France : 46% des musulmans envisagent de quitter la France si Marine Le Pen est élue présidente de la République
Présidentielle 2027. Selon une enquête de l’Ifop réalisée pour Marianne, près d’un musulman interrogé sur deux envisage de quitter la France si Marine Le Pen accède à l’Elysée. Derrière ce chiffre spectaculaire, une a…
Présidentielle 2027. Selon une enquête de l’Ifop réalisée pour Marianne, près d’un musulman interrogé sur deux envisage de quitter la France si Marine Le Pen accède à l’Elysée. Derrière ce chiffre spectaculaire, une autre question mérite pourtant d’être posée : pourquoi 54% n’envisagent-ils pas de partir ? Entre peur des discriminations, attachement au pays et inquiétudes sur les libertés, ce sondage révèle les fractures qui traversent la société française.
Réalisée en ligne du 25 au 30 septembre 2026 auprès de 9 689 personnes majeures résidant en France métropolitaine, l’enquête de l’Ifop fait apparaître un résultat marquant : 46% des répondants musulmans envisageraient de quitter la France en cas de victoire de Marine Le Pen. Parmi eux, 20% déclarent qu’ils partiraient certainement.
Un chiffre qui mérite d’être expliqué
Attention toutefois : envisager un départ ne signifie pas qu’on le fera réellement. Les contraintes familiales, professionnelles et financières peuvent modifier les décisions. Le sondage mesure une intention dans un scénario hypothétique, pas le nombre de futurs expatriés.
Mais ce résultat ne peut pas non plus être balayé d’un revers de main. Il révèle une inquiétude suffisamment forte pour que près de la moitié des musulmans interrogés envisagent cette possibilité.
Que disent les 54% qui resteraient ?
C’est l’autre enseignement essentiel du sondage, souvent éclipsé par le chiffre des 46%. Ces 54 % ne constituent pas un bloc politique homogène. Rien ne permet d’affirmer qu’ils soutiennent Marine Le Pen ou qu’ils approuvent son programme. Certains peuvent ne pas redouter particulièrement son arrivée au pouvoir ; d’autres peuvent s’inquiéter tout en refusant de quitter leur pays.
Pour beaucoup, la France est le pays où ils sont nés, ont grandi, travaillé et fondé une famille. Partir signifierait abandonner des attaches personnelles, professionnelles et affectives parfois impossibles à reconstruire ailleurs.
Pour beaucoup, la France est le pays où ils sont nés, ont grandi, travaillé et fondé une famille. Partir signifierait abandonner des attaches personnelles, professionnelles et affectives.
D’autres peuvent penser que les institutions, les juges, le Parlement ou la mobilisation citoyenne permettront de limiter certaines mesures. D’autres encore peuvent simplement ne pas avoir les moyens de s’installer à l’étranger. Ne pas envisager de partir ne signifie donc ni approuver Marine Le Pen, ni être dépourvu d’inquiétudes. Cela peut aussi traduire un attachement au pays et la volonté d’y défendre ses droits.
La peur des discriminations au cœur des réponses
L’enquête d’opinion apporte un éclairage supplémentaire : 81% des musulmans interrogés redoutent une augmentation des agressions et des discriminations à leur encontre si Marine Le Pen est élue. Ce résultat aide à comprendre pourquoi la perspective d’un départ est envisagée par une partie des répondants. La question ne porte pas uniquement sur un désaccord politique, mais aussi sur la manière dont ils pensent être traités dans leur vie quotidienne.
Le débat français sur l’islam concerne notamment le voile, les signes religieux, la laïcité et la place de la religion dans l’espace public.
Le débat français sur l’islam concerne notamment le voile, les signes religieux, la laïcité et la place de la religion dans l’espace public. Pour certains musulmans, la répétition de ces controverses nourrit la crainte d’être collectivement associés à l’islamisme radical, alors même qu’ils peuvent condamner cette idéologie et respecter les lois de la République.
Il faut cependant distinguer les faits des perceptions : le sondage mesure une crainte de discriminations futures, pas une augmentation effectivement constatée à la suite d’une élection qui n’a pas encore eu lieu.
Le voile : une inquiétude politique concrète
Marine Le Pen affirme que l’islam est compatible avec la République et que les musulmans n’ont pas de raison de craindre son arrivée au pouvoir. Elle distingue la religion musulmane du fondamentalisme islamiste et de la charia. Mais elle défend également une interdiction du voile dans l’espace public, qu’elle souhaite soumettre à un référendum et appliquer progressivement, notamment dans les universités, les fédérations sportives et les bâtiments publics.
Les partisans d’une interdiction invoquent la laïcité, l’émancipation des femmes et la lutte contre les pressions religieuses.
C’est là que se situe une contradiction majeure du débat : comment rassurer les musulmans sur le respect de leur liberté religieuse tout en proposant des restrictions qui toucheraient directement certaines de leurs pratiques ? Les partisans d’une interdiction invoquent la laïcité, l’émancipation des femmes et la lutte contre les pressions religieuses. Ses opposants estiment qu’une mesure générale pénaliserait des femmes en raison de leur tenue, y compris lorsqu’elles ne cherchent à imposer leur croyance à personne.
Derrière cette controverse se pose une question fondamentale : jusqu’où l’Etat peut-il restreindre une manifestation religieuse au nom des principes républicains ?
Une inquiétude qui dépasse les musulmans
Le phénomène ne concerne pas uniquement cette population. Selon la même enquête, 21% de l’ensemble des personnes interrogées envisageraient de quitter la France si Marine Le Pen était élue. Cette proportion atteint 44% chez les répondants de confession juive et 43% parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon.
Ces chiffres montrent néanmoins que la perspective d’une victoire de Marine Le Pen suscite une inquiétude qui dépasse le seul rapport entre le RN et les musulmans.
Les motivations ne sont pas nécessairement les mêmes. Certains redoutent des restrictions de libertés, d’autres contestent profondément le programme du RN ou anticipent des tensions sociales. Ces chiffres montrent néanmoins que la perspective d’une victoire de Marine Le Pen suscite une inquiétude qui dépasse le seul rapport entre le RN et les musulmans.
Marine Le Pen a répondu le 15 octobre que les musulmans qui envisagent de partir « ont tort », affirmant qu’ils sont chez eux en France et qu’ils pourront continuer à pratiquer leur religion. Mais cette assurance ne fait pas disparaître le débat sur les conséquences concrètes de son programme.
Au fond, une question d’appartenance
Les 46% ne sont pas 46% de futurs exilés. Les 54% restants ne sont pas 54 % de soutiens de Marine Le Pen. Ces chiffres décrivent des intentions et des inquiétudes, pas des décisions définitives ni des convictions politiques uniformes. Le véritable enjeu est ailleurs : pourquoi une partie importante des musulmans interrogés envisage-t-elle de quitter le pays en cas d’alternance politique ? Et que révèle cette perspective sur la confiance dans les institutions, la liberté religieuse et le sentiment d’être pleinement reconnu comme citoyen ?
Une démocratie ne se mesure pas seulement à la possibilité d’élire un président. Elle se mesure aussi à la capacité de tous ses citoyens à se sentir protégés par la loi, libres dans leurs convictions et pleinement à leur place dans leur propre pays.
Ce que la Belgique devrait comprendre
Bruxelles n’a pas besoin d’attendre 2027 pour tirer les leçons. Nos compatriotes musulmans, Belges de souche ou de deuxième, troisième génération, regardent la France comme on regarde un miroir. Si le Rassemblement national l’emporte, l’exode ne s’arrêtera pas aux frontières hexagonales : il les traversera, et la Belgique, le Royaume-Uni, la Suisse, le Luxembourg, le Canada, les Etats-Unis, les pays du Golfe en seront les bénéficiaires paradoxaux.
Nos compatriotes musulmans, Belges de souche ou de deuxième, troisième génération, regardent la France comme on regarde un miroir.
Un pays qui perd ses citoyens les plus qualifiés parce qu’ils portent un prénom ou un voile ne fait pas une politique de sécurité. Il fait une politique de fuite. Et les sondages, eux, continueront de compter ceux qui restent, jusqu’au jour où il ne restera plus personne à rassurer.
Hamid Chriet
Par Philippe Lawson — source : L-Post
