La Belgique entre en crise, mais aucun parti de la majorité n’a intérêt à provoquer des élections anticipées
Après environ quatre mois de dures négociations, le blocage des discussions budgétaires a fini par avoir raison de la patience et de la ténacité du Premier ministre, Bart De Wever (N-VA). Celui-ci s’est donc rendu lun…
Après environ quatre mois de dures négociations, le blocage des discussions budgétaires a fini par avoir raison de la patience et de la ténacité du Premier ministre, Bart De Wever (N-VA). Celui-ci s’est donc rendu lundi matin chez le roi Philippe pour lui présenter sa démission. Sans la sagesse et la clairvoyance du souverain qui a préféré tenir la démission du chef de l’exécutif fédéral en suspens, la Belgique serait déjà entrée dans une zone de turbulences dont les conséquences pourraient causer d’importantes dégâts.
La séquence qui se joue actuellement donne en effet l’impression qu’il s’agit une nouvelle fois d’une tentative de dramatisation de Bart De Wever pour mettre les partis de la majorité fédérale (N-VA, Vooruit, CD&V, MR, Les Engagés) face à leurs responsabilités au regard des enjeux. Il est clair que sans la poursuite des réformes, le déficit de la Belgique risque de déraper davantage et mettre ainsi notre pays dans une position inconfortable. Mais force est de constater que la population belge a déjà assez donné à tous les niveaux et que la partition que joue actuellement les partis de la majorité fédérale ne va certainement pas redorer leur blason. Il devient inévitable qu'il faut, d'une manière ou d'une autre, répartir plus équitablement les efforts entre les différentes couches sociales de la population.
Il devient inévitable qu'il faut, d'une manière ou d'une autre, répartir plus équitablement les efforts entre les différentes couches sociales de la population.
Les promesses de campagne annonçant notamment l’augmentation du pouvoir d’achat des Belges ne sont pas au rendez-vous. La majorité des citoyens a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Les prix de l’énergie mettent le portefeuille des Belges sous pression et beaucoup d’entre eux se demandent comment ils vont faire pour se chauffer avec l’hiver rude qui s’annonce.
Et comme si cela ne suffisait pas, le prix du carburant ne cesse de grimper en raison de la situation de quasi-guerre au Moyen-Orient ayant entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz où passaient avant plus de 20% du transport maritime mondial de pétrole et environ 20% du Gaz naturel liquéfié (GNL) mondial.
L’augmentation des prix de l’énergie pénalise aussi les entreprises qui se demandent en même comment elles vont faire pour supporter l’indexation automatique des salaires, face à une croissance atone et une incertitude grandissante sur le climat des affaires.
La démission du Premier ministre illustre le fait que « le gouvernement des ingénieurs » tant vanté par la majorité fédérale est incapable de dépasser les postures partisanes pour faire triompher l’intérêt général.
La démission du Premier ministre illustre le fait que « le gouvernement des ingénieurs » tant vanté par la majorité fédérale est incapable de dépasser les postures partisanes pour faire triompher l’intérêt général. Mais les partis de la majorité sont bien conscients qu’aucun d’entre eux n’a intérêt à provoquer des élections anticipées, car ils sont sûrs de quasiment les perdre au regard des frustrations qui traversent la population belge. Ils doivent aussi savoir que la situation de blocage actuel ne doit pas durer trop longtemps, car la société belge a des allures d’une cocote-minute sur le point d’exploser. Il suffit d’observer la tension qui ressortent des manifestations et comment celles-ci dégénèrent.
Les partis de la majorité fédérale ont donc l’obligation de trouver des solutions afin de sortir rapidement par le haut s’ils veulent encore continuer à contenir la colère qui gronde. Car ils seront les premières victimes expiatoires d’un mécontentement généralisé qui pourrait les emporter comme une vague indomptable
Par Philippe Lawson — source : L-Post
