves de 41 coups de canon ont marqué l’accueil officiel, avant que les deux souverains ne rejoignent le château en carrosse. Plusieurs étudiants omanais résidant au Royaume-Uni avaient également fait le déplacement pour saluer leur souverain.
Le sultan Haitham ben Tarek a ensuite rencontré plusieurs membres de la famille royale, notamment le duc de Gloucester, le prince Edward et Sophie, duchesse d’Edimbourg.
Le sultan d'Oman, Haitham bin Tarik (à gauche), échange un moment de détente avec le roi Charles III de Grande-Bretagne lors du banquet d'État au château de Windsor, le 20 octobre 2026, premier jour de sa visite d'État de trois jours au Royaume-Uni. (Jordan Pettitt / POOL / AFP).
Cette visite revêt une portée historique. La dernière visite d’Etat d’un souverain omanais au Royaume-Uni remonte à 1982, lorsque le sultan Qabous ben Saïd avait été reçu par la reine Elizabeth II. Quarante-quatre ans plus tard, les deux monarchies entendent donner un nouvel élan à leurs relations, dans un environnement international profondément différent.
Dimension personnelle
Pour Haitham ben Tarek, ce déplacement intègre également une dimension personnelle. Avant son accession au trône en 2020, le souverain avait poursuivi une partie de ses études au Royaume-Uni, notamment au Pembroke College de l’université d’Oxford. Un parcours qui témoigne de ses liens anciens avec le pays, bien avant qu’il ne devienne le chef de l’Etat omanais.
Mais derrière les cérémonies de Windsor, les enjeux sont considérables. La crise du détroit d’Ormuz, les investissements dans les nouvelles technologies et la coopération militaire figurent au centre des discussions entre Londres et Mascate.
Le sultan d'Oman, Haitham bin Tarik, et le roi Charles III de Grande-Bretagne passent en revue la garde d'honneur dans la cour du château de Windsor, le 20 octobre 2026, premier jour de la visite d'État de trois jours du sultan d'Oman au Royaume-Uni. (Kirsty Wigglesworth / POOL / AFP).
Rôle diplomatique d’Oman dans la crise iranienne
Le banquet d’Etat organisé mardi soir dans la salle Saint-Georges du château de Windsor a constitué l’un des principaux moments politiques de cette première journée.
Devant quelque 160 invités, Charles III a rappelé l’ancienneté des relations entre les deux pays, évoquant notamment le traité d’amitié signé en 1800. Cet accord, destiné à renforcer les relations commerciales et politiques, a constitué une étape importante du rapprochement entre la Grande-Bretagne et le sultanat de Mascate.
Charles III a salué les initiatives diplomatiques d’Oman visant à préserver le dialogue et à maintenir la circulation maritime.
Cette relation historique, consolidée par un accord global de coopération bilatérale, s’est notamment traduite par des exercices militaires conjoints, dont Swift Sword 3 en 2018, et des échanges réguliers au plus haut niveau. En juillet 2025, Charles III avait ainsi reçu le sultan Haitham ben Tarek à Windsor pour un entretien privé.
Le souverain britannique a également rendu hommage au défunt sultan Qabous, avec lequel il entretenait des relations personnelles depuis plusieurs décennies.
Situation au Moyen-Orient
Mais l’intervention de Charles III a surtout été marquée par la situation au Moyen-Orient.
Depuis le déclenchement, en février, de la guerre opposant les Etats-Unis et Israël à l’Iran, le détroit d’Ormuz est devenu l’un des principaux foyers de tension internationale. Cette voie maritime, par laquelle transite habituellement une part importante du commerce mondial de pétrole et de gaz, connaît de fortes perturbations.
Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq (au centre), quitte les lieux après une visite à Here East, dans le quartier de Stratford (est de Londres), le 22 octobre 2026, dernier jour de sa visite d'État au Royaume-Uni. (Henry NICHOLLS / POOL / AFP).
Les conséquences dépassent largement la région. Pour les économies européennes, dont la Belgique, la sécurité de cette route maritime constitue un enjeu direct en matière d’approvisionnement énergétique, de transport et de stabilité des prix.
Dans ce contexte, Charles III a salué les initiatives diplomatiques d’Oman visant à préserver le dialogue et à maintenir la circulation maritime. Il a qualifié ces efforts de « noble entreprise », estimant qu’ils rendaient un service important à la communauté internationale.
Neutralité constructive d’Oman
Le Roi a également souligné la « neutralité constructive » du sultanat, une position qui permet à Mascate de maintenir des relations avec plusieurs puissances régionales, y compris lorsque celles-ci sont engagées dans des confrontations directes.
Cette particularité diplomatique s’explique notamment par la situation géographique d’Oman, situé face à l’Iran, de l’autre côté du détroit d’Ormuz.
Contrairement à d’autres Etats du Golfe, le sultanat privilégie traditionnellement une diplomatie de médiation et conserve des canaux de communication avec des interlocuteurs aux intérêts parfois opposés.
Règlement pacifique les différends
Dans sa réponse, Haitham ben Tarek a réaffirmé l’attachement de son pays au règlement pacifique des différends, insistant sur la nécessité de privilégier les négociations plutôt que la confrontation.
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à gauche) serre la main du sultan d'Oman, Haitham bin Tarik, au 10 Downing Street à Londres, le 21 octobre 2026, deuxième jour de la visite d'État de trois jours du sultan d'Oman au Royaume-Uni. (Alastair Grant / POOL / AFP).
Les deux souverains ont également évoqué les liens culturels et humains entre leurs pays. Charles III a rappelé ses nombreux voyages à Oman, ses souvenirs du sultan Qabous et son intérêt pour le patrimoine omanais. Il a notamment cité, en arabe, le poète Abu Muslim al-Bahlani.
Le banquet réunissait plusieurs membres de la famille royale, ainsi que le Premier ministre Andy Burnham, qui participait à son premier banquet d’Etat depuis son arrivée au pouvoir. Des représentants de grandes entreprises, dont Shell, BP et Airbus, figuraient également parmi les invités.
Renforcer les relations entre les deux monarchies
Au cours de son discours, Charles III a également mis en avant les relations entre la nouvelle génération des familles royales britannique et omanaise.
Le prince William et le prince héritier d’Oman, Theyazin ben Haitham, ont notamment développé des liens autour de l’expédition Jewel of Arabia, organisée dans le sultanat.
Inspirée du voyage effectué en 1928 par l’explorateur britannique Bertram Thomas, cette initiative visait à promouvoir le patrimoine naturel et culturel omanais, tout en favorisant les échanges entre les deux pays.
Le sultan d'Oman a annoncé que les deux princes avaient accepté de devenir parrains de la British Omani Society.
Le sultan a annoncé que les deux princes avaient accepté de devenir parrains de la British Omani Society, une organisation consacrée au développement des relations entre les deux pays. Cette décision traduit la volonté des deux monarchies d’inscrire leur coopération dans la durée, au-delà des relations personnelles qui avaient uni Charles III et le défunt sultan Qabous.
Le sultan d'Oman, Haitham bin Tariq (au centre), prend la parole lors d'un banquet d'État au Guildhall, dans la City de Londres, le 21 octobre 2026, deuxième jour de sa visite d'État de trois jours au Royaume-Uni. (Isabel Infantes / POOL / AFP).
Plus d’un milliard de livres d’investissements
Si la première journée a été dominée par le protocole royal, la visite a pris mercredi une dimension plus économique.
Le gouvernement britannique a annoncé plusieurs projets représentant plus d’un milliard de livres de nouveaux investissements dans le cadre du renforcement des relations commerciales entre les deux pays.
L’un des principaux projets concerne la construction d’un centre de données dédié à l’intelligence artificielle à Salalah, dans le sud d’Oman.
Porté par l’entreprise britannique Yamna, ce projet devrait mobiliser plus d’un milliard de livres dès sa première phase. Il devrait également permettre la création de plus de 100 emplois hautement qualifiés au Royaume-Uni.
Diversification économique
Cette initiative s’inscrit dans les ambitions du sultanat en matière de diversification économique. Avec son programme Oman Vision 2040, Mascate cherche à réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures et à développer de nouveaux secteurs de croissance.
Les technologies numériques, les énergies renouvelables et les infrastructures figurent parmi les priorités de cette stratégie.
Cette stratégie est étroitement liée au parcours de Haitham ben Tarek. Avant son accession au trône en janvier 2020, le souverain avait présidé le comité principal chargé de préparer Oman Vision 2040, participant ainsi à la définition des grandes orientations économiques et institutionnelles du pays.
Les technologies numériques, les énergies renouvelables et les infrastructures figurent parmi les priorités de cette stratégie.
Pour Londres, ces projets représentent également des débouchés pour les entreprises britanniques, dans un contexte où le gouvernement souhaite renforcer ses partenariats économiques à l’international.
Etendre la coopération aux minerais critiques
Les deux pays envisagent ainsi d’étendre leur coopération aux minerais critiques, au secteur spatial, à la santé et aux services financiers.
Les relations financières entre Londres et Mascate sont déjà importantes. Depuis la création, en 2022, d’un partenariat d’investissement souverain, Oman a investi environ 1,7 milliard de livres au Royaume-Uni.
UK Export Finance, prévoit de porter à sept milliards de livres sa capacité de financement destinée à soutenir les exportations britanniques vers Oman.
L’agence britannique de crédit à l’exportation, UK Export Finance, prévoit par ailleurs de porter à sept milliards de livres sa capacité de financement destinée à soutenir les exportations britanniques vers Oman.
Ces annonces recouvrent toutefois des réalités différentes, entre investissements déjà engagés, nouveaux projets et capacités de financement destinées à soutenir les exportations britanniques.
Première rencontre entre Andy Burnham et le sultan
Après les cérémonies de Windsor, Haitham ben Tarek a été reçu mercredi au 10 Downing Street par le Premier ministre Andy Burnham.
À son arrivée, le souverain omanais a été accueilli sur le tapis rouge devant la célèbre porte noire du 10 Downing Street. Les deux dirigeants se sont serré la main et ont posé devant les photographes avant de rejoindre la résidence officielle du Premier ministre pour leurs entretiens.
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à gauche) accueille le sultan d'Oman, Haitham bin Tarik, sur le perron du 10 Downing Street à Londres, le 21 octobre 2026, deuxième jour de la visite d'État de trois jours du sultan d'Oman au Royaume-Uni. (Brook Mitchell / AFP).
Il s’agissait de leur première rencontre en personne depuis l’arrivée de ce dernier au pouvoir. Les deux dirigeants avaient déjà échangé par téléphone en juillet, notamment au sujet des relations économiques et de la situation régionale.
Avant cette rencontre, Andy Burnham a souligné l’importance des relations entre les deux pays, estimant que leur coopération produisait des bénéfices concrets pour les populations britannique et omanaise.
Nouvel accord entre les deux pays
Le Premier ministre a cité la croissance économique, la sécurité, la défense et l’éducation parmi les principales priorités communes.
Un nouvel accord destiné à faciliter les investissements réciproques devrait être signé à Downing Street.
La coopération maritime occupera également une place importante dans les discussions. Les deux pays souhaitent notamment améliorer le partage d’informations avec le centre de sécurité maritime omanais.
La coopération maritime occupera également une place importante dans les discussions.
Cette initiative intervient alors que les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz soulèvent des préoccupations majeures pour les États dépendants du commerce maritime international.
Les discussions devraient également porter sur plusieurs domaines de coopération technologique et éducative.
Le gouvernement britannique prévoit notamment de relancer le programme de bourses Chevening à Oman. Les candidatures devraient rouvrir en août 2027, permettant à de nouveaux étudiants omanais de poursuivre leurs études supérieures au Royaume-Uni.
D’autres accords sont attendus dans les domaines de l’intelligence artificielle appliquée à l’éducation, de la coopération spatiale et de la formation diplomatique.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, et le ministre de la Défense, Wes Streeting, doivent également rencontrer leurs homologues omanais.
Un partenaire militaire essentiel pour Londres dans le Golfe
Au-delà des échanges commerciaux, la relation entre le Royaume-Uni et Oman repose sur une coopération militaire ancienne.
Londres dispose notamment d’installations navales à Duqm, sur la côte omanaise. Cette implantation joue un rôle stratégique dans le soutien aux opérations britanniques dans la région du Golfe et dans l’océan Indien.
Les forces armées des deux pays organisent également des exercices conjoints et entretiennent des relations étroites en matière de formation militaire.
Cette coopération prend une importance accrue dans le contexte de la crise iranienne.
La position géographique d’Oman, à proximité immédiate du détroit d’Ormuz, en fait un partenaire particulièrement important pour la sécurité maritime.
Un bateau de marchandises dans le détroit d'Ormuz. (Giuseppe CACACE / AFP).
Relations diplomatiques avec des puissances rivales
Mais son intérêt stratégique ne se limite pas à sa localisation.
Mascate entretient des relations diplomatiques avec plusieurs puissances rivales et joue régulièrement un rôle d’intermédiaire dans les crises régionales. Cette capacité à maintenir le dialogue constitue un atout pour les pays occidentaux qui cherchent à éviter une aggravation des tensions.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a d’ailleurs souligné l’importance des efforts omanais en faveur d’une solution diplomatique.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a d’ailleurs souligné l’importance des efforts omanais en faveur d’une solution diplomatique.
Pour le Royaume-Uni, le partenariat avec Oman répond ainsi à plusieurs objectifs : maintenir une présence militaire dans la région, sécuriser les routes commerciales et disposer d’un interlocuteur capable de faciliter les échanges diplomatiques.
La journée de mercredi doit se terminer par un second banquet au Guildhall, siège historique de la City de Londres.
Alexander Seale (à Londres)
Par Philippe Lawson — source : L-Post
