France : journée de violence inédite en marge du rassemblement contre la vie chère
Entre 550.000 et 800.000 personnes ont défilé, samedi 17 octobre, selon que l’on retient le décompte du ministère de l’Intérieur ou celui des organisateurs. Gilets jaunes, lycéens, étudiants, syndicalistes et militant…
Entre 550.000 et 800.000 personnes ont défilé, samedi 17 octobre, selon que l’on retient le décompte du ministère de l’Intérieur ou celui des organisateurs. Gilets jaunes, lycéens, étudiants, syndicalistes et militants du climat se sont retrouvés derrière des revendications multiples, de la vie chère aux moyens pour l’école. A Paris comme en province, la journée a aussi été marquée par des affrontements, des pillages et l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges. Et rebelote dimanche avec les mêmes scènes de violence et de dégradations…
Samedi, il est un peu plus de 7h du matin quand tombent les premières interpellations, aux abords du siège de la chaîne CNews, visé par des tentatives de dégradations. Selon la chaîne, environ 150 personnes se sont présentées près de ses locaux. Le ton de la journée est donné.
25 stations de métro fermés
Depuis plusieurs jours, la préfecture de police redoutait que des groupes déterminés s’infiltrent dans les cortèges. Elle a refusé l’itinéraire déclaré par l’assemblée Interfac Île-de-France jusqu’à la Concorde, écarté le parcours vers Bastille et imposé des trajets de repli, plutôt entre République et Nation. Vingt-cinq stations de métro étaient fermées, et des enseignes ont barricadé leurs vitrines. Voilà le paysage d’une capitale en état d’alerte.
Cette journée est pourtant née d’une mobilisation d’abord scolaire. Depuis la mi-septembre, des lycéens franciliens bloquent leurs établissements, rejoints par l’Union Nationale Lycéenne (UNL), l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) et la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE). Malgré la promesse du gouvernement d’ajouter 3.000 enseignants dans les établissements les plus en difficulté, les blocages ont repris. En parallèle, des appels à manifester contre le prix de l’essence circulaient sur les réseaux sociaux. Le samedi 17 octobre est vite devenu le point de rencontre de ces multiples colères.
Des magasins tagués dans des quartier schics de Paris. D.R.
République, Bastille, Nation, Place de Clichy, Châtelet, la Madeleine, Paris brûle
A 14h, la place de la République est si pleine que les forces de l’ordre en ont vite bloqué l’accès. Avant même le départ des cortèges, les heurts éclatent. Plusieurs centaines de personnes, pour beaucoup masquées et vêtues de noir, dont certaines tirent des mortiers d’artifice ont donné le ton de cette journée particulière. Une voiture est incendiée vers 14h20, puis des vélos et du mobilier urbain, dont un kiosque. Les policiers répondent par des gaz lacrymogènes, puis un canon à eau, une partie de la place est évacuée après qu’un magasin a été pris pour cible.
Dans ce vacarme, la manifestation se met pourtant en marche. Ils sont environ 110.000 manifestants à Paris, selon le ministère de l’Intérieur, répartis en deux cortèges officiels qui défilent, selon la préfecture, sans incident majeur.
Le plus important s’étire sur près de quatre kilomètres, par le boulevard Magenta et Barbès, jusqu’à la place de Clichy. Une trentaine de lycéens surgissent sous les applaudissements en entonnant la Marseillaise. Plus loin, sur la vitrine d’un centre de soins, le mot « urgences sanitaires » a été repeint en « urgence sociale ».
Pillages et violences
Mais, toute la journée, en marge du défilé, des centaines de personnes cagoulées jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, quand elles ne les affrontent pas. A partir de 17h environ, les pillages se multiplient autour de République et de Strasbourg-Saint-Denis, le fait, selon la préfecture, de « casseurs d’opportunité » venus se greffer sur les violences.
De nombreux magasins ont été pillés un peu partout dans la capitale : SFR, Franprix, JD et des tentatives de pillages de magasins de luxe. Les mouvements de foules récurrents ont aussi secoué le quartier de la Madeleine avec de nombreux débuts de feux et des lancers de lacrymo. Certains passants ont parlé de « guerre civile », une dame âgée en pleurs sur son vélo criait « mon pays ! », des scènes surréalistes, inédites et le tout parmi de nombreux touristes totalement incrédules face à cette vision de violences urbaines.
Scène de détresse après le passage des manifestants. D.R.
En fin d’après-midi, près de 400 personnes ont été interpellées dans la capitale, en grande majorité des majeurs. Plusieurs d’entre eux portaient des gants coqués, des projectiles, des couteaux ou des produits explosifs, le visage dissimulé. Le maire socialiste de la capitale, Emmanuel Grégoire, a « fermement » condamné les dégradations, en rappelant que la grande majorité des manifestants souhaitait défiler dans le calme.
En province, des mairies visées, des centres commerciaux pillés
Les scènes parisiennes ont eu leur écho dans tout le pays. Selon le ministère de l’Intérieur, des manifestants ont cherché à s’en prendre à des lieux de pouvoir.
C’est à Limoges que la journée de samedi a pris sa tournure la plus spectaculaire. Le cortège de gilets jaunes, de lycéens et de citoyens était parti dans le calme du carrefour Tourny. En fin d’après-midi, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville.
C’est à Limoges que la journée de samedi a pris sa tournure la plus spectaculaire.
Deux voitures de police ont été renversées et brûlées sur le parvis, puis le rez-de-chaussée de la mairie a été incendié. Cinq engins de pompiers sont venus éteindre les sinistres, et la foule les a applaudis en leur frayant un passage. Les CRS ont fini par disperser les manifestants à coups de grenades lacrymogènes, tandis que l’autoroute A20 était bloquée à la sortie de la ville. A 20h10, la toiture brûlait encore et l’hôtel campanile, emblème de la ville, s’est effondré.
Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, écoute le ministre de l'Intérieur, Laurent Núñez, lors d'une réunion de crise interministérielle présidée par le président Emmanuel Macron au palais de l'Élysée, à Paris, le 18 octobre 2026, au lendemain des émeutes et des pillages survenus en marge des manifestations nationales contre le coût élevé de la vie. (Ludovic MARIN / POOL / AFP).
A Marseille, ce sont les commerces qui ont payé un lourd tribut. Une quarantaine de magasins ont été pillés dans le centre, et les vitres du commissariat brisées. Plusieurs dizaines de manifestants ont aussi brièvement pénétré dans le hall de la mairie, après en avoir enfoncé la porte, en criant « C’est la Révolution, on prend la Bastille ».
C’est la Révolution, on prend la Bastille.
A Lille, des individus ont forcé plusieurs entrées de l’hôtel de ville et saccagé une partie des locaux. A Bordeaux, un rassemblement d’environ 7.000 personnes a dégénéré en affrontements dans les rues commerçantes, et les locaux de la chambre de commerce et d’industrie ont été dégradés.
Un bilan lourd, des lectures qui divergent
En soirée, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a fait état de plus de 400 interpellations, en très grande majorité de majeurs, et de 60 membres des forces de l’ordre blessés, dont deux ont été hospitalisés après avoir perdu connaissance. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a dénoncé sur X des groupes d’ultragauche qui ont, selon lui, « organisé la violence » dans plusieurs villes, auxquels des délinquants se sont mêlés pour piller et détruire, en rappelant que les manifestations pacifiques avaient « toute leur place » dans la République.
Le décompte des participants reste lui-même contesté et la polémique est lancée sur le nombre de policiers en place et s’il était suffisant.
Le décompte des participants reste lui-même contesté et la polémique est lancée sur le nombre de policiers en place et s’il était suffisant, mais aussi sur l’évaluation du nombre de participants à la manifestation qui auraient été sous-estimé.
La journée de dimanche a ressemblé celle de la veille : nouveaux heurts et des magasins pillés à Paris, Lyon et à Marseille. Des affrontements ont oppose plusieurs centaines de personnes aux forces de l'ordre, notamment autour de la place de la République.
La peur s’installe en France…
Yannick Ferruzca (à Paris).
Par Philippe Lawson — source : L-Post
